1.7.2 Réfutation

La dominance biologique est liée au trouble bipolaire. La théorie peut paraître obsessionnelle voire à sens unique. Je ne me suis pas conformé à la figure imposée de la thèse et de l’antithèse. La nouveauté du cadre conceptuelle nécessite de la confiance en soi. Il est pourtant temps de prendre un peu de recul et d’examiner la théorie, son sérieux et sa portée. Tout d’abord son théoricien n’est pas un spécialiste reconnu de l’éthologie ou de la théorie de Darwin. Je me suis servi de la science pour rendre compte de certaines observations effectuées en crise maniaque. Le sens du mouvement est important. L’observation a commandé la recherche conceptuelle. Je n’ai lu aucune littérature concernant le sujet avant d’être maniaque. Elle est rare et balbutiante en France de toute façon. Je n’ai pas lu, vécu et conceptualisé. J’ai vécu, lu et conceptualisé. Je comprends tout à fait que les bipolaires maniaques ne ressentent pas la dominance. Il ne s’agit pas de ressentir, il s’agit d’observer et d’en tirer les conclusions. Les frasques du maniaque sont bien là pour nous rappeler qu’un système inhibiteur est modifié sous l’action d’un autre système : le système de dominance. La confiance en soi est un sentiment renseignant l’individu sur l’état de son système inhibiteur. Plus on a confiance en soi, plus on a de chance d’agir. L’estime de soi n’est pas une auto perception, une réflexion de soi sur soi-même. Elle est un sentiment dans la même mesure que l’humeur est le sentiment de l’état de notre système de dominance, de notre rang dans la structure de dominance.

La dominance est un sujet tabou. L’héritage évolutif concernant les hiérarchies de dominance semblent ne pas faire l’objet de beaucoup d’étude, même dans son domaine de prédilection. Pour l’éthologie, tout semble acquis : l’homme développe des hiérarchies complexes basées sur diverses activités dans lesquelles des attributs sociaux ou biologiques sont mis en jeu. Le système de sélection naturelle humain est quasi conforme à celui des singes. Rien n’est moins sûr. Le trouble bipolaire se présente comme un miroir grossissant du phénomène de dominance. Ainsi, la connaissance du moteur principal du système de sélection naturelle de l’homo sapiens est rendue possible par la rencontre d’un relief au milieu d’une plaine où les moutons broutent tranquillement. Ce système est très performant. Mieux connaître ce système, c’est mieux connaître les ressorts du trouble bipolaire.

J’ai commencé une psychoeducation autonome voilà plus de quinze ans maintenant. Je n’ai pas remis les pieds dans un hôpital psychiatrique depuis que je sais que je suis bipolaire. Je suis resté du bon côté de la réalité, celui qui me commande d’y rester adapté. Je n’ai aucun gout pour les ressentis maniaques. Je n’ai pas du tout l’ambition de faire un avec la réalité. L’ouverture d’esprit n’est cependant pas incompatible avec l’approche. Il faut s’ouvrir à tous les témoignages : que pourrait signifier les gens de retour de manie ? Rien car ils ne sont pas écoutés. Pas de debrief après la crise. La manie est une folie à 100%. L’axiome de la psychiatrie actuelle souffre d’un grave défaut : elle n’explique pas pourquoi certains maniaques sont fonctionnels durant leurs crises. Je pense notamment à Jean Albou (Un fou dans l’art). Des informations utiles passent à la trappe car les psychiatres ont la main mise sur la folie. Durant les manies, les relations inter personnelles sont changées. Pourquoi ? De quelle manière ? Existe-t-il des invariants ? Le but de la psychiatrie n’est pas de connaître la folie mais de la ramener à la raison. C’est fort louable mains je n’achète pas, en tout cas pas tout. La raison est un cas particulier de la folie comme l’ordre est un cas particulier du chaos. L’inverse n’est pas vrai, et Dionysos est convoqué lorsque l’intelligibilité vacille. La fonction première de l’intelligence est de conquérir des terres incultes, de rendre pensable ce qui est et de transformer le chaos en harmonie.

La démarche du blog est scientifique même si je ne suis pas un scientifique patenté. Je n’ai pas à en rougir. Mon pedigree informatique m’assure un certain avantage dans le domaine de la logique. En dernier ressort, la science, c’est de la logique, des modèles et des expériences. Mon périmètre d’investigation se situe dans la psychiatrie évolutionniste dont Price a esquissé les contours dans un article du Lancet (1967). Je suis tombé sur cet article par hasard. Ce scientifique est une source d’inspiration pour nombre de ses collègues qui veulent théoriser le trouble au plus près de sa cause ultime. La description de plusieurs symptômes, leurs empilements ne constituent pas une démarche conceptuelle. Price donne une piste, un programme de recherche : les hiérarchies de dominance, la dominance sont à l’origine de nombreux troubles mentaux. A partir de cette intuition géniale d’autres scientifiques ou thérapeute ont pris le relais.

Paul Gilbert, Malatynska, Knapp et récemment Sheri Johnson ont apporté leurs pierres à l’édifice qui consacre le lien entre la dominance et le trouble bipolaire. Il existe des variantes dans les approches. Le point focal du blog est la dominance. Le docteur Albert Demaret s’est attaché à comparer le trouble bipolaire aux animaux qui défendent un territoire, d’autres sons de cloches de village voisin sont intéressants à entendre. L’homo sapiens n’est de mon point de vue pas un animal qui défend directement un territoire, il est avant tout un animal social vivant dans une hiérarchie de dominance. Le système biologique de dominance n’est toutefois pas étranger à la régulation de l’énergie, de la combattivité dont un animal fait preuve en fonction de la proximité de son territoire. La preuve d’un système de régulation est ici mise en évidence de manière flagrante. Le système de dominance apparaît comme une évolution ou comme une variante de ce système régulateur. Amendé par l’évolution, il gère la structure de dominance à notre insu. Le système de sélection naturel humain ne peut fonctionner qu’à notre insu sinon la conscience aurait faussé le jeu sélectif.

Source : Ethologie et psychiatrie : hommage au travail du Docteur Albert Demaret
Lorsque l’animal territorial est sur son domaine, ses caractéristiques essentielles sont l’agressivité, le succès facile lors de l’affrontement de congénères (même de taille plus imposante) et des comportements de séduction face aux femelles. Il marque les limites de son espace par des cris, des signaux visuels (coloration des organes sexuels, de la face ou plus globalement de tout le corps) et olfactifs (dépôts d’urines, d’excréments ou sécrétions glandulaires). Ces comportements sont superposables à l’échelle humaine à l’activité maniaque : d’une grande assurance et estime personnelle, il est agressif, manie l’ironie et, fort d’un sentiment de toute-puissance, défie socialement son vis-à-vis quel que soit le statut de celui-ci. Hyperactif et euphorique, il est à la recherche de sensations nouvelles et extrêmes. Comme les animaux territoriaux, on le voit et l’entend de loin de par son excentricité et ses manifestations bruyantes. Toujours à l’affut d’une nouvelle conquête, sa vie sexuelle est débridée. Toutes ces caractéristiques font dire que le maniaque « se comporte partout comme s’il était chez lui.

La première mouture de cet article avait insisté sur la question de la scientificité du lien entre trouble bipolaire et dominance. En 2011, les preuves de ce lien étaient rares. En 2016, elles sont maintenant abondantes. Il est donc inutile de s’interroger sur l’hypothèse soutenu dans le blog en tant qu’hypothèse scientifique. Les scientifiques l’ont adopté et des recherches sont menés dans le cadre qu’a fixé price il y’ a plus de 50 ans.        

Tom Petty and the Heartbreakers / Into the great wide Open
He went to Hollywood, got a tattoo
He met a girl out there with a tattoo too
The future was wide open
She had a guitar and she taught him some chords
The sky was the limit