2.2.3 Bullshit inc.

La lecture des deux articles précédents vous a, cher lecteur, laissé perplexe. Se pourrait-il que je fasse l’apologie de personnes peu recommandables ? Cette question est parfaitement pertinente si on se place du point de vue de la morale. Mais, pour l’instant, je me garderais bien d’entrer dans ce débat et je reste dans une démarche scientifique d’observation complètement amorale. Si vous projetez votre moralité sur la réalité alors vous risquez tout simplement de l’occulter. Et ce que je me propose de révéler est déjà occulté. On ne peut saisir la dominance que par élimination. Le Dinh  est-il un beau gosse ? Non. Le Dinh a-t-il excellé dans une quelconque hiérarchie de dominance ? Non. Le Dinh a-t-il du pouvoir ? Pas au sens où on l’entend habituellement. Le Dinh a-t-il des dons cachés de rhéteur ? A part fariboler sur une base christique et libertine, on ne voit pas. Et pourtant, Le Dinh est un dominant d’un point de vue éthologique. Certes, et, là, la morale peut revenir, il ne mérite pas sa dominance car elle est biologique avant d’être sociale (comme la manie du reste). C’est pourquoi la société ne lui a pas fait de cadeau. Il a ce pouvoir involontaire de révéler la structure de dominance par la subjugation de ses disciples.

Une communauté s’est bien créée autour d’une source de dominance invisible. Les adeptes comme le gourou y trouvant un bénéfice psychologique, ceci confirme la théorie que le bonheur structure les réseaux sociaux. La signature de la dominance est mise en évidence par ses deux piliers que sont le cul et le fric que l’on traduit, en termes éthologiques policés, par un accès préférentiel aux ressources matérielles et reproductrices. Si l’on admet qu’il y ait dominance, et relation de dominance il y a, alors il faut se demander, en éthologue, quel est l’attribut qui fait que le Dinh gagne tous les combats avec une probabilité supérieure au hasard. Il n’y a pas d’attribut visible, il y a un signal honnête de dominance qui ne s’adresse pas à notre néocortex conscient mais à notre système limbique inconscient. Pour rappel certains animaux sont capables d’envoyer un signal honnête de dominance par simple émission de phéromone invisible et inodore. Alors pourquoi ne pas considérer que quelque chose de similaire structure les relations entre humains. Ho, bien sûr pas des phéromones, quelque chose de beaucoup plus subtil. En normodominance, le cerveau ne peut pas le repérer car il est indécelable au milieu de tous les attributs de dominance explicite (Intelligence, force, beauté, …). Cela est bien normal car la normodominance est le théâtre où les fonctionnalités développées par Dame Nature sont testées, affûtées et vécu. Mais comment Dame Nature va-t-elle détecter un gain sélectif inédit ou saillant ? Par le système dominance-Bonheur (élation)- Signal honnête de bonheur. Si vous êtes l’heureux élu alors Dame Nature prendra la forme du sourire d’une femme. Euh…, elle vous sautera dessus oui. Lol ! La femme a une sexualité masculine envers les hommes dominants. Cela veut dire qu’elles n’hésiteront pas à les aborder, à renverser les rôles.

Carly Rae Jepsen / Call me maybe
Hey, I just met you,
And this is crazy,
but here’s my number
so call me, maybe?
And all the other boys,
try to chase me,
but here’s my number,
so call me, maybe?

Le dominant direct de la structure de dominance agit bien avant que nous n’ayons conscience de notre propre pensée ou conduite. Le cerveau reptilien va capter le signal et va propager dans tous le cerveau le message suivant : Reste auprès de lui car il te protégera, te conseillera et te rendra heureux. Au pléistocène, n’oublions pas que l’être humain a survécu dans des tribus où la cohésion du groupe devait être un avantage dans la lutte pour la vie. Le dominant avait une fonction régulatrice. C’est pour cela que lorsque je vois le Dinh, je vois un exemple de tribu primitive. Le dominant ne devait pas être toujours le plus fort. Et cette petite asymétrie (skew) a peut-être favorisé l’émergence des civilisations à partir du moment où la dominance-bonheur a instrumentalisé la dominance-violence. Certes, évidemment, la violence n’a pas disparu ; La dominance-bonheur agissant comme un stabilisateur dans la tribu et la dominance-violence pouvant se déchainer contre tout ce qui n’appartenait pas au groupe pour s’approprier des ressources de quelque nature que ce soit.

Mais revenons au sujet qui nous intéresse. Il est vrai que faire la connexion entre la dominance telle que je la conçois et les sectes peut paraître incongru. Et pourtant, tout ce que je veux montrer est simple : la dominance telle que je l’ai vécue lors de mes épisodes maniaques et la capacité de sujétion mentale que nous avons détecté chez certains gourous apparaissent bien comme deux phénomènes identiques. La seule différence entre les deux est une éruption dans un cas et dans l’autre, un mécanisme caché, en arrière-plan. Bien sûr il est possible, au regard de la complexité de cerveau, que le maniaque subisse le feu complet de la dominance alors que les collègues de Le Dinh ont la chance d’avoir juste un signal honnête mal étalonné par rapport aux autres. Dame Nature n’est pas une mécanique de précision, elle peut avoir ses ratés. Mais ses ratés sont révélateurs.

La troisième étude de cas devrait vous convaincre de la relation d’identité entre folie sectaire et folie maniaque car nous avons la chance d’avoir un spécimen tout en un et d’une puissance que seule la dominance peut fabriquer. Nous allons jeter un œil sur une secte puissante et nos yeux, suprême chance, seront ceux d’une femme ayant eu une liaison avec son gourou. La puissance de la secte la rend beaucoup moins intéressante, car là où le groupe est structuré, la dominance-bonheur n’est plus aussi facile à mettre évidence. Qu’importe car ici seule la personnalité du gourou a une importance pour la démonstration. La scientologie est une secte qui, tel un cancer, a métastasé dans tous les pays. Elle repose non sur l’habituel galimatias mystique mais sur une psychologie à deux francs faites d’engrammes de tungstène de gros couillon. Le grand ordonnateur de cette fumisterie a pour nom Ron Hubbard dont les talents d’escrocs ne pouvaient être mis au jour que par son propre fils (un bon escroc fait montre d’un talent de persuasion donc de dominance). Observons donc Ron Hubbard à travers les yeux de son assistante Barbara Kaye, une très jolie jeune femme. Le premier témoignage de cette femme avait attiré mon attention. Devinez pourquoi en décodant ces trois séquences :

Source : BARBARA KAYE (I)
Oui, j’ai toujours trouvé que c’est ce que l’homme a dans la tête qui est vraiment sexy. Il (Ron Hubbard, ndlr) n’était pas très attirant physiquement. Il avait la tête brillante, pas de doute. J’ai certainement pensé qu’il voulait m’épouser, et que j’aimerais l’épouser.

Source : BARBARA KAYE (II)
Il était tout à fait déprimé. Plus de couleur au visage, la voix à peine audible. Il m’a dit qu’il était carrément bloqué, qu’il ne travaillait qu’à cause de la date limite imposée par l’éditeur. Il pensait que son incapacité à écrire provenait des interventions malfaisantes des autres, par exemple, que Sara l’hypnotisait pendant son sommeil et lui disait qu’il n’écrirait plus jamais. Je trouvais qu’il était paranoïaque, vous savez? Il était manifestement en pleine dépression clinique.

Source : BARBARA KAYE (III)
Il m’envoya un câble, disant qu’il avait été très malade et qu’il voulait m’épouser. Je suis partie pour Wichita. Il avait l’air vraiment mal; les cheveux jusqu’aux épaules, ses ongles comme des sabots. Et j’ai trouvé une gentille note à l’hôtel pour me dire qu’il était vraiment heureux que j’arrive, qu’il m’aimait… mais j’ai aussi trouvé un type sans avenir, souffrant de problèmes psychiatriques, et je ne me suis pas vue passer mon existence avec un type pareil. Je suis repartie.

J’espère que vous avez deviné que Ron Hubbard est un collègue. Ce qui est fascinant c’est qu’en phase I, Ron Hubbard est manifestement en forme donc en up et que cette femme ressent de l’attirance pour lui et veut procréer même en l’absence de traits physiques attirants. En phase II et III, l’ami Ron est en dépression et cette femme ne veut manifestement plus s’accoupler avec lui. C’est très net dans la phase III. Au passage, ces témoignages démontrent que les fluctuations anormale de dominance (troubles bipolaires), sont bien un facteur puissamment impliqué dans les affaires de la reproduction humaine. Vous pensiez que nous n’étions pas des animaux ? Nous ne sommes pas que ça mais nous sommes ça en grande partie. Les trois séquences avaient attiré mon attention mais elles laissaient toujours planer un doute quant au diagnostic. J’appris par une autre interview que Barbara Kaye avait une formation en psychologie et qu’elle connaissait donc parfaitement le pedigree de son amant. Son avis autorisé acheva de m’ôter les derniers doutes que je pouvais avoir.

Source : BARBARA KAYE
The first time I made a clinical diagnosis of Ron was when I was with him in there. He had a house on Mel Avenue. He asked me to come there and he was in a deep depression. There was no doubt in my mind he was a manic depressive with paranoid tendencies. Many maniacs are delightful, apparently productive; they do all kinds of marvelous things and have tremendous self-confidence and talk and talk and talk, really hyper. He was like that in his manic stage – he was enormously productive and creative, he had big feelings of omnipotence, he talked all the time of grandiose schemes. It was extremely interesting in his case because he made his fantasies come true.

Le diagnostic ne vaut pas celui de mon psy mais cela est suffisant pour mettre en lumière que le gourou, créateur de l’une des sectes les plus puissantes du monde, fut sans nul doute frappé de trouble bipolaire. Certes, il ne fit pas, à ma connaissance, de séjour à l’hôpital mais sa condition était suffisamment visible pour être remarquée par son entourage. Personne ne semble se rendre compte qu’il existe une profonde connexion entre l’entreprise d’abrutissement total qu’il dirige et son état de bipolaire. C’est incroyable et plein d’enseignement sur la relation entre pouvoir et dominance. Comment continuer d’être le maître lorsque la dominance fluctue ? Il suffit de la transformer en pouvoir sectaire, forme pérenne et structurée de la domination mais déjà éloignée de la dominance primordiale que j’ai exposée dans cet essai. Le pouvoir est le lithium de la dominance. A partir du moment où il y a pouvoir, la dominance s’éclipse car la structure sectaire implique la création d’une hiérarchie locale de dominance (Exemple : L’attribut va être le fait de croire ou pas à ce tissus de niaiseries, plus on y croie plus on monte dans la hiérarchie de dominance) et d’une « police » qui peut s’appuyer sur la peur (Cf Le Messie cosmo planétaire, Gilbert Bourdin et sa brigade anti déviant, la « loi du retour » de Le Dinh pouvant s’interpréter comme une pré-structuration de « sa » communauté ).

La réussite de Ron Hubbard est d’avoir été le créateur d’une secte relativement bien insérée dans la société (Tom Cruise, Travolta et autre abruti peuvent en témoigner). Comme par hasard dans ce cas, pas d’accusation de viol mais une réputation de womanizer. C’est comme si la société acceptait les rapports sexuels multiples et débridés d’un dominant lorsqu’elle reconnait sa structure sectaire comme faisant partie intégrante du système. On a dans l’extrait suivant de l’interview le même schéma que Le Dinh, c’est-à-dire des femmes qui trompent leur mari, mais cette fois tout le monde trouve cela normal. Qu’importe, je veux compléter le pattern en montrant l’hypersexualité qui n’est ici qu’une dépendance fonctionnelle de la bipolarité :

Source: BARBARA KAYE
I accompanied him on a lecture tour in San Francisco and we were at the home of an attorney doing some legal work for Ron, and someone’s wife at the party enticed him into the kitchen, and I came upon them in the kitchen in an embrace. He was a womanizer. Every attractive woman was fair game to him.

Pour parachever le tableau, il faut mentionner la dernière réalité de la secte : son gourou procure du bonheur à ses adeptes. Appelez ça comme vous voulez, bénéfice psychologique, affect positif, mais la réalité n’est pas comme nous voudrions qu’elle soit, c’est-à-dire une bande de pauvres gens fragiles souffrant sous la férule d’un prédateur. La dominance implique nécessairement une distribution de bonheur pour la communauté immédiatement proche du gourou. C’est ce qui cimente le groupe sectaire mais aussi, lorsque la dominance devient plus diffuse, toutes formes de réseaux sociaux de gens civilisés. On l’aura bien compris : dominance et vérité peuvent être parfaitement incompatibles. Nous aborderons ce point théorique dans un prochain article.

Source : PAM KEMP – Amie du gourou et ex-scientologue

Vous savez, il était vraiment flamboyant, je veux dire qu’il était vraiment vivant, et il promenait son Harley Davidson, on se payait des soirées, il jouait de la guitare, chantait avec son chapeau de cow-boy, et on s’amusait bien. On allait tous ensemble faire des exercices et essayer de faire tomber les képis des flics, simplement avec la pensée, et essayer de voir quel genre de pouvoirs on pouvait exercer comme ça, quelle énergie ça développait, tout ça. On s’amusait vraiment.

Stephane Eicher / Déjeuner en paix
Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ?
L’homme est un animal  » me dit-elle
Elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine