1.6.1 Du bonheur

La tachypsychie, l’estime de soi et le sentiment de toute-puissance forment le trio endogène infernal causant la perte du surdominant et sa déconnexion du monde réel. Elles sont régulées par le bouton de volume de la dominance. La manie révèle le système qui permet la gestion de la hiérarchie de dominance. Ce système excite le cerveau et augmente le taux d’utilisation du corps. Un corps musclé ne sert à rien s’il reste affalé devant la télé, une aire de Broca est inutile sans volonté de communiquer avec ses congénères. Intuitivement, plus le corps est utilisé à bon escient, plus la valeur sélective est élevée. Le corps est beaucoup utilisé en manie, pas à bon escient. Le système de dominance se signale visiblement à différentes intensités de dominance ou d’excitation. Les niveaux d’excitations révèlent les marées basses, la mer étale et les marées hautes. Un nouveau vocabulaire permettra de passer de la psychiatrie à l’éthologie. Les mélancolies sévères, la dépression, l’euthymie, l’hypomanie et la manie seront associées respectivement à la sousdominance, la subdominance, la normodominance, la dominance et la surdominance. Le sentiment de toute-puissance du maniaque, du surdominant, n’est pas le produit de son imagination fertile ou de son intellect débridé. S’il existe en tant que sentiment alors il est modulé par le système de dominance. La toute-puissance apparaît avec la manie et n’existe pas en normodominance. La modulation donne l’illusion que le sentiment disparaît alors que seule la toute-puissance en tant que modulation du sentiment disparaît. Le sentiment persiste à l’euthymie sous une forme atténuée et bien plus modeste : le bonheur.

Le bonheur et sa recherche est un sujet abordé dans de multiples disciplines. Le moyen d’y parvenir est finalement le seul sujet de la philosophie, des religions et de la science. Toute l’industrie de l’homme vise à faire fructifier son bonheur. Sa relation aux bonheurs des autres est complexe. Parfois il se préoccupe du bonheur de ses congénères, parfois il veut le fait contre leurs grés. Pire, il élabore parfois des stratégies inconscientes pour distribuer le malheur pour asseoir sa dominance. La plume, le talent et le temps me manquent pour donner une vision complète d’un sujet aussi important. L’air du temps porte un grand intérêt aux jours heureux. La psychologie positive dont Christophe André est un éminent représentant produit des recommandations, des balises pour vivre une bonne vie. La lecture d’ouvrage comme « Vivre heureux, psychologie du bonheur » est utile pour le bipolaire. Le bonheur a une part génétique comme le trouble bipolaire. Ce n’est pas un hasard. Mais une part est également sous notre contrôle. Philippe André aborde un bonheur qui se déploie dans notre vie de tous les jours. La psychologie évolutionniste s’intéresse à l’utilité darwinienne des créations du vivant, pas à notre quotidien. Si le bonheur existe, il a une fonction dans la sélection naturelle et il doit contribuer à la survie de l’espèce. La réalité du bonheur est une évidence quantifiable pour le bipolaire car il passe par tout le spectre de ses modulations : toute-puissance, extase, joie intense. Le passage de la psychologie positive à la psychologie évolutionniste est facilité par le cynisme militant de Nietzsche. Le bonheur selon lui est « le sentiment que la puissance croît, qu’une résistance est en voie d’être surmontée ».

La puissance et la dominance sont deux parentes proches. La puissance Nietzschéenne est la perception philosophique du phénomène de dominance. Le sentiment de bonheur est un signal d’accroissement de puissance ou de progression dans la hiérarchie de dominance. Tout sentiment est un signal. Le signal est très subtil à détecter pour les neurotypiques car le système modulateur varie très peu. Les fluctuations de bonheur sont aussi difficiles à ressentir que les marées au milieu de l’océan. L’homme baigne dans le sentiment qu’il tente d’analyser. Le bipolaire est plus affuté car la marée monte et redescend très vite. Le bonheur est un indicateur synthétique. Il capture le niveau d’adaptation de l’individu à tous les niveaux. L’environnement social, affectif, sexuel, financier est ainsi mesuré par le système de dominance qui renvoie un signal sanctionnant le degré d’harmonie avec l’environnement. Un signal basal de bonheur est attribué à chaque individu. Il est inné. L’action, la progression dans la puissance peut le modifier. L’inné et l’acquis se confondent dans un système de mesure renvoyant un indicateur durable. La différence fondamental du bonheur avec d’autres émotions comme la joie, la gaîté ou le plaisir son caractère durable. L’humeur affective et sa perception est identique au bonheur. L’humeur est la plus stable des récompenses sauf pour les patients atteints de maladie affective.

L’invention du bonheur par l’évolution est une nécessité qui provient toujours de la même source. Dame Nature récompense toujours ses gentils membres. Plutôt que de bonheur, il serait plus précis de parler de la modulation du sentiment à un niveau donné qui provoque le ressenti de bonheur. L’humeur est un candidat sérieux pour augmenter la précision du discours. La joie ou le plaisir sont des récompenses temporaires dont la source ou la cause est accessible à la conscience. Les déterminants de l’humeur sont beaucoup plus difficiles à cerner. Ils sont multiples et construisent un sentiment simple à partir de donnée complexe. Tout système complexe nécessite des indicateurs simples pour se piloter. L’entreprise n’échappe pas à cette règle. Elle consomme les KPI ou key performance indicator avec une voracité coûteuse. Seuls des consultants grassement payés sont capables de les formaliser. La connaissance aiguisée de l’addition, de la soustraction, de la division et de la multiplication sont requises pour se faire des nouilles en or ou clients qui changent l’ordinaire des rois du vice platiné, les associés des cabinets de conseil. Il va s’en dire, qu’aucun KPI ne doit révéler l’impéritie d’un quelconque manager. Seul l’addition et la multiplication sont recommandées. Le bonheur, ou instanciation de l’humeur, est donc un KPI, une mesure de la qualité de la relation entre l’individu et le milieu pris au sens très large. Il est l’indicateur le plus fiable de la dominance.

Le bonheur n’est pas innocent. Il mesure la maîtrise de l’environnement et cache le sentiment de puissance Nietzschéen. Aider l’autre procure du bonheur. L’altruisme dont fait preuve l’être humain appelle à une réflexion rénovée sur la puissance Nietzschéenne. La dominance biologique, comportementale n’est pas la sujétion apparente de l’autre. La domination biologique de l’autre est effective lorsque l’aide apportée crée une dépendance. L’altruisme se présente ainsi comme le fondement de la hiérarchie de dominance humaine.

La normodominance est le royaume du bonheur. Les obstacles sont surmontés, une famille est fondée et l’individu est parfaitement inséré dans la société qui se présente comme un réseau d’aide et d’entraide complexe construisant la hiérarchie de dominance. En surdominance, le bonheur perd son innocence et la maladie de l’humeur est qualifiée. Le système de dominance envoie des signaux de toute-puissance à la conscience qui n’ont plus rien à voir avec la réalité. Il n’y aucune raison qu’un changement de milieu externe, social, affectif, financier procure un tel sentiment. Le système de dominance prouve son existence encore une fois par son découplage avec la réalité. Ce découplage est l’essence biologique du trouble bipolaire. L’humeur n’est plus régie par l’environnement mais par le système défectueux de dominance.

 William sheller / un homme heureux
Quel que soit le temps que ça prenne
Quel que soit l’enjeu
Je veux être un homme heureux