2.2.5 Techniques

Dans le précèdent article, j’ai affirmé une vision originale de la réalité sectaire basée sur ma théorie éthologique de la dominance humaine. Pour être tout à fait juste, il faut maintenant examiner le phénomène tel que le perçoit la société. Nous ne le connaissons finalement que par la dénonciation et nous le rangeons à part dans les choses incompréhensibles que nous ne voulons pas voir. La secte est donc un concept un peu brumeux dans lequel peut s’engouffrer une légion psychanalitiquante de bavard impénitent. Lisez le rapport de la Mivilude et vous comprendrez, un échantillon vous a été fourni dans l’article précédent mais je ne résiste pas au plaisir ironique de vous en fournir un autre exemple :

Source : rapport Mivilude 2006
Dans le cadre de l’idéologie, l’adhésion peut correspondre à une réaction à l’usure et à la perte de crédibilité des appareils sociaux, politiques et religieux. Du désenchantement à la révolte, le citoyen réagit négativement à l’afflux d’informations qu’il reçoit sans moyens de les analyser et encore moins d’agir. D’où la fascination pour ce qui lui est présenté comme radicalement alternatif – ou au moins, à défaut de fascination, la curiosité. À cela, s’ajoute la séduction de la cohérence d’un discours réducteur et l’harmonie apparente des thèses universalistes. Eugène Enriquez précise ce que contient le discours tenu par le groupe sectaire : « Message qui proclame la culpabilité du monde de la vie de tous les jours, la nécessité de la Rédemption et l’engendrement par la seule parole du maître de la nouvelle société. En même temps, il formule la forclusion de la mort (les individus ont une âme immortelle et seront sauvés), le caractère obligatoire de la relation duelle entre le maître et ses disciples (ce qui exclut le tiers, qui seul peut garantir contre l’indistinction et la fusion amoureuse ou hypnotique) et l’installation dans un imaginaire où tout est permis et le temps est aboli. Y a-t-il plus beau message à adresser à tous ceux qui craignent le règne d’une raison critique, sceptique, destructrice d’idoles ? Ces hommes, qui ont la nostalgie du père (Freud), qui ont été bercés par l’image d’un paradis « à portée de la main », ces hommes qui se sentent des ‘petits hommes [qui n’ont] aucune confiance dans leur pensée mais qui ont toute confiance en celle des grands, qui se disent au-dessus d’eux (car ils prennent le risque d’une parole neuve), comment ne seraient-ils pas séduits par un message qui leur donne tout, alors qu’ils ont le sentiment de ne rien posséder et de n’être rien. Mais un tel discours pourrait ne pas suffire. Il est nécessaire que ceux qui le reçoivent sachent qu’ils font partie des sauvés, des élus, donc de ceux qui peuvent reprendre un tel discours et s’en faire des missionnaires. Ils ont besoin de goûter eux aussi aux joies de la paranoïa, de relayer le propos, de se sentir revêtus d’une mission particulière, de pouvoir initier les nouveaux, de se voir confier la traque du mal. Tous paranoïaques ! Quel plaisir ! Les purs, les parfaits sont d’un côté, le mal de l’autre. Chacun a retrouvé son innocence originelle ». 

On remarquera avec amusement que le citoyen est pris pour un idiot au début de l’extrait et nous reconnaissons l’habituel exercice de style qui ne résout rien du problème posé mais qui vise surtout à montrer la supériorité logorrhéique de l’auteur qui le place à une certaine place dans la hiérarchie de dominance des bavards. L’auteur prend du plaisir, les familles des adeptes ne voient aucune solution à leurs problèmes. Mais revenons à l’objet de l’article. Quand la société n’oppose pas un baratin psychanalytique (pléonasme?) aux sectes mais tente d’avoir un discours pratique, elle veut croire aux techniques de manipulations mentales. Je serais tenté d’entrer en confrontation avec cette approche. Mais je ne vais pas céder à cette tentation tant l’intérêt est immense d’observer comment la dominance® est interprétée par la société. La notion d’interprétation est fondamentale. Nous y reviendrons dans de prochains articles et l’article « techniques » aura des échos futurs. Essayons de comparer les deux concepts : Dominance ou manipulation mentale ? Tout d’abord remarquons que le bipolaire maniaque donc dominant est aussi un suspect dans l’art de la manipulation. Observons que l’on ne lui reconnaît aucune technique particulière mais son efficacité est démoniaque. Il suffit pour s’en convaincre de lire l’excellent livre de Jean Albou, autrefois maniaque invétéré ou les tribulations de Yann Layma dans « j’ai dû chevaucher la tempête ».

Source : Un fou dans l’art, Jean Albou
J’étais l’homme le plus persuasif du monde, capable de convaincre n’importe qui de ma bonne foi. Dans ma bouche, les mensonges les plus éhontés devenaient des vérités. J’avais l’art d’enjoliver les choses et de transformer le quotidien le plus banal en une réalité extraordinaire../.. En phase maniaque je choisissais mes arguments et mes affirmations en fonction de mes interlocuteurs. Mon discours s’adaptait à leur crédulité variable. Lorsqu’il s’agit de convaincre le maniaco-dépressif est absolument démoniaque. Ses tactiques adaptées à chacun sont le plus souvent imparable. 

Source : J’ai dû chevaucher la tempête, Yann Layma
J’avais ce jour-là un incroyable pouvoir de persuasion, une confiance en moi communicative et une obstination totale, tous traits de caractère très fréquents chez les bipolaires en phase haute. Ce sont eux qui avaient fini par céder, au bout de neuf heures de discussions.

Jean Albou et Yann Layma ne savent pas que ce ne sont pas les mots qui impressionnent mais le phénomène de dominance. Ils pourraient faire passer des vessies pour des lanternes car le signal honnête de dominance avait déjà persuadé (et non convaincu) leurs interlocuteurs. L’hypersyntonie, état fusionnel entre le dominant et le dominé, et une tachypsychie adaptée et syntone agissent de concert pour subjuguer la boussole de dominance de la victime. Les mots ne sont pas importants mais ils sont indispensables. Comme l’arc ne sert à rien sans les flèches, la dominance n’est rien sans les vecteurs de dominance. Que sont les vecteurs de dominance ? L’esprit, le corps, la pensée, le langage. Tout ce que le phénomène de dominance a créé depuis des millions d’année (voir ici).

Le pouvoir explicatif de la dominance tel que je l’ai défini dans ce blog s’applique pleinement aux sectes car il repose sur une idée simple qui a fait ses preuves dans le monde animal : un signal honnête de dominance est envoyé qui subjugue, domine l’adepte. Tout le monde peut comprendre cela alors que les techniques de manipulation mentale ne peuvent être comprises que par un petit nombre de gens versé dans la psychologie. Si l’on appliquait le rasoir d’Occam aux deux approches, la dominance l’emporterait de loin sur les techniques de manipulation mentale (TMM). Il est plus simple de comprendre un phénomène animal qu’un traité de psychologie. En outre, Il existe une différentiation majeure qui réside dans le canal de transmission de la manipulation. Alors que les TMMs vont s’attacher à s’attaquer au néocortex, la dominance et son signal honnête vont s’en prendre au système limbique. En d’autre termes, et c’est une révolution conceptuelle, la dominance est, chez l’être humain, un phénomène inconscient. Je reprends l’idée des psychanalystes mais je ne bavarde pas. Il ne peut être qu’inconscient car sinon le jeu de la sélection naturelle serait sous contrôle des protagonistes et cela aboutirait à une impasse évolutive : n’importe quel mâle pourrait accéder à la reproduction.

Tout un chacun pense que les phénomènes de dominance se basent sur la force, la violence ou la peur. La dominance que je m’échine à vous expliquer depuis le début de ce blog repose sur le bonheur et son signal honnête qui reste à découvrir. Il est soit aveuglant, soit très subtil. Nous y reviendrons dans le prochain article pour le situer précisément. Son caractère ne peut être que subtil dans la mesure où notre cerveau reptilien est le seul à le capter et à répandre son message dans toutes les strates du cerveau : « soumet toi au dominant, il t’apportera bonheur et sécurité, il a les réponses à toutes tes questions, il est la condition de ton bien être ».

Les TMMs que le gourou appliquerait sur ses adeptes auraient un périmètre par nature restreint. Elles ne pourraient être que verbal, toute tentative de manipulation par la peur, la violence, la séquestration, les drogues serait, vous l’imaginez, immédiatement sanctionné par la société. Personnellement je ne vois pas un type comme Le Dinh apprendre ces techniques uniquement psychologiques. Le type est beaucoup trop fruste pour cela. Par contre Hubbard, qui a su s’entourer, a trouvé des relais de puissance dans les techniques de bourrage de crâne (TBC) que tout un chacun connait car il les subit continuellement devant son petit écran. Les TBCs existent bien et il me faudra bien les analyser dans ce blog le moment venu pour voir si elles apportent quelque chose à la théorie de la dominance.

Certaines TMMs que détaillent Wikipédia s’appuie sur l’enfermement et la violence faite sur le corps (drogue) ou sur la peur. On comprend bien que la loi (qui est l’émanation d’une société qui n’attend que ça : choper le gourou) remettrait de l’ordre pour les deux premiers moyens et le troisième provoquerait une fuite massive des adeptes. Mais il est vrai que la dominance peut avoir un pouvoir centripète supérieur au reflexe de fuite centrifuge.

Alors donc les gourous appliqueraient des TMMs sévèrement limités à l’endoctrinement psychologique. Soit, admettons que ces techniques existent. Mais ces techniques seraient miraculeuses. Les états totalitaires qui ont beaucoup plus de moyen et de connaissance que Le Dinh ont de tout temps rêvé d’une population d’adeptes docilement soumis. Ce rêve n’a jamais eu un commencement de début de réalité. La RDA a construit des murs, des polices des armées pour enfermer son propre peuple dans la peur et le malheur. Si ces techniques avaient montré leurs efficacités elles auraient déjà été adoptées massivement. Même si comme je l’ai déjà dit, le gourou tente toujours de structurer sa secte par une certaine peur, elle est sans commune mesure avec le terrorisme intérieur du totalitarisme. Les adeptes revendiquent toujours de rester sous l’influence de leurs propres libre arbitre.

La perspective d’être gourou n’est pas désagréable. Un accès illimité au sexe et aux ressources devraient en faire rêver plus d’un. Le boulot nécessiterait juste de construire un baratin invérifiable et de lire les multiples ouvrages de psychologies sur les TMMs. La question est pourquoi n’a-t-on pas plus de secte dans le monde et plus de gourou ? La réponse est simple : les TMMs existent peut être mais la société fuit la réalité du caractère extraordinaire de la personnalité du gourou. En invoquant des techniques dissociables de l’individu qui les applique, elle sauve les apparences de l’égalité entre chacun mais elle s’égare en ne voulant pas voir que les gourous sont des êtres d’exception. Exceptionnel ou extraordinaire ne veut en aucun cas dire bien ou mal. Cela veut tout simplement dire un écart par rapport à une moyenne, soit un écart par rapport à la normodominance.

Le dernier argument imparable que l’on peut opposer au TMMs est que l’avènement des sectes auraient dû être corrélé à la mise en évidence de ces TMMs. Ce n’est pas le cas le phénomène sectaire est vieux comme le monde. Les TMMs ne peuvent se présenter comme une tentative d’interprétation de ce qui a toujours existé. Une description n’est pas une technique et ma conviction est qu’elles ne sont peut-être opératoires que pour un certains nombres d’individu qui les applique ou pas. Mais c’est bien le petit nombre d’individu qui est important, pas les techniques. Essayer de vous imprégnez de ces techniques et tentez de créer votre propre secte. Nous verrons bien…

En conclusion, il y a des gens qui brûlent, qui sont sur le point de comprendre ce que je veux dire mais leurs propos effleurent juste le mystère car ils ne peuvent aller au fond des choses. N’est pas bipo qui veut. 

Source : Wikipédia
Selon Stéphane Laurens, maître de conférences, « L’influence interindividuelle ou l’influence sociale fascine et effraye. (…) les terribles faits divers qui lui sont attribués (Suicides collectifs, crimes rituels…) ainsi que de troublantes études scientifiques (Travaux sur l’hypnose, études expérimentales sur le conformisme ou soumission à l’autorité…) nous affirment l’existence d’une force quasiment irrésistible et qui pourrait nous pousser à faire ou à penser des choses que nous ne voudrions pas, une force qui pourrait même nous conduire à notre perte.

Téléphone / la bombe humaine
Je veux vous parler de l’arme de demain
Enfantée du monde elle en sera la fin
Je veux vous parler de moi … de vous
Je vois à l’intérieur des images, des couleurs
Qui ne sont pas à moi qui parfois me font peur
Sensations … qui peuvent me rendre fou
Nos sens sont nos fils nous pauvres marionnettes
Nos sens sont le chemin qui mène droit à nos têtes
La bombe humaine tu la tiens dans ta main
Tu as l’détonateur juste à côté du cœur
La bombe humaine, c’est toi elle t’appartient
Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin
C’est la fin, la fin.