1.3.5 Oui mais…

La dominance est le dénominateur commun d’un certain nombre de symptômes de la manie. La Sexualité, la survie et la sociabilité sont des domaines cruciaux où l’homme et la femme doivent exceller dans la lutte pour la vie. La partition qu’y joue le maniaque s’achève sur un point d’orgue redoutable. Le règne de l’hyperdominant se termine à l’hôpital dans la majorité des cas. La manie est têtue : elle aime faire une visite impromptue aux établissements psychiatriques. Le choix de l’établissement n’est pas souvent l’expression du libre arbitre. La société condamne le maniaque à l’enferment pour son bien. Le bien du maniaque et surtout le bien de la société. La communication ne doit pas faire oublier qu’elle prend des mesures coercitives pour que l’atteint de l’humeur ne lui nuise pas. Il faut le dire franchement et lors on aura ma compréhension et mon accord. Par contre, il serait élégant de lui lire ses droits avant son exfiltration du milieu social. Bien sûr, on nous ment, pour notre bien. Toujours, certains psychiatres ont fait l’école du journalisme.

La manie navigue dans les eaux extra territoriales de la bienséance sociale. Elle en est sa négation, elle suit sa propre logique de jouissance, d’amour et de liberté. Elle termine enfermée, c’est la logique même. Les joyeux braqueurs, vendeurs de tee-shirt reconvertis en escroc, les espions internationaux dérouillés par le Mossad ne font pas une publicité exemplaire pour la bipolarité. La stigmatisation n’est pas totalement dénuée de fondement. Les chantres de sa dénonciation ont soit des objectifs commerciaux soit des blessures intimes à soigner. Plus on est de fou, plus on impose le respect, plus on est normal. La logique des parvenus de la puissance. Il est plus facile d’accuser des centaines d’année d’amélioration de la prise en charge des malades que ses propres turpitudes. La première action de lutte contre la stigmatisation, c’est de prendre les médicaments prescrits. Deuxièmement, l’information de la population sur les symptômes doit combler un fossé d’ignorance. Elle permettrait d’alerter au plus vite en cas de rechute. Je ne fais pas le procès de la société. Je lui dois beaucoup, mais rien n’empêche de lui demander encore plus. Il y’a 200 ans, une crise de manie avec les chaînes au pied m’évoque une horreur absolue. Il est inadmissible ne nier les acquis. Etre bipolaire au 21ème siècle est un cadeau du ciel et le fiel que l’on ingère nous permet d’avoir les deux pieds sur terre. Une chance et un martyre. Une chance pour réfléchir sur notre condition d’être à part, un martyre car notre individualité amplifiée se prête mal à la symphonie des moutons martyres qui bêlent leur dégout d’eux-mêmes à chaque micro qui se tend, symbole de leur impuissance d’exister. Le bipolaire existe puis tire sa révérence, cycliquement. Il sait tout le prix de la vie et de son sens parce qu’il la quitte de temps en temps, sans mourir.

La société n’est pas innocente, loin de là. Quand elle enferme, elle doit être exemplaire. J’ai assisté à une conférence de la fondation Fondamental. Le ministre ne comprenait pas. Dans certains établissements la contention était très peu pratiquée. Dans d’autres, elle était monnaie courante. La maladie psychiatrique n’est pas une maladie comme les autres. Elle touche l’esprit, la liberté et l’individu. On ne peut pas laisser le tout à la seule responsabilité des petits chefs d’établissement qui veulent rétablir le calme en choisissant le chemin le plus facile. Les sangles et l’humiliation. Les infirmiers doivent être respectueux, tout le temps. Pas de tutoiement non autorisés, pas de caméra à l’intérieur des HP. La dignité n’a pas disparu, elle s’est simplement posé pour attendre un nouvel envol. On ne filme pas un oiseau à terre. La terre doit s’ouvrir pour découvrir les failles. Seulement, Pas d’argent pour que les meilleurs psychiatres aillent auditer le travail de leurs petits camarades. Vous comprenez, on est en France. Tous les psychiatres sont égaux, fraternels et libres d’être nuls. Ils sont tous géniaux et ne commettent jamais d’impair. Le jugement de leurs pairs est inutile. Choisissez bien vôtre psychiatre, il y’a des mauvais partout. Ils pratiquent l’exercice de la médecine en toute impunité et sont contaminés par la vérole freudienne. Ils regardent gravement les parents et leur disent, vous savez, votre fils, il ne sortira jamais de l’hôpital. Ils tiennent à nous, les sacripants.

La stigmatisation pose des problèmes à ceux qui ne prennent pas leurs médocs. Deux cas peuvent se produire. Soit votre maladie est visible, et, dans ce cas, l’ignorance et l’incompréhension vous tomberont dessus. Soit elle ne l’est pas, et je suis en droit de ne pas me sentir stigmatisé. Pour la première catégorie, le seul espoir, est de trouver la parade médicamenteuse. Je suis d’un naturel pessimiste lorsqu’il s’agit de combattre l’ignorance. Les gens ont d’autres lacunes beaucoup plus urgentes à comblées. La maladie mentale n’est pas une priorité. La connerie militaro mediatico industrielle est suffisante pour mobiliser tous les esprits. Elle communique au plus petit dénominateur commun. Il semble que sa détestation du sentiment humain explique ce déversement porno violent permanent qui nous vient d’Amérique. Lénina, tu te souviens ? Tout le monde appartient à tout le monde et surtout à l’Amérique. An 16 de notre Ford, Lafayette, casse-toi ! Et tout le monde somatisera… Le lithium, le soma du genre encore humain ?

Le maniaque dominant finit sa course au palace sans étoile. Il faut comprendre pourquoi. La hiérarchie de dominance n’est visiblement pas respectée. La définition de la dominance devient nécessaire pour échapper à la contradiction. Elle est aussi simple que sortante des sentiers battus. Sa simplicité rend hommage au rasoir d’occam. Elle permettra de mettre en perspective le trouble bipolaire, de l’inscrire dans une logique évolutionniste et éthologique. Elle permettra de dégager du sens. De savoir ce qui nous arrive lorsque nous sommes en haut. De comprendre pourquoi nous terminons aussi bas.

Guns n’roses / don’t damn me
Sometimes I wanna kill
Sometimes I wanna die
Sometimes I wanna destroy
Sometimes I wanna cry
Sometimes I could get even
Sometimes I could give up
Sometimes I could give
Sometimes I never give a fuck