1.3.1 Ethologie du trouble bipolaire

L’épisode de manie décrit dans l’article précèdent m’avait laissé interloqué. Mes mains étaient maintenant occuper à examiner une clé. Cette clé était une explication rationnelle qui ouvrait une perspective conceptuelle me permettant de penser la maladie bipolaire d’une manière originale. Sa puissance explicative était telle que son absence dans la littérature disponible m’étonnait. J’avais absorbé beaucoup d’information sur le trouble bipolaire. Une idée banale n’aurait pas échappé à mes radars. Le trouble bipolaire dans sa dimension la plus profonde, la plus instinctive est sous tendu par une énergie instinctuelle archaïque et une communication mystérieuse. Il influence le comportement des femmes qui deviennent soudainement beaucoup mieux disposés à l’égard du maniaque. L’hypersexualité est expliquée dans sa première causalité : L’attirance du sexe opposé. La clarté impose une mise au point. Il n’y a pas de jugement de valeur vis-à-vis de ce fait. La femme ne se dévoie pas en obéissant à des instincts qui la dépassent. Je ne fais pas une observation de mâle grossier assoiffé de sexe. L’observation est froide, éthologique. Un comportement a changé, je l’ai analysé comme tel.

Je ne profite pas de la situation pour un raison bien simple. Lorsque les douze coups de minuit auront sonné, l’excitation disparaîtra et la conquête larguera les amarres attachées à une bitte provisoire. Les bipolaires sont des gens sensibles. Le malheur est qu’ils attirent puis se font jeter comme de vieille chaussette lorsque la cause de l’attirance disparaît. Il s’ensuit des vies sentimentales et maritales compliquées. Le mieux est de séduire en bas de cycle. La hauteur de vos yeux ne rencontre alors aucun regard. La difficulté est du même ordre que la quadrature du cercle.

La clé est insérée dans la serrure. Un cliquetis et la porte s’ouvre sur une idée simple. Le maniaque est un dominant et le trouble bipolaire est une anomalie du système de dominance. Ces affirmations paraissent contre-intuitives au premier abord. Un malade mental ne peut pas être dominant. La dominance dont il est question ici n’est pas la dominance sociale même si cette dernière est généralement la conséquence de la dominance biologique. L’homme est un singe évolué et les singes vivent en hiérarchie de dominance. L’évolution a d’évidence doté l’homme d’outils biologiques et comportementaux assurant la gestion de la hiérarchie de dominance. La civilisation n’a pas tout effacé. Bien au contraire, c’est une certitude. La sélection naturelle n’a pas suspendu son vol avec l’accumulation de viande dans les chambres froides aux artères bouchées.

L’éthologie étudie les comportements dans une perspective biologique et évolutionniste. C’est la science idéale pour comprendre ce phénomène central. Il est très peu évoqué dans la littérature. Le livre « éthologie » de Jean Luc Renck et Veronique Servais comporte en gros 300 pages. 30 pages sont consacrées à un regard éthologique sur l’homme. Rien sur la dominance humaine. La discipline a peur de ses propres outils d’analyse. C’est très curieux. L’égalitarisme est une potion curieuse qui s’applique sur la bouche, les oreilles et les yeux des scientifiques. Elle les rend soudainement sourd et aveugle à la réalité ambiante dont on ne peut rien dire. Personne ne sait exactement ce qu’est la dominance humaine. Le risque est important qu’une bande de crétins gauchistes ou droitistes récupère les idées pour alimenter leurs gloubiboulgas idéologiques télévisuels navrant.

La dominance signifie éthologiquement un accès favorisé aux ressources et à la reproduction. Elle permet de se situer au sommet de la hiérarchie de dominance. L’attirance aussi soudaine que surprenante des femmes s’inscrit bien dans le cadre éthologique. Je ne l’inscris pas dans l’augmentation de l’estime de soi de je ne sais quel macho. Ce n’est pas le propos. Ce changement d’attitude était archaïque, animal et instinctifs. Mon intelligence et mon apparence étaient constantes. On ne juge pas la première en boite, la seconde est nettement plus décisive sous la boule à facette. Dans les deux cas rien n’avait bougé. Le processus de séduction avait été modifié en ma faveur : être accepté immédiatement comme reproducteur sans entrer dans un processus de cours est un traitement qu’intuitivement on estime réserver à des mâles alpha. La terminologie peut vous choquer, je n’en changerai pas. Ma valeur sélective au sens de la théorie de l’évolution avait fait un bond considérable à ADN constant. Mon sentiment interne de toute-puissance avait été détecté je ne sais pas comment par des yeux aussi charmants qu’extérieurs. La réalité devenait dépendante de l’état de l’humeur de l’individu par l’intermédiaire d’une variable comportementale inconnue d’autant plus perturbante que tout était habituel dans l’attitude et le comportement.

La bipolarité et la dominance sont liées, indubitablement. Quelques mois après mon épisode III, l’excitation était retombée et la manie avait quitté l’espace de mes préoccupations. Aucune conséquence dommageable n’était à déplorer sur mes habitudes personnelles ou privées. Le concept de dominance trottait dans ma tête, mais beaucoup d’idées farfelues traversaient mon esprit dans mes up. J’avais appris à considérer une idée uniquement si elle me paraissait valide dans les deux versants du trouble. L’idée continuait à occuper mon esprit après le retour à l’euthymie. Un jour, je voulus en avoir le cœur net et je fis des recherches sur internet. Elles furent infructueuses au début. Google était d’une stérilité consternante. Les mots clés « bipolaire » et « dominance » ne retournaient aucun résultat prometteur. Je fis aussi des recherches en anglais mais je n’eus pas plus de succès. Google continuait d’afficher les habituelles obsessions du mâle connecté : « comment être un male alpha etc…. ». J’eus plus de succès en essayant 3 mots clés : Bipolar (bipolaire), Dominance, submissiveness (soumission). Un et un seul lien parmi des tonnes de chose sans intérêt m’apparut comme par miracle : les comportements de dominance/soumission comme modèle de la manie et de la dépression.

Source: DOMINANT-SUBMISSIVE BEHAVIOR AS MODEL OF MANIA AND DEPRESSION CNRS/INIST/Neuroscience and behavioral reviews. Malatynska E, Knapp RJ (2005)Abstract
This review examines the ways in which dominant-subordinate behavior in animals, as determined in laboratory studies, can be used to model depression and mania in humans. Affective disorders are mood illnesses with two opposite poles, melancholia (depression) and mania that are expressed to different degrees in affected individuals. Dominance and submissiveness are also two contrasting behavioral poles distributed as a continuum along an axis with less or more dominant or submissive animals. The premise of this article is that important elements of both mania and depression can be modeled in rats and mice based on observation of dominant and submissive behavior exhibited under well-defined conditions. Studies from our own research, where dominance and submissiveness are defined in a competition test and measured as the relative success of two food-restricted rats to gain access to a feeder, have yielded a paradigm that we call the Dominant Submissive Relationship (DSR). This paradigm results in two models sensitive to drugs used to treat mood disorders. Specifically, drugs used to treat mania inhibit the dominant behavior of rats gaining access to food at the expense of an opponent (Reduction of Dominant Behavior Model or RDBM), whereas antidepressants counteract the behavior of rats losing such encounters.

Traduction : Cet article examine les possibilités de modéliser la dépression et la manie chez les humains par les comportements de dominants/dominés chez les animaux, comportements établis dans des études de laboratoire. Les troubles affectifs sont des maladies de l’humeur avec 2 pôles opposés, la mélancolie (dépression) et la manie qui sont exprimées à des degrés divers chez les individus affectés. La dominance et la soumission sont deux pôles de comportement différent distribué le long d’un continuum réparti sur un axe avec plus ou moins d’animaux dominants ou dominés. L’hypothèse de cet article est que des éléments de manie et de dépression peuvent être modélisés chez les rats et les souris par l’observation de comportement dominant/dominé ; le tout dans des conditions précisément définies. Des études de notre programme de recherche ont produit un paradigme que nous appelons « Relation dominant/dominé ». Elles sont basées sur l’accès compétitif à la nourriture de deux rats dont l’alimentation est restreinte. De ce paradigme découle deux modèles sensibles aux médicaments traitant les troubles de l’humeur. Plus précisément, les médicaments qui traitent la manie inhibe le comportement dominant des rats réussissant à obtenir l’accès à la nourriture au détriment d’un opposant (Modèle de réduction du comportement dominant), alors que les antidépresseurs inverse le comportement des rats perdants ce type de compétition.

L’approche que j’avais choisie était validée. Les médicaments que l’on prescrit en cas de trouble bipolaire ont une influence sur la dominance chez les animaux. Le lien entre bipolarité et dominance, dans sa composante biologique, est établi. Il convient de rester prudent pour deux raisons. Premièrement, Knapp et Malatynska ne cherchent pas à établir ce lien ; ils cherchent à construire un modèle pour tester de nouveaux médicaments pour traiter le trouble bipolaire. Cependant, la lecture détaillée de l’article trahit une intention inconsciente des auteurs car ils semblent confondre les concepts de bipolarité et de dominance. Deuxièmement, l’étude a pour objet des souris et des rats, les extrapolations automatiques à l’homme sont hasardeuses. Il n’empêche, cet article alimente l’armature conceptuelle qui rend compte d’une expérience archaïque, profonde et instinctive : la dominance est l’alpha et l’oméga de la plupart des espèces à comportement sociaux complexes. Une autre étude permet de passer du rat aux singes, nos plus proches cousins.

Source : New York times / Domination is linked to chemical in the brain, 7 décembre 1983 (Merci à Maxime pour sa contribution)
La dominance est liée à la chimie du cerveau. Des études portant sur les singes et des étudiants suggèrent que le statut social se réflète dans la chimie du cerveau. Les scientifiques montrent que les mâles dominant dans les colonies de singe vervet ont deux fois plus de sérotonine dans leur sang que tous les autres mâles. La sérotonine est un neurotransmetteur, une substance chimique qui permet la communication entre neurones. Lorsque le singe dominant est isolé, son niveau de sérotonine dans le sang diminue. Dans une situation solitaire, il n’a ni besoin ni opportunité de montrer sa dominance. La mise à l’écart du singe dominant, comme l’ont montré les scientifiques de l’université de Los Angeles en Californie, a permis à un autre mâle de prendre le statut de dominant. Son niveau de sérotonine dans le sang double également. Lorsque le premier dominant revient dans le groupe, il devient dominant à nouveau. Son niveau de sérotonine augmente alors que celui de son rival diminue. Ce que la sérotonine a à voir avec la dominance n’est simplement pas connu, mais les scientifiques ont trouvé des indices de similarité avec les humains. La mesure du niveau de sérotonine chez les leaders des fraternités des lycées montre une concentration plus élevée. Les scientifiques disent que les interactions sociales ont une influence sur le niveau de sérotonine. Ils ont étudié son niveau dans le sang car une mesure directe dans le cerveau aurait été extrêmement difficile. Les découvertes impliquent que la capacité de convertir des nutriments en sérotonine aide un animal à établir un rang de dominance. La sérotonine, l’un des neurotransmetteurs les plus étudiés, se trouve dans diverses parties du cerveau dont le siège des émotions.

La dominance et la chimie du cerveau sont liées. La sérotonine est un neuro transmetteur qui intervient dans les synapses entre neurones. Des médicaments interviennent directement dans les processus electro chimiques qui lui sont associés. Certains antidépresseurs comme le Prozac influent sur la recapture de la sérotonine. Le Prozac a une influence sur la hiérarchie de dominance d’un groupe de singes. Encore une fois, le lien entre dominance et trouble de l’humeur est établi dans le monde animal.

Source : The submission reflex, Michael E. Hall (Merci à Maxime pour sa contribution)
Dans une expérience précédente, une hiérarchie de dominance stable de plusieurs groupes de singes a été perturbée en éliminant le mâle alpha. Parmi les subordonnées se disputant le rang de dominant, un de chaque groupe a été traité avec du Prozac. Dans la plupart des groupes, le singe qui devint le mâle alpha était le mâle traité au prozac. En altérant la chimie de leurs cerveaux, le prozac rendit ces singes plus affirmés et moins soumis. En définitive, le Prozac contrebalança leurs réflexes de soumissions.

Le prozac, la sérotonine semble donc bien jouer un rôle dans la dominance. Un autre article m’enleva les derniers doutes que je pouvais avoir. Un scientifique du nom de Price partagea son intuition sur les troubles mentaux dans le magazine « the Lancet » en 1967.

Source: THE DOMINANCE HIERARCHY AND THE EVOLUTION OF MENTAL ILLNESS, The lancet, Price (1967)Abstract
In our evolution, we passed through a stage in which small social groups were regulated by strict dominance hierarchy; much as now exists in societies of baboons and macaques. For their stability, hierarchies require certain behavior patterns from their members: irritability towards inferiors, anxiety towards superiors, and elation on going up the hierarchy and depression on going down. Because of the great survival advantage to the group which a well-functioning hierarchy provides, these behavior patterns have been strongly selected for. Equilibrium was reached when the advantage they provided was balanced by the disadvantage of excess of such behavior. These excesses are manifested as mental illness; excesses of stable dominance hierarchy behavior as the chronic illnesses such as anxiety neurosis, schizophrenia, and aggressive personality; and excesses of the behavior associated with changes in the hierarchy as the phasic mental illnesses such as mania and depressive psychosis. The main prediction from the hypothesis is that factors which increase or reduce dominance hierarchy behavior will have malignant or beneficial effects on mental illness. The main factor increasing such behavior is instability in the hierarchy. The behavior is reduced by strict control of the hierarchy from above, or by aggressive involvement with another social group. From general observation on man, it would also appear that alcohol (and other sedative drugs) and emotions akin to that of a religious love are powerful inhibitors. It is hoped that a psychiatric formulation of the hypothesis, which has been advocated in various forms by ethologists for many years, will give a stimulus to research on dominance hierarchy behavior in animals and man.

Traduction : Dans notre évolution, nous sommes passés par une étape dans laquelle de petits groupes sociaux étaient régulés par une stricte hiérarchie de dominance qui existe encore dans des groupes de babouins et de macaque. Pour assurer leur stabilité, les hiérarchies exigent certains types de comportement de leurs membres : irritabilité envers les inférieurs, inquiétudes vis-à-vis des supérieurs, élation à l’élévation dans la hiérarchie et dépression lors de l’abaissement. En raison de l’avantage élevé, en termes de survie pour le groupe, que procure une hiérarchie en état de bon fonctionnement, ces types de comportement ont été fortement sélectionnés. L’équilibre fût atteint lorsque les avantages qu’ils procuraient étaient contrebalancés par les excès de tels comportements. Ces excès se manifestent par des maladies mentales ; les excès de comportement de hiérarchie de dominance stable amènent des maladies chroniques comme les névroses anxieuses, la schizophrénie et les personnalités agressives. Les excès de comportement liés aux changements dans la hiérarchie sont liés à des maladies mentales phasiques comme les psychoses maniaques et dépressives. La prédiction principale de l’hypothèse est que les facteurs qui augmentent ou réduisent les comportements de hiérarchie de dominance auront un effet bénéfique ou négatif sur les maladies mentales. Le principal facteur renforçant de tels comportements est l’instabilité dans la hiérarchie. Le comportement est réduit par un contrôle strict par le sommet, ou par un engagement agressif contre un autre groupe social. A partir d’observation général sur l’homme, il apparaîtrait que l’alcool (ainsi que d’autres drogues sédatives) et des émotions semblables à l’amour religieux sont des inhibiteurs puissants. On espère que la formulation psychiatrique de cette hypothèse, qui a été défendues par les éthologistes depuis des années donnera un stimulus à la recherche sur les hiérarchies de dominance chez l’homme et l’animal.

La relation entre bipolarité et dominance est nettement affirmée dans cette publication. C’est une intuition qui date de 40 ans et qui a fortement inspiré Malatynska et Knapp dans leurs travaux. Le lien entre bipolarité et dominance au sens scientifique et éthologique du terme est établi. Il construit un pont surprenant entre psychiatrie et éthologie. Tous ces articles scientifiques donnent une armature conceptuelle à la théorie de la dominance en tant que système perturbé par l’humeur ou identique à l’humeur. La ligne éditoriale du blog se trouve justifiée. Nous continuerons à approfondir les notions abordées dans cet article.

Abba / The winner takes it all
I don’t wanna talk
About the things we’ve gone through
Though it’s hurting me
Now it’s history
I’ve played all my cards
And that’s what you’ve done too
Nothing more to say
No more ace to play
The winner takes it all
The loser standing small
Beside the victory
That’s her destiny
I was in your arms
Thinking I belonged there
I figured it made sense
Building me a fence
Building me a home
Thinking I’d be strong there
But I was a fool
Playing by the rules
The gods may throw a dice
Their minds as cold as ice
And someone way down here
Loses someone dear
The winner takes it all
The loser has to fall
It’s simple and it’s plain
Why should I complain.
But tell me does she kiss
Like I used to kiss you?
Does it feel the same
When she calls your name?
Somewhere deep inside
You must know I miss you
But what can I say
Rules must be obeyed
The judges will decide
The likes of me abide
Spectators of the show
Always staying low
The game is on again
A lover or a friend
A big thing or a small
The winner takes it all
I don’t wanna talk
If it makes you feel sad
And I understand
You’ve come to shake my hand
I apologize
If it makes you feel bad
Seeing me so tense
No self-confidence
But you see
The winner takes it all
The winner takes it all……

MGMT / Time to pretend
This is our decision to live fast and die young.
We’ve got the vision, now let’s have some fun.
Yeah it’s overwhelming, but what else can we do?
Get jobs in offices and wake up for the morning commute?