1.6.5 Le fou et vous

Les articles précédents ont insisté sur un paradoxe. Le maniaque est socialement complétement à côté de la plaque. Justement, ses moyens ne lui permettent pas d’assumer ses folies dépensières. L’environnement est sans pitié et l’enferme dans le palace sans étoile où rien ne peut être dépensé sauf un temps précieux. Pourtant, le maniaque est hyperdominant. Le système régulant la dominance l’a couronné. Mais le royaume qu’il dirige n’existe pas ou pas encore. L’objet de l’étude vise donc à passer du schéma représentant classiquement les troubles de l’humeur…

… à ce schéma représentant les fluctuations de dominance :

La définition psychiatrique fait de l’humeur un ressenti interne. Le sentiment de bonheur est l’acception populaire de l’humeur. Il est interne à l’individu. L’affect positif lui permet de conduire sa vie dans la structure de dominance. Cette structure est accessible à l’homme et à la femme. Les hiérarchies de domination basées sur des attributs intellectuels ou physiques sont soumises au dimorphisme sexuel. Par exemple, au tennis, les femmes et les hommes sont séparés dans les compétitions. Ils résultent du dimorphisme une inégalité dans le domaine de la domination. Par définition, la structure de dominance, basée sur la capacité de transformer de la domination en dominance est un puissant facteur de promotion de l’égalité. Les femmes et les hommes sont capables de bonheur et luttent donc à armes égales dans la structure de dominance. La dominance établie s’accompagne de l’émission d’un signal de dominance dont l’exagération provoque des changements dans l’univers comportemental de l’individu maniaque. Les neurotypiques n’ont pas la chance de pouvoir expérimenter ce changement. Ils se contentent d’être heureux chichement et n’aperçoivent pas les micros changements. Ils sont trop stables. Les fluctuations sont minimes et passent inaperçus sous les phénomènes conscients.

Le sujet maniaque ne voit la même réalité en A et en B (voir schéma ci-dessus). La réalité est toujours un décor que le maniaque partage avec les gens normaux. Une humeur haute ne signifie pas obligatoirement un vol plané dans une dimension qui n’existe pas. Le maniaque sort de la réalité par bouffée ; le délire hallucinatoire n’est pas permanent. La réalité ne change pas mais l’univers comportemental du sujet subit de profondes modifications. L’univers comportemental se définit comme l’ensemble des comportements auxquels un individu est habitué à un niveau d’humeur donné. Si l’humeur varie brutalement, le changement de l’univers comportemental va changer et provoquer une rétroaction vers le système de dominance. Le sujet et son système de récompense croit vaincre dans un processus de domination alors qu’il est le jouet du signal honnête de dominance. Bien sûr, le maniaque pense qu’il est un génie, qu’il connait tous des hommes et que son avenir messianique est assuré. En fait, il se connait mal. Ses frasques rendent heureux car ils sont enveloppés d’un a priori positif. Le transfert d’affect positif lié au signal est la cause première du changement de l’univers comportemental.

En A, les gens vont être avenants avec le sujet maniaque car leur inconscient va ressentir la dominance. Ils ont affectivement intérêt au transfert d’affect positif venant du dominant. La soumission due à la dominance est inodore et sans douleur. La soumission est perceptible : le bonheur peut s’afficher dans les traits du dominé. Vouloir faire le bonheur de son prochain est un acte de dominance. La conclusion est cynique mais elle explique pourquoi tout le monde s’est échiné à faire le bonheur de l’humanité. Le pouvoir sauveur s’arroge toujours le droit de piller les ressources des sans dents. La légitimation de ce pillage est biologique. Les barbituriques pseudos intellectuels type BHL cache une volonté de puissance assouvi sur le dos des souffrants. Tout cela dans le but ultime de créer un gigantesque BHV planétaire ou Davos régnera sur un monde sans dentifrice. Les allume cigares ne vendront pas les bains de bouche gratuitement. Tout ce qui sort de leurs bouches nous souille. Ils mentent comme des arracheurs de dent.

Les neurotypiques ennuyeux sont en normodominance. Ils ne voient rient. Ils ne comprennent pas ce que vit le maniaque. La violence du changement est proportionnelle au temps entre deux extrêmes et à l’amplitude de la fluctuation. L’habituation qui permet d’amortir les chocs ne parvient pas à endiguer le tsunami. Les normodominant ne peuvent rien voir car leurs humeurs varient dans des plages compatibles avec le sentiment que tout est normal. Ils en déduisent que le bipolaire maniaque est fou sans chercher à identifier les invariants du discours des malades. Personne n’est intéressé par les dire des patients après leur épisode. La folie bipolaire est pourtant une clé pour comprendre la réalité et la relation que le cerveau entretient avec le monde.

En B, le patient bipolaire est dépressif. Les gens sont absents. Seul un agent payé par la société prendra soin du malade au bord de l’abîme. Il est beaucoup plus facile d’arrêter un épisode maniaque qu’une dépression. Les chemins vers la normodominance ne sont pas symétriques. En quelques semaines, un maniaque médicalisé retrouve ses esprits. La guérison d’une dépression est beaucoup plus aléatoire. Un hommage doit être rendu aux psychiatres, aux assistantes sociales et à tous les bénévoles qui s’efforce de remettre d’aplomb des gens abîmés par la vie et dont la boussole de dominance indique toujours plus bas.

La dépression est le signe d’un puissant moteur de la sélection naturelle. L’exclusion économique est une cause proximale, la cause ultime de toutes les misères est l’impitoyable sélection naturelle couplée à une démission des dominants qui ne remplissent plus le rôle que la nature leur a dévolu. Protéger le faible est une tâche ardue car le malheur attente au bonheur. La dominance n’aime pas s’entourer de gens malheureux. Ces derniers sont un reproche, une insoumission à l’ordre du bonheur dominant. Tous les gens d’en bas ne montrent pas tous des signes de dépressions mais ils sont certainement suffisamment malheureux pour s’être éloigné de la structure de dominance. Les interactions sociales et les opportunités associées sont moins nombreuses et la solitude guette. L’innocence des malheureux ne doit pas faire oublier qu’une inadaptation émotionnelle, sociale, économique est à l’origine de leurs maux. Ce discours peut paraître d’une brutalité inouïe mais il est beaucoup moins violent que la réalité. La sélection joue sa partition avec son cynisme habituel. Les socialistes ne comprennent pas que l’argent des aides sociales ne solutionne pas les problèmes. Ils sont peu habitués à réfléchir. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les journalistes ne les y aident pas. Les aveugles conduisent les aveugles. Les fosses engloutissent Marianne.

Jusqu’à mon épisode III, mon univers comportemental n’était pas ma préoccupation première. Ses modifications n’étaient donc pas perceptibles. Ma dernière phase maniaque fut décisive. Les comportements d’autrui devinrent un marqueur de mes envolés. Ils furent donc incorporés dans la liste des prodromes que je n’avais pas réussi à cerner jusque-là. Un prodrome est un avertisseur de virage. Des signes et des précurseurs annoncent le début des phases hautes. Leurs identifications est primordiale. La psychoéducation en fait une composante essentielle des sessions d’informations sur la maladie. Elles permettent d’adapter tout de suite le traitement avant que l’excitation ne dépasse le point de non-retour et d’arrivée dans le palace sans étoile. Les gens sont mes prodromes. Ils me renseignent sur mon humeur. Lorsqu’ils sont trop gentils, alors je dois prendre des dispositions. La gentillesse des gens est mon pire ennemi. Ma sensibilité aux comportements des autres renforce l’acuité de mes capacités à prévenir les hauts de dominance. Vivre en se méfiant de la gentillesse des autres est un défi qui ne se gagne qu’en bâtissant une carapace de pierre, de distance et de cynisme.

La règle d’or dans un up est de ne rien extérioriser. Le sujet maniaque est le seul à pouvoir évaluer les changements dans son univers comportemental. Comme il existe un phénotype étendu, il existe un éthogramme étendu. Ce dernier est une très bonne définition de l’univers comportemental. Un univers comportemental dépend de l’humeur, de la dominance du sujet et de sa place dans la structure de dominance. Le signal honnête de la théorie de la dominance restreinte est le maître du ballet des attitudes liées à la dominance. Il opère dans les limbes de l’inconscient. Il est donc inutile de proclamer sa messianité. Personne ne vous croira car personne n’aura vu. L’autre ne perçoit pas de changement dans son univers comportemental. Il constate une sympathie plus prononcée des autres à votre égard, il n’intellectualise pas cette fluctuation car la référence est dans le cerveau maniaque. Ne dites rien, profitez, manipulez si vous avez le courage d’être un menteur comme Jean Albou dans « un fou dans l’art ». Après tout, il n’est pas interdit de s’en payer une bonne tranche après des années de vaches maigres. Vous n’êtes le messie d’aucun Dieu. Vous révélez la théorie de la dominance restreinte.

Le terme d’hypersensibilité me déplait car il sert souvent de paravent à de nombreuses faiblesses que les lâches ne veulent pas affronter. Il est mis à toutes les sauces d’une démagogie victimaire où les autres sont les méchants car ils sont insensibles. L’hypersensibilité dont font mention les faibles est généralement liée à l’émotionnel. On ne peut rien dire à un hypersensible car on ouvre la porte à des giga watts d’émotion qui martyrise sa sainteté l’intouchable. L’émotif surhomme porté au pinacle est cloué au pilori par une société sans pitié. L’hypersensible omet de mentionner sa fantastique capacité à capter autrui et à le manipuler au mieux de ses intérêts. S’il a correctement apprit à interpréter les signaux reçus, alors la seule parade que le quidam moyen peut lui opposer est son système de vigilance. Ce dernier veille à maximiser son intérêt affectif, sexuel et financier. Je suis redoutable. Mon hypersensibilité est couplée à une mémoire émotionnelle hors du commun. Tout ce qui provoque une émotion est stocké dans ma mémoire. Je sais exactement qui m’a dit quoi, quel est le dernier état émotionnel de mes interlocuteurs. Certains manipulateurs testent ce genre mémoire. Ils se découvrent. Il est avantageux de ne rien laisser paraître.

L’hypersensibilité aux autres est une donnée brute qu’il convient d’interpréter correctement. Dans le monde compassé du travail, la détection de dominant est devenue une seconde nature pour mon système limbique. Il s’agit de moduler la méfiance. Un directeur financier est énergique et désinhibé. Il est classifié dans la catégorie hypomane. Ses jurons en meeting sont autant de signes d’une levée d’inhibition et de mépris pour les subalternes. Les meetings qu’on peut avoir avec lui sont à sens unique. Personne n’ose l’interrompre même si il raconte des bêtises. Je n’échappe pas à la règle en tant que consultant. Peut-être s’agit-il de la déférence face à un pouvoir légitime ? La notion de pouvoir légitime dans les entreprises peut être discutée. Il ne faut pas se voiler la face. Ce directeur envoie un signal inhibiteur subtil et puissant qui empêche les autres soit de s’exprimer soit de réfléchir. La raison n’a rien à voir là-dedans. La hiérarchie de domination se superpose à la structure de dominance. Le signal honnête facilite et maintient la domination. Le dominé peut légitimement se consoler en pensant qu’il obéit à une structure formelle ou traditionnelle. Ce genre de structure a besoin de la dominance pour parvenir à ses fins biologiquement légitimées de détournement des ressources.

L’aspect positif du cas décrit ne doit pas être négligé. Au moins le supérieur hiérarchique est dominant. Toute la clique de middle management usurpe la puissance. Elle est au contact des gens qui travaillent vraiment. On ne peut pas dire que leur autorité soit légitime. Des petits chefs mettent une pagaille monstre dans les cerveaux reptiliens qui ne comprennent pas pourquoi leurs néocortex se soumettent à des individus dont la place dans la structure de dominance ne justifie en rien l’autorité qu’il s’arroge. Les français n’aiment pas le capitalisme, car la plupart d’entre eux sont en contact avec des nuls.

Mes virages d’humeur prennent leurs sources dans le changement de mon univers comportemental dont vous partagez la responsabilité en tant qu’autre interagissant avec moi. L’humeur pilote ces fluctuations en modulant le signal honnête de dominance base de la structure de dominance. Cette structure souterraine et inconsciente pilote la sélection naturelle chez l’être humain. L’addition de ce facteur exogène avec les causes endogènes identifiées précédemment (tachypsychie, estime de soi et toute puissance), entraine la déconnection du cerveau maniaque avec la réalité. L’habituation peut amortir les chocs mais l’excitation est sans limite. La rationalité et la logique sont aussi un bon moyen de freiner l’ascension vers les hauteurs. Après tout, tout ceci n’est qu’un phénomène naturel. Aucune raison objective ne doit pousser à la poursuite d’activité subitement démultipliée. L’activité messianique, magique ou mystique est celle qui amène le plus surement le sujet à rejoindre l’élevage d’oies dont on gave le foie de substances conventionnées mais non conventionnelles. La rationalité doit primer. La manie est similaire aux sirènes de la mythologie grecque ; elles vous promettent le monde. Il s’agit de le refuser et de vous attacher à ce que vous êtes avec des amarres solides.

Guns n’ roses / it’s so easy
It’s so easy, easy
When everybody’s tryin’ to please me baby
Yeah it’s so easy, easy
When everybody’s tryin’ to please me
So easy
But nothin’ seems to please me
It all fits so right
When I fade into the night