1.6.2 De notre humanité

L’humeur est l’émotion primordiale des animaux sociaux évoluant dans une hiérarchie de dominance. Le dominant s’impose par la violence et les alliances. Il rafle la mise reproductrice et fait main basse sur les ressources. La dominance n’a pas changé de nature, elle amplifie ou amoindrit les facultés des membres du groupe. L’estime de soi constitue toujours le puissant facteur motivationnel qui pousse le mâle à l’affrontement. L’agressivité est le seul chemin qui permet de devenir le Calife à la place du Calife. Elle peut être ritualisée, prendre la forme de menace pour vaincre sans coup férir. L’intimidation n’en reste pas moins une forme de violence psychologique. L’agressivité et l’estime de soi sont le couple phylogénétique qui permet l’ascension vers la place au soleil promise à l’élu. Les femelles succombent à l’individu dont l’excitation agressive est portée à l’incandescence. Chez la plupart des espèces, Il n’est pas évident que leur choix importe. Parfois, elles ne choisissent pas le mâle alpha. Les éthologues ne cherchent pas plus loin et ne se demandent pas si l’attribut permettant la dominance est plus subtil, plus composite que la simple agressivité. La plupart du temps, la dominance, une fois établie, produit des codes et des comportements. Les plus célèbres sont sans conteste le « peck order » . Cet indicateur de dominance est basé sur le nombre de coup de bec reçu et donné. Il institue la hiérarchie de dominance de manière visible chez les poulets. Le poulet dominant est-il capable de bonheur ? L’humeur gouverne-t-elle ses comportements ?

L’humeur animale est fortement dépendante du résultat des confrontations, elle est simple à déduire car la hiérarchie de dominance issue des combats est visible. Le bonheur humain est beaucoup plus difficile à évaluer car la violence a presque disparu. Pour être plus précis, elle n’est plus légitime. La civilisation n’est surement pas responsable de cette perte de légitimité. Elle a organisé les boucheries au profit des dominants. Elle a résolu l’équation évolutive toujours prompte à vouloir se débarrasser du surplus inutile de mâles dominés. La guerre est un problème d’accès aux ressources. Les ressources des autres sont transformées en butin et les femmes de l’ennemi en putain. Quand Alexandre conquiert Tyr, on imagine ce que des dizaines de milliers de mâles entre la vie et la mort vont infliger aux civils. La belle armée rouge qui a violé des femmes allemandes à la « libération », la libération des instincts les plus vils, est une parfaite illustration de ce mécanisme. La guerre de nos jours est inenvisageables car les dominants pourraient y passer. La solution pour neutraliser la masse des mâles dominés consiste à leur faire boire de la bière plus que de raison puis à leur faire allumer le poste de télévision. On pourra rendre aussi légale l’usage de la drogue de type marijuana pour leur enlever toutes velléités de se révolter.

L’être humain possède de nombreux attributs permettant l’accès à la dominance. Il semble exister autant de hiérarchie de dominance que d’attribut. La force et la dextérité physique sont les attributs mis en jeu dans les confrontations sportives. L’intelligence crée la hiérarchie universitaire. La capacité à abrutir les masses fait émerger la communauté régentant les mass médias. Une palanquée de crétin se dispute la lucarne des brumes. L’envie ne manque pas d’appeler Cizia Zykë pour dégager leurs burnes en corner. Le problème, c’est qu’il ne joue pas au foot mais à la passe à dix avec leurs copains publicitaires. Lorsqu’un attribut est correctement exploité, il donne accès à la dominance. Pas forcément au pouvoir. L’attribut qui permet l’accession au pouvoir navigue dans les eaux troubles de la politique : capacité à établir des alliances, à convaincre, à générer de la reconnaissance d’autrui. Il est l’attribut de la dominance qui se transforme en pouvoir. On peut être parfaitement heureux et ne pas chercher le pouvoir. La dominance est biologique, le pouvoir est sa contrepartie dans la sphère culturelle du groupe. Seule l’autorité charismatique de Max Weber renvoie à la dominance biologique. A un certain niveau, cette dernière produit automatiquement du pouvoir. Les deux autres, traditionnelles ou rationnelles renvoient à la civilisation qui peut parfaitement utiliser la première pour légitimer son pouvoir dans le temps. Seule la dominance biologique est légitime. On peut le regretter lorsqu’on écoute Bernard Tapie, mais c’est comme ça.

Un foisonnement de hiérarchie émerge d’une multitude d’attribut. Les métiers, les talents ou les dons forment l’armature de ces structures. La reconnaissance d’un talent ne peut se concevoir sans une compétition, sans une comparaison avec les autres. Les artistes ne sont pas exempts de ce genre de salissures réservées au vulgum pecus des autres hiérarchies de dominance moins lucratives. Chaque corps des milieux artistiques exhibe son simulacre de reconnaissance, de couronnement de droit divin où l’argent mène tout droit au paradis. On ne compte plus les cérémonies du type Oscar, Molière ou César récompensant le meilleur ouvrier du mois. L’égo le mieux payé fait souvent preuve du meilleur esprit de rébellion, celui autorisé par la camarilla de la bien pensance qui se réclame sans cesse de la justice pour assurer ses fins de mois. Ne rien remettre en cause, et faire de la publicité pour EDF-GDF. Voilà le type de révolte permise par le complexe militaro mediatico politico industriel.

Le joueur de tennis ou l’artiste « engagé » atteint la popularité qui est un premier signe de dominance. Cette popularité lui rapporte des ressources et un accès facilité aux meilleures opportunités sexuelles. Les colonnes s’engouffrent dans les caniveaux en les faisant rêver, la majorité se délecte de sa décrépitude relative. Le rêve est la plus grande escroquerie de l’ère médiatique. Tous les mensonges sont permis au nom de cette suffocation permanente qui fait croire aux honnêtes gens que le fric et ses putes donneront un sens à la vie. Dior, J’adore… Et si tu commençais par te rhabiller ? J’aime bien les nichons quand ils sont dans mon lit. Lorsqu’ils sont à l’image, j’ai l’impression qu’on se fout de ma gueule. Et la 3D ne gonflera pas mon audience.

La popularité n’est qu’une source d’influence éphémère : le don, source de dominance peut disparaître avec le temps. L’establishment préfère le pouvoir qui permet la sécurité, la garantie dans le temps de jouir des ressources de toute nature. Prendre les gens pour des truffes est une continuelle réjouissance qui ne saurait tomber entre des mains bougonnes et de mauvaise foi. Le pouvoir est une réalité biologique dont il faut retracer la phylogénie tant celle-ci est cachée par la civilisation, sa police et ses armées. Le pouvoir biologique est caractérisé quand le groupe constate une source de dominance dont l’attribut créateur apporte une utilité face à l’environnement. L’attribut est variable. La force, la sagesse, l’intelligence seront préférés selon la pression de l’environnement. L’attribut le plus intéressant est celui qui permet au dominant d’imposer une unité d’action au groupe. Le passage de la dominance biologique au règne naturel passe par le couronnement du groupe. La dominance est dyadique alors que le pouvoir est un phénomène de groupe. L’autorité biologique est synonyme d’autorité charismatique au sens Wébérien. Elle est endogène au groupe. Toutes les autres formes de pouvoirs sont exogènes, ils sont toujours imposés par la civilisation. Sur le long terme, seul le pouvoir biologique est légitime. Les autres pouvoirs ont besoin de flic et de soldat.

De la popularité naturelle au pouvoir imposé, le pas est franchi. Il est franchi par la volonté consciente de structurer une relation beaucoup trop organique pour être fiable. Le pouvoir essaye de capturer la dominance biologique en faisant vibrer les multiples cordes de sa harpe mystérieuse : inhibition du dominé, commandement, structuration hiérarchique des affidés et des petits copains. Il s’arroge le privilège de l’allocation des récompenses et des punitions. Le pouvoir ne dure que si la dominance naturelle est son alliée. Il a besoin de légitimité biologique pour assurer sa survie. Une structure hiérarchique de pouvoir ne peut pas fonctionner uniquement sur le relai de ses affidés. Des sources de dominance extérieures sont recherchées pour asseoir le pouvoir sur des fondements biologiquement incontestables. Cette ouverture à la dominance la rend perméable à la lutte intra-spécifique de dominance, qu’on appelle à tort luttes de pouvoir.

Tous les attributs humains permettant la performance sont mis en scène dans un concours ritualisé. Chez l’être humain, la violence n’est plus le prérequis obligatoire pour vaincre. Le bonheur récompense le vainqueur. Il apparaît après la victoire dans une confrontation dyadique classique. Il n’est pas possible de penser le bonheur sans évoquer le système de récompense. Ce système neural motive l’accession a à la récompense, la reconnait et génère l’affect positif afférent. Toutes les récompenses ne sont pas éligibles pour le calcul de la dominance. Seules celles permettant d’avoir le dessus sur un individu ont un effet positif. Chez les êtres humains, une foultitude d’attributs a remplacé la violence, la compétition demeure. Un seul attribut a véritablement détrôné la brutalité. Le langage n’est pas né chez les beaux esprits. Il est né de la compétition intra-spécifique. L’aire de Broca et l’aire de Wernicke sont les systèmes biologiques neuraux responsables du traitement et de la compréhension du langage. L’apprentissage de ce dernier repose donc sur un substrat biologique soumis à l’évolution. S’il est soumis à l’évolution, la cause de son perfectionnement ne peut être attribuée qu’à la compétition. La communication par le langage est une arme de combat, un substitut à la violence. La philosophie de la connaissance peut être résumée en une phrase. Celui qui sait domine celui qui ne sait dans des joutes verbales si possibles publiques. L’assemblée catalyse le résultat par la reconnaissance de la dominance.

La conversation n’est donc pas innocente. Elle peut bien sur avoir des aspects purement affectifs. Mais l’habitude de la considérer comme preuve de civilisation masque les couteaux qu’elles remuent dans les plaies fragiles. Ridicules est le film français que je préfère. Le film est une ode à la dominance. Un Noble véritablement dominant s’inquiète de la mortalité de ses sujets. Il entretient une relation affective avec ses gens dont la mort pourrait être évitée par l’assèchement des marais. Pour réunir les financements nécessaires à ce projet, il décide de rencontrer le roi coûte que coûte. La cour est une assemblée de dominant pervertie par les richesses et le pouvoir. Le pouvoir de laisser crever les sujets du roi pendant qu’on s’amuse à adorer le bel esprit. Le bel esprit est l’arme de ceux qui veulent réussir à la cours : il ouvre la porte du Roi. L’ingénieur hydrographique jouera le jeu de la cour. Le bel esprit s’est incarné en lui et il fera merveille à Versailles dans les joutes verbales. Jamais il n’oubliera la cause de ses gens, un ridicule le rappellera à ses devoirs.

Une tachypsychie atténuée permet au Bel Esprit de s’épanouir. Il permet la répartie cinglante et mortifère qui contraint l’eunuque du sérail à se suicider par pendaison. Jean Rochefort regrette un bon mot sur les Philistins venus trop tard à sa bouche vieillissante. Il révèle ainsi son statut de dominé car seul une relation de dominance peut inhiber ainsi un individu et lui enlever toute capacité de répondre à la parole par la parole. Nous avons tous connus cette situation où nous aurions voulu dire telle ou telle chose pour clouer le bec à l’arrogance du bavard impénitent. Hélas, le bon mot prit le dernier train. Le langage humilie, et un Ridicule peut tuer. L’humiliation est parfois bien plus insupportable qu’une blessure. Le pouvoir et la civilisation le savent bien. Ils multiplient les codes, les politesses, les diplomaties, les étiquettes, les règles de courtoisie pour éviter l’affrontement couvant sous les braises des mots dont il faut toujours se méfier de l’apparente futilité. Les gens se testent continuellement et mutuellement par des plaisanteries. Si vous ne répondez pas, le système de récompense est sollicité et sanctionne la perte de dominance. J’ai compris ce fait bien tardivement. Je m’astreins maintenant soit à répondre, soit à envoyer de subtiles signaux de menace. Neuf fois sur dix, les plaisantins comprennent qu’il vaut mieux arrêter le petit jeu. En général, leur lâcheté à le jouer indique leur manque de courage à le poursuivre.

L’échange de vue devrait conduire à comprendre le point de vue de l’autre, identifier calmement les désaccords et apporter de nouvelles idées. Cet idéal est rarement réalisé dans les débats publics. Dans les dialogues platoniciens, on sent bien la volonté d’amener l’autre à rendre les armes dialectiques. L’ironie est omniprésente. A la télévision, le dialogue est dialogue de puissance. Il n’y a qu’à observer Loanna Salami et Roquet belle Oreille interroger Onfray dans les interdictions de coucherie de fin de soirée. Repassez-vous les séquences (ici à 13:07, 19:17 pour Loanna), les chiens idéologiques hargneux aboient, l’intelligence trépasse et le cirque continue. Du pain et des jeux, rien n’a vraiment changé. Les interviewers sont des procureurs de carnaval jugeant du bien et du mal un préservatif à la bouche. Ils ont juré de revenir chaque semaine, c’est le contrat, la sainte alliance entre Panzani et les langues fourchues.

Notre système de récompense liée aux interactions dyadiques n’est pas fondamentalement différent de celui des animaux. Il se distingue par sa complexité. La force n’est plus l’attribut fondamental. Un mix de facteur intervient dans la réussite du combat. Le beau langage, la dextérité, l’apparence physique augmente la confiance en soi, signe qu’un combat invisible a été remporté aux dépends des autres. La dominance se transforme en pouvoir lorsqu’elle a démontré une valeur ajoutée dans la survie du groupe. De nos jours, l’état et la civilisation imposent le pouvoir à tous les échelons. L’état c’est moi disait Louis XIV. L’état maintenant c’est eux. On ne sait plus trop s’il crée de la légitimité ou si elle est imposée par oukase verbeuse. Lorsqu’on étudie un groupe, la première chose à analyser est le l’attribut générateur de légitimité. Ce dernier explique alors les intérêts des uns et des autres.

Les interactions entre les êtres humains sont hyper ritualisées. Les processus générant de la dominance échappent dans une large mesure à la conscience des acteurs. La violence a été supplantée. Le langage en tant qu’expression de la pensée consciente d’elle-même a pu connaitre l’essor biologique que l’on connait. La dominance est à l’origine du succès de la conscience. Cette dernière n’est pas l’empreinte de l’environnent. Elle est plus, overkill comme dirait les anglais. Le système de dominance n’est pas uniquement adaptatif, il est créateur. Il est le résultat des comportements que l’augmentation d’excitation suscite. La manie le met en évidence chez l’homme. Elle existe chez les animaux. Elle prend la forme d’un excès d’agressivité imperceptible pour les zoologistes. L’homme maniaque est fou car l’homme pense, et la plasticité de ses pensées rend ses actions protéiformes. Son organisation sociale stricte filtre les comportements anormaux. L’animal reste encadré par le parlement de ses instincts jusqu’à une fluctuation anormale qui donnera naissance à un nouveau comportement phylogénétique qui s’inscrira dans son génome.

Source : Darwin et l’épopée de l’évolutionnisme (Denis Buican)
Car l’objet principal de la sélection naturelle semble se déplacer du domaine de la force brute vers celui de la force éclairée par les lueurs, fussent-elles vacillantes, de l’intelligence. Il n’est pas interdit de penser que d’autres facteurs, en dehors de ces combats intra-spécifiques qui font partie de la lutte pour l’existence dans un sens élargi, ont également favorisé ce type spécifique d’évolution.

L’humanisme béat ne doit pas tomber dans une extase naïve. La violence est toujours là. L’accès aux ressources la conditionne toujours. Les belles consciences qui condamnent la guerre des Américains au Moyen Orient au nom du pétrole seront les premières à manifester contre l’augmentation exagérée du super. Les gouvernants connaissent bien les gouvernés. Il est évident que la guerre sert les intérêts de ce qui la font. Le tout est de bien vendre le passage des chars en bienfait pour l’humanité. Les conducteurs d’Audi A5 applaudiront à tout rompre le sauvetage de leurs bonnes consciences. Depuis la guerre du Viet Nam et le fiasco de ses communicants, il est impératif de faire croire que toute boucherie est chirurgicale. Les bombes sont balancées à 10000 mètres d’altitude et explosent en laissant un souvenir noir et blanc qui cache le feu d’artifice de viande rouge.

Un présupposé n’est jamais discuté car il est considéré comme acquis comme l’air que nous respirons. L’homme ne subit plus aucune pression sélective. Rien n’est plus faux. Le système de dominance assure à l’homo sapiens une évolution éternelle même en l’absence de pression de l’environnement. La civilisation n’a pas fait disparaître la sélection naturelle. Certes, l’environnement n’exerce plus sa pression naturelle dans les villes où tout est fait pour nous faciliter la vie. Le système de dominance garantit une sélection naturelle ad vitam aeternam. Les femmes sélectionneront toujours les hommes les plus heureux. Les déterminants de ce bonheur sont tous les attributs du corps et de l’esprit, ils sont mis en œuvre dans la domination qui procure à son tour la dominance. La sélection continuera grâce à l’amour entre les hommes et les femmes. Le romantisme a de beau jour devant lui. On le nomme sélection sexuelle en éthologie.

Les rangs de dominance sont très vite établis entre les gens. Nous demandons comment ça va dans toutes les langues à nos congénères. Nous espérons ainsi déceler une faille dans lequel notre bonhommie pourra s’engouffrer et rendre dépendant le malheureux qui ne va pas aussi bien qu’il a l’air de le dire. Phylogénétiquement, la sélection naturelle a intérêt à répondre très rapidement à la question des rangs. Le statut social est un élément de jugement parmi d’autre pour notre cerveau reptilien. Il se pourrait même qu’il ne soit pas un élément du tout. La désespérance du chanteur d’INXS qui le pousse au suicide alors que tout lui sourit prouve bien que la matérialité dont nous abreuve le petit et le grand écran est un leurre. Pour jouir des ressources, il faut malheureusement que l’esprit soit dans de bonnes dispositions. Cette jouissance est honnête. Elle jouit de la ressource pour la ressource en non de l’effet social d’un plaisir simulé, éructant sa toute-puissance de peine à jouir. Au bout d’un moment, ce plaisir bâti sur des bases vaseuses s’échoue sur les récifs têtus de l’absurde. La sélection naturelle établit également les rangs sur l’apparence. Il est certain que les différentiels de taille, muscle et beauté ont une influence dans le jeu. S’il ne vous rende pas heureux, alors votre dominance ne sera pas établie. Le muscle ne rend plus heureux de nos jours. Les fondements de la civilisation empêchent les attributs de la violence brutale de pouvoir s’exprimer de manière trop habituelle. Le muscle ne devient plus qu’un ornement qu’on développe avec acharnement dans le narcissisme des salles de sport. Tout attribut qui ne rend pas heureux ne sert à rien. Cherchez votre Mozart au lieu de regarder la télé qui n’apporte qu’abrutissement et décrépitude motivationnelle. Si l’abrutissement vous rend heureux, alors c’est un moindre mal. Cela fera un votant de plus, ou de moins. Tout dépendra du degré d’indignation de l’abruti.

L’établissement de la dominance humaine est une opération hyper ritualisée. C’est sa spécificité. Personne ne peut s’en émouvoir car tout le monde pense que la dominance est une lubie que la civilisation toute puissante a fait disparaître. Rien n’est moins sûr. Notre absence de conscience à ce sujet prouve la redoutable efficacité de l’évolution quand elle tient une solution qui satisfait tout le monde. La ritualisation remplace le combat. La confrontation est remplacée par une rencontre sans violence où l’établissement du rang de dominance s’effectue « seamlessly », sans que les protagonistes s’en aperçoivent. Des transferts d’affect interviennent pour calmer tout le monde à l’issu de la rencontre. L’humeur du maniaque est une arme redoutable dans le jeu. Selon le philosophe Alain «La bonne humeur a quelque chose de généreux : elle donne plutôt qu’elle ne reçoit ». Le maniaque rend heureux masquant l’établissement du rang de dominance en sa faveur. Mais il ne peut pas en profiter car il n’existe pas de rang correspondant à son excès massif d’excitation. Il ne suffit pas d’être heureux pour être dominant. Il faut aussi rester adapté à la réalité.

Rendre heureux les autres est une démagogie qui va servir à l’établissement du pouvoir biologique. Le dominant va capitaliser sur les relations dyadiques. Ce capital va atteindre une masse si critique qu’il va se transformer en relation de pouvoir. On passe de relations 1:1 à une relation 1:n. Le bonheur dominateur que l’on distribue inconsciemment explique le cynisme de Machiavel : « Les gens vous aimeront plus pour ce qu’ils ont fait pour vous que pour ce que vous avez fait pour eux ». Opération bonheur contre ressources, la dominance humaine est une machinerie bien huilée dont il convient de se méfier. L’homme de pouvoir sait qu’il doit faire rapidement main basse sur le contrôle des récompenses et des punitions. Il installe alors sa sujétion sur la durée avec une armée, des flics et, de nos jours, l’aide de la télé et de son aimable babillage moralisateur, culpabilisateur et crétin.

L’humeur ou bonheur de son surnom populaire est le résultat de tout processus de domination dont il est la récompense. Il est la monnaie d’échange dans la structure de dominance humaine qui rassemble tout être capable d’y accéder. Les hiérarchies principales de dominance sont sexuées alors que la structure de dominance est universelle. Elle repose sur la capacité de transformer la domination en dominance. Il n’est pas innocent que la poursuite du bonheur figure dans la constitution d’un pays. Il est certain qu’on y trouvera la compétition la plus rude, la plus efficace et la plus dénuée de pitié. La prégnance d’un discours spirituel des plus conservatistes n’est pas un motif d’étonnement. L’intensité du conservatisme est proportionnelle à la violence de la société engendrée par une économie de marché au service de quelques financiers chanceux. Elle est l’expression d’une défense aveugle qui se protège d’un ennemi qu’elle n’arrive pas à identifier. L’obscurantisme se venge sur les scientifiques, bouc émissaire innocent d’une vindicte qui ne comprend plus où est le mal qu’il a renoncé à identifier pour des raisons économiques.

Le bonheur de tous est fait du bonheur de chacun disait Boris Vian. L’idée a perdu de sa prégnance mais elle est fondamentale. La civilisation s’est bâtie sur cette colle qui relie les individus entre eux. Elle est une structure de dominance où les individus se mettent d’accord sur les règles de la domination, d’accession au bonheur et de l’attribution du pouvoir formel. Nous partageons la même biologie. Il semble pourtant que les civilisations ne soient pas facilement miscibles entre elles. La dominance existe bien, sa gestion obéit à un certain nombre de principes visibles, culturels qui fondent le vivre-ensemble de ses membres. Attaquer ces principes, ces tradition activement ou passivement provoquent des violences qui étonnent l’humaniste universaliste et le capitaliste béat qui pense que la vérole télévisuelle tient lieu de décalogue.

La structure de dominance est inconnue. La neutralité des relations de dominance est bien entendue possible. Elle est peut même être la règle dans une majorité des cas. Il peut s’ensuivre une illusion ou un désir d’égalité. Les dominants sont peu nombreux mais il structure la société. La majorité suit car la stabilité est à ce prix. Il est impératif que le dominant soit éduqué et arrive à la satisfaction de ses besoins. Il apportera ainsi une unité d’action au groupe même si la rationalité de cette direction peut être discutée. Les discussions sont bienvenues mais il est important que la direction soit légitime, assumée. Seul un dominant peut obtenir cette légitimation. Il importe que l’influence, la légitimité soit utilisé pour renforcé les fondements de la société. Si le pouvoir est confié trop longtemps à des petits malins communicants, les risques d’instabilité dans le groupe augmentent. Le pouvoir par l’illusion ne dure jamais bien longtemps. Les gens possèdent un système d’attention dont certains ne devraient pas mésestimer une capacité qui a fait ces preuves durant toute la phylogénie.

L’humeur du surdominant le place dans une situation où il n’obtiendra jamais le pouvoir. Le maniaque gagnera pourtant tous les combats dyadiques qui se présenteront jusqu’à l’hospitalisation finale. La poursuite agressive de contact humain révèle sa facilité à remporter des victoires sans coup férir. Il se sent automatiquement supérieur sans belle voiture ni costume Boss. La sensation afférente d’amour lui donne tous les droits et toute légitimité. Elle se transmet dans l’humeur de l’autre. La dominance humaine est tout à fait spécifique à ce niveau. Elle récompense le dominé de sa posture de dominé. Elle assure ainsi la stabilité de la structure de dominance. Le maniaque exagère un phénomène qui est imperceptible mais opérant chez les gens normaux. Profitez des gens qui vous rendent heureux. Laissez la conscience détecter les dérives comportementales qui ne vont pas dans le sens de votre intérêt. La dominance et la conscience se régule l’une l’autre. Il ne faut pas l’oublier pour ne pas sombrer dans le simplisme.

Source: Touched with fire, Kay Redfield Jamison
Mania also tends to bring with it indefatigability, a markedly decrease for sleep, and the aggressive pursuing of human contact.
La manie provoque l’absence de fatigue, un besoin diminué de sommeil et la poursuite agressive de contact humain.

Le sentiment de dominance est un préalable à la séduction. Il faut comprendre que le bonheur d’une rencontre ne viendra pas comme par enchantement. Le bonheur se construit par l’exploitation d’un attribut, d’une qualité. Un effort est nécessaire. L’air ambiant est à la facilité, à la gratification immédiate. Il n’est pas question de faire ici le procès du plaisir facile, mais il ne faut pas oublier que le bonheur vient de la compétition, de la reconnaissance des autres. Passer son temps devant la télé ne vous procurera qu’un remède à l’ennui, il ne vous fera pas progresser d’un iota dans la connaissance de vous-même et de vos possibilités. Apprendre à être heureux, c’est apprendre à identifier les objets sur lequel le bonheur va se greffer. La plupart du temps, ils demandent tous un effort, préalable à la reconnaissance des autres dont il ne faut pas avoir honte. Il faut agir. Le reste suivra.

Source : le figaro.fr « La séduction, ça ne rigole pas »
Pour répondre à ces incertitudes, la Love Academy a mis le paquet. Après un entretien avec un psychologue (le « love planner »), on vous propose une formation adaptée à votre situation : « Séducteur(trice) » , « Récupérez-le(la) » ou « Couple ». Pour 1 790 euros la semaine complète, voici le package des experts en séduction : coach PNL (techniques de développement personnel), sexologue, psychologue, conseiller en image, stylistes. « Pour être prêt à la rencontre, il faut commencer par apprendre à être heureux quand on est seul », explique Elodie Puch, coach. 

La tristesse et la résignation vous amèneront à cet état dépressif. L’état dépressif est le plus sûr moyen de ne pas trouver un partenaire sexuel. Je me rappelle cette scène dans « Love Actually » où la sœur du type qui a perdu sa femme intime l’ordre à son frère d’arrêter de pleurer. Aucune femme ne voudra baiser avec lui. Tout est dit avec une rare pudeur. Il faut trouver le bonheur avant l’âme sœur car la structure de dominance sert aussi à interdire l’accès aux opportunités sexuelles à ceux qui ne sont pas heureux. Dans les contes pour enfant, on insiste sur les tribulations. On est plus sibyllin sur ce qui se passe après. Tout juste sait-on qu’ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant. Dans les films américains, il faut sauver la galaxie pour espérer pouvoir s’accoupler. Tout est dit dans le raccourci symbolique.

Source : Internet
Bonjour. Mon message s’adresse à tous ceux qui ont 25,26 ans ou plus, qui n’ont jamais eu de relation affective avec l’autre sexe, qui sont seuls depuis toujours et n’ont plus l’espoir de s’en sortir. Est-ce que vous pensez souvent au suicide? Moi j’y pense presque tout le temps…Est-ce que vous vous sentez inférieurs aux autres?? Comment vous vous expliquez le fait que tout le monde arrive à communiquer avec l’autre sexe, sauf vous?? Est-ce qu’il vous reste des choses qui vous donnent un peu de plaisir dans cette vie? Ou bien, comme moi, le manque affectif vous gâche tout et vous empêche de trouver le moindre petit bonheur ailleurs? Je sais c’est un peu triste ce que j’écris, mais j’ai besoin d’en parler de temps en temps, et ceux qui ont réussi leur vie ne me comprennent pas beaucoup. Merci pour vos participations.

Bonheur, dominance et structure de dominance. La spécificité des humains réside dans la variété des attributs pouvant être transformés en dominance. La violence peut exister mais elle n’est pas obligatoire. Elle est hyper ritualisée au sens de l’éthologue Konrad Lorentz. Le Langage permet une confrontation sans coup férir. Les dialogues dans la sphère médiatique sont majoritairement des dialogues de puissance. Il diffère grandement des salles de réunion où il est permis d’avoir des points de vue pour faire avancer le schmilblick. Les dialogues sont alors constructifs. Ceux des médias sont des ersatz de violence. Je note que les débats contradictoires sont de plus en plus rares. La puissance ne s’acquiert plus que par la communication. Ne cherchez pas plus loin la médiocrité des dirigeants actuels.

Henri Laborit / Eloge de la fuite
Il est ainsi possible de trouver le bonheur dans le conformisme, puisque celui-ci évite la punition sociale et crée les besoins acquis qu’il saura justement satisfaire. Des sociétés qui ont établi leurs échelles hiérarchiques de dominance, donc de bonheur, sur la production de marchandises, apprennent aux individus qui les composent à n’être motivés que par leur promotion sociale dans un système de production de marchandises. Cette promotion sociale décidera du nombre de marchandises auquel vous avez droit, et de l’idée complaisante que l’individu se fera de lui-même par rapport aux autres. Elle satisfera son narcissisme.

Portishead / Glory box
Give me a reason to love you
Give me a reason to be a woman
I just wanna be a woman
From this time, unchained
We’re all looking at a different picture
Through this new frame of mind
A thousand flowers could bloom
Move over and give us some room
Give me a reason to love you
Give me a reason to be a woman
I just wanna be a woman
So don’t you stop being a man
Just take a little look from outside when you can
Show a little tenderness
No matter if you cry
Give me a reason to love you
Give me a reason to be a woman
It’s all I wanna be is all woman
For this is the beginning of forever and ever
It’s time to move over…

Magic system / la danse des magiciens :
Le Zouglou est une danse, qui met l’ambiance
qui fait bouger, qui met la joie dans tous les cœurs
Joie de vivre, Faut draguer
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