2.2.4 Sectes

J’ai essayé dans les trois articles précédents de montrer trois gourous à un stade d’évolution différent. Le gourou psy qui s’ignore en tant que tel, le gourou cassoulet (comme j’aime à appeler Le Dinh, je ne sais pas pourquoi) et le gourou international partagent tous les symptômes des bipolaires en phase maniaque : utilisation d’une rhétorique farfelue, rejet de la société (dans les deux sens : ostracisme et marginalisation consciente), sexualité débridée, pouvoir de persuasion. J’ai voulu montrer que la folie bipolaire et les sectes procédaient d’un même phénomène : la dominance telle que j’ai essayé de la définir dans ce blog. Le maniaque et le gourou se ressemblent étrangement à un détail près : le maniaque est inadapté à la société alors que le gourou est, certes rejeté par la majorité de la population, mais il jouit des jours tranquilles, profitant des dons de ses adeptes jusqu’à ce que la société le chope en règle général à cause de son hypersexualité. L’interprétation de cette différence à la lumière de la théorie n’est pas aisée. Soit la dominance des maniaques est bien supérieure à celle des gourous qui bénéficient alors d’une sorte de dominance haute mais adaptée. Soit la dominance est comparable et alors dans ce cas, la génétique et l’acquis des gourous leur permettent de maîtriser ce surcroît de dominance. Il se pourrait aussi que le signal honnête de dominance soit mal étalonné. La dernière hypothèse est peu probable, la seconde a la faveur de mon intuition. J’avoue que je serais assez tenté d’approcher un gourou de près, juste pour voir l’effet qu’il me ferait et pour tester ma résistance à son discours.

Mais je sais bien que la nature de leurs rhétoriques n’est pas la question. Nous sommes tous convaincus du pouvoir des mots mais ils ne sont que des vecteurs de dominance. Ce qui est important est le niveau de dominance mais l’homme est si fier de son langage qu’il est aveugle au phénomène puissant qui lui donne un si grand impact. Nous sommes conditionnés par les mots. Ne nous a-t-on pas seriné qu’au commencement était le verbe, Le Logos, la logorrhée ? Je visite souvent un ami en Suisse, il est l’employé d’une multinationale qui emploie des centaines de milliers de personnes. Il me raconta qu’il avait assisté à une réunion où le PDG avait fait une session de Q&A (question & answer). Il me narra qu’il avait été très impressionné par une des réponses fournies. Il essaya de me faire partager l’oracle. Je ne suis pas parvenu à saisir la subtilité du discours et je me suis dit «qu’est-ce que c’est que ces conneries de vendeur de bagnoles à deux balles ? ». Mon ami est quelqu’un de très intelligent mais il avait été victime du phénomène de ce blog. Charisme et éloquence, encore des mots qui sentent fortement la dominance. Si l’on n’y prend pas garde, le contenu du discours s’efface devant le puissant signal honnête de dominance qu’émet le dominant au sommet d’une hiérarchie de dominance. Quand cesserons-nous d’observer les flèches pour nous concentrer sur l’arc ?

Pour les sectes, le discours est sans intérêt et désolant de stupidité. Ce n’est pas là l’essentiel. Il suffit que les théories énoncées soient invérifiables pour que le dominant puisse donner libre cours à ses talents de persuasion. J’avais indiqué que la dominance ne peut pas être précisément définie. Elle peut être cependant estimée. Si on considère la déviance entre le discours sectaire et le Zeitgeist, on peut considérer que la dominance est proportionnelle à la déviance car, intuitivement, il en faudra de la persuasion pour faire avaler toutes ces carabistouilles. Les sectes sont encore une distraction de Dame Nature. Grâce à la dominance, elle frappe n’importe qui et tente de voir s’il n’y’aurait pas de nouvelles idées adaptées au milieu. Elle fait un pari et elle donne les moyens au gourou d’être une allumette. Mais le vent dominant du Zeitgeist éteint la flamme et le feu est rapidement circonscrit. Est-ce toujours le cas ? Non le vent, peut théoriquement aussi attiser les flammes…

J’ai voulu aussi montrer que la dominance était créatrice de lien entre les hommes. Ce lien est mis en évidence dans le cas extrêmes de la secte. Le gourou se présente comme une source de bonheur pour ses adeptes, et la structure de dominance est comme courbée par la force d’attraction du gourou. On peut trouver cela désolant mais les discours moraux ne règleront pas le problème. Il faut le poser dans un cadre éthologique pour pouvoir espérer le résoudre. Les spécialistes des sectes s’accordent à dire qu’enlever un adepte de la communauté ne règle rien : il cherchera par tous moyens à la rejoindre. Tenter de convaincre de la vacuité du discours n’y fera rien, l’adepte continuera à croire au discours car en fait il est sous l’emprise de la dominance. Quelle solution ? Substituer un dominant par un autre dominant adapté à la société ? Cela dérangerait notre égalitarisme congénital. A l’inverse, se pourrait-il qu’un gourou soit une sorte de médicament pour les dépressifs ? Passionnante perspective d’étude. Population témoin traitée au zoloft, Population traitée avec un placebo et une autre avec un Le Dinh déguisé en infirmier et ayant l’ordre de ne pas dire de bêtise et de jouer le jeu.

Le bonheur est donc bien à la base de la structure de dominance. Il faut accepter que la dominance ait une intensité, une modulation. Lorsqu’elle est plus diffuse elle génère des réseaux complexes qui structurent la sexualité humaine et son process de reproduction. Si vous pensiez que la sélection naturelle était terminée avec la naissance de la culture, vous vous trompez lourdement. Elle continue en arrière-plan, inconsciemment. La maîtrise de la fécondité interfère peu dans le jeu car elle donne à la femme un surcroit de pouvoir sélectif. Elle va pouvoir s’amuser avec les mâles en utilisant cette merveilleuse substance sélective qu’est la pilule.

D’un point de vue théorique il me fallait étayer l’affirmation que le gourou apporte du bonheur à ses adeptes. Le plus grand ennemi des sectes en France est la Mivilude et je me suis penché sur un de ces rapports. Je n’ai jamais vu tant de baratin financé par le contribuable. Mais j’ai trouvé ce que j’étais venu y chercher :

Source : Rapport Mivilude 2006
L’adepte jeune entrant connaît une période de bonheur. Il se sent mieux, physiquement et psychologiquement. C’est ce que confirme Denys Ribas : « La régression aura donné des satisfactions non négligeables. Dissolution du surmoi individuel et collectif dans l’aliénation au leader, bénéfices masochiques et incestueux de la possession par un parent idéalisé, abolition du tabou de l’inceste et libération sexuelle assez fréquente, semble-t-il, mais sur un mode régressif, plus comme un auto-érotisme fusionnel que comme une relation objectale. Disparition de la culpabilité. On peut même se demander si l’adepte qui garde une conscience des techniques de lavage de cerveau qui peuvent être utilisées contre lui n’en a pas une certaine appétence toxicomaniaque, un certain soulagement antalgique. Il y a une tentation de la non-pensée – ‘Penser fait mal’, disait Bion – du non-être vers lequel tend la pulsion de mort de l’individu ». 

Seule la première phrase est compréhensible donc importante. Le reste est une amusante logorrhée psychanalytique qui masque son ignorance des vrais choses de l’âme par son habituel enclin à la rhétorique fumeuse. Je suis bipo et je n’ai jamais vu un psychanalyste guérir une maladie mentale. La psychologie évolutionniste, la psychiatrie et la neurologie devraient mettre un terme à l’effarant pouvoir de nuisance qu’ils exercent dans l’approche thérapeutique des troubles mentaux. Jean Albou en a témoigné dans un fou dans l’art. Détail amusant, la psychanalyse fait payer, utilise un discours outrancièrement sexuel (stade anal, urinaire et tutti quanti) et farfelu. Un organisme d’état ne combattrait il pas les gourous allumés avec l’aide d’une secte bien établie et mal pensante ?

Il me faut rajouter un dernier point qui a son importance théorique : le gourou distribue du bonheur donc de la dominance. L’être humain est peut-être le seul animal qui partage aussi massivement sa dominance. C’est sans doute une clé qui permet de comprendre son unicité dans le monde animal. Enfin, last but not least, si vous avez bien lu tout le contenu du blog, vous comprendrez que la structure de dominance, est certes régit par le bonheur cependant celui-ci étant dépendant de la dominance, principe régulateur de l’être, on en revient à la tautologie que la structure de dominance dépends…. de la dominance. C’est bien ce que l’on observe chez les animaux sociaux où les rapports se développent dans le cadre des hiérarchies de dominance qui sont à la fois des espaces de socialisations et de compétition.

Evanescence / Everybody’s Fool
Perfect by nature, icons of self-indulgence
just what we all need
more lies about a world that
never was and never will be
have you no shame? Don’t you see me?
you know you’ve got everybody fooled
look here she comes now
bow down and stare in wonder
oh how we love you
no flaws when you’re pretending
but now i know she never was and never will be
you don’t know how you’ve betrayed me
and somehow you’ve got everybody fooled
without the mask where will you hide? can’t find yourself lost in your lie
I know the truth now, i know who you are
and I don’t love you anymore
it never was and never will be
you don’t know how you’ve betrayed me
and somehow you’ve got everybody fooled
it never was and never will be
you’re not real and you can’t save me
somehow now you’re everybody’s fool

Une évocation désopilante des sectes par les inconnus où l’on insiste sur les ressources mais pas sur le sexe : Les inconnus / Sectes