2.2.6 Ovni Humain

Le signal honnête de bonheur lié à la dominance est le pivot de ma théorie. J’ai introduit la notion dans un article précèdent dont je recommande la lecture (ici).Sans elle, toute la théorie s’écroule comme un château de carte. Il faut être honnête et indiquer que je n’ai lu aucune littérature scientifique sur le sujet. Mais cela s’explique par l’obnubilation des scientifiques sur la question de l’ADN et des gênes sensés tout expliquer. Certes, les gênes sont une découverte merveilleuse mais l’homme ronge l’os et ne voit pas le festin qui l’attend dans l’autre pièce. L’ADN est séduisant car il semble nous réduire à un programme génétique un jour, peut-être, compréhensible, et surtout il est visible « matériel » et expérimental. En bidouillant ses gênes la mouche drosophile devient méconnaissable. Le lien entre génotype et phénotype est indubitable et son étude est passionnante et pleine de promesse. Mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire car il faut maintenant lier le phénotype au milieu. Et c’est précisément à ce stade que la dominance telle que je l’ai défini dans ce blog intervient. Toutes les dominances archaïques sont basés sur la violence qu’elle soit effective ou ritualisée. Elle est visible et consciente. Deux mâles s’affrontent ou s’intimident, et il y a un dominant vainqueur au su et au vu de tout le groupe. Tout est simple. Mais la dominance moderne que j’expose dans cet essai est une dominance « soft » basée sur un indicateur synthétique, le bonheur, qui indique au sujet son niveau d’adaptation à son milieu, et qui le guide vers son devenir par un système sophistiqué de punition (humeur noire) et de récompense (humeur joyeuse). Cet indicateur accessible à la conscience du sujet doit aussi être connu du reste du groupe. Il faut donc une courroie de transmission entre l’état mental interne heureux/malheureux du sujet et sa place dans la structure de dominance. Le signal honnête de dominance est le concept éthologique idéal pour rendre compte de cette transmission d’information. Bien sûr, je ne nie pas qu’il y ait d’autres vecteurs de dominance qui jouent un rôle similaire. Mais les traits ne sont pas honnêtes alors que le signal de bonheur ne ment pas pour les bonnes et simples raisons que l’émission et la réception dudit signal ne sont pas sous le contrôle des individus, d’une part, et d’autre part parce qu’un trait de dominance, en soi, n’a pas reçu l’onction du milieu hic et nunc. La perception et la génération du message sont inconscientes. C’est comme si la sélection naturelle avait implanté un « programme » commun  à tous les hommes et qui s’exécute à leur insu pour le bien de l’espèce qui a intérêt à ce que les dominants se reproduisent. Encore une fois je manipule des notions comme le bonheur, mais nous ne sommes pas dans un monde de bisounours. La sélection naturelle reste cruelle même si elle a choisi le bonheur comme critère dans sa stratégie secrète et le signal honnête comme le lien universel qui unit les hommes.

Mais encore une fois ce signal honnête de dominance chez l’être humain est inconnu des scientifiques qui se contente pour l’instant d’étudier l’expression de la dominance par les traits (ex : la forme de la mâchoire). Mais je sais personnellement qu’il existe car je l’ai expérimenté. Dans l’épisode III, c’est la seule explication rationnelle possible d’un changement incroyable à ADN constant. C’est la seule explication rationnelle du succès sexuel des gourous. L’expérimentation scientifique est malaisée car en normodominance le signal est noyé parmi les autres traits de dominances visibles et il affleure en tant que tel dans des cas si exceptionnels que l’on ne possède pas beaucoup de données expérimentales. Mais il se trouve, par chance, certains cas extraordinaire qui relèguent les cas des Le Dinh, Hubbard, Bourdin & CO au rang d’aimable babillage de commère cosmo planétaire. Ces cas laissent des traces bien visibles dans l’histoire. Avant de commencer l’étude du cas d’un des ovnis humains les plus phénoménales, je vais continuer à préciser ce que j’entends par signal honnête de bonheur.

En premier lieu, il s’agit de la projection dans le monde de l’indicateur synthétique conscient qu’est le bonheur. Il est lui-même sans doute le sentiment, au sens de Damasio, de dominance. La dominance que j’ai défini dans ce blog est un phénomène régulateur primordial qui reçoit des informations du monde extérieur et régule les fonctions du corps et de l’esprit en conséquence. Ce phénomène régulateur est bien sur cybernétique car il est massivement soumis à des milliards de boucle de rétroaction. Le système régulateur va donc aussi devoir gérer la modification du milieu induite par les modifications qu’il applique par le corps et par l’esprit. Lorsqu’il détecte une adaptation au milieu, il met en route toutes les fonctions du corps pour voler au secours de la victoire, s’il détecte l’inverse et bien il essaie autre chose ou, malheureusement abandonne. Voler au secours de la victoire est le premier axiome que l’on apprend en stratégie. Il s’agit donc bien d’une stratégie simple. Pourquoi progressons-nous ? Pourquoi apprenons-nous ? Pourquoi voulons-nous être moins idiots que le jour précèdent ? Pourquoi renonçons-nous parfois et changeons notre fusil d’épaule ? Parce que nous voulons non seulement gravir les échelons mais nous retrouver dans la bonne hiérarchie locale de dominance dont l’incroyable variété est une caractéristique du genre humain, parce que nous voulons être adaptés à notre milieu qui devient de plus en plus exigeant de nos jours. Nous reviendrons sur les hiérarchies locales de dominance dans un prochain article. Le signal honnête de bonheur est une forme de signal honnête de dominance qui est un concept bien connu en éthologie au même titre que les hiérarchies de dominance. D’autres formes de signal honnête existent dans le monde animal. Certaines espèces émettent des phéromones pour signaler leur dominance. Nous allons essayer de cerner ce signal subtil chez l’être humain. Il s’agit bien d’un signal (donc variable) et non d’un trait (donc plutôt figé). Le cerveau limbique signale discrètement qu’il est heureux donc dominant à un instant t.

Le récepteur de ce signal va réagir différemment en fonction du sexe (du genre ?). Les femmes vont détecter (et elles ne s’en apercevront même pas !) Son intensité et déterminer leur comportement vis-à-vis du mâle et elles vont sans doute mettre un lourd grappin sur un homme heureux et dominant. Même s’il est moche, elles sauveront les apparences en disant que l’heureux élu a du charme (un mot qui sent le signal de dominance !). C’est la raison pour laquelle leurs goûts nous paraissent incompréhensibles car la sélection naturelle garde ses stratégies secrètes. Ses critères de jugement sont aussi soumis aux règles de l’évolution comme tout phénomène régulateur physiologique. Les reines de la sélection naturelle sont donc sensibles à cet indicateur qui les renseigne honnêtement sur l’adaptation d’un mâle à son milieu. Bien sûr tous les autres traits de dominance (force, beauté) sont pris en compte par la femelle de l’espèce mais vous aurez beau être musclé, si vous n’êtes pas heureux vous ne serez pas attirant. Le bonheur est le trait d’union fondamental entre la présence de traits de dominance et leurs utilisations dans le milieu. Nietzsche disait qu’avoir du génie était équivalent à avoir une énorme oreille. Le résultat de ce déséquilibre était disgracieux. Seul le bonheur est capable de synthétiser dans un indicateur la combinaison de système de traits de dominance adaptés au milieu. Si la sélection naturelle ne concernait qu’un trait, nous serions devenus un assemblage disgracieux et inadapté de traits dominants sans lien les uns avec les autres. On retrouve ainsi que l’intelligence est fille du bonheur car cet indicateur merveilleusement synthétique rend compte de l’utilisation des systèmes de dominance dans le milieu. Elle permet une réponse équilibrée des fonctions du corps et de l’esprit. A partir du moment où il y a eu bonheur, indicateur synthétique, l’intelligence ne pouvait que germer car elle a sans doute permis un de rééquilibrer la réaction instinctives aveugle au profit de l’intelligence naissante.

Les hommes vont avoir une attitude de soumission et ils ne s’en apercevront même pas tant le signal de dominance s’immisce comme des volutes dans les méandres du néocortex. Le contenu du signal que le cerveau limbique va propager à toutes les fonctions du cerveau sans exception est « Soumets toi au dominant, il te rend heureux et donc plus dominant, il a un potentiel énorme d’accumulation de ressource, il apporte sécurité et stabilité ». Le comportement de l’homme soumis à un signal de dominance fort devient conciliant. Au pléistocène, la cohérence et la stabilité de la tribu était assuré par cette fonction régulatrice du dominant.

N’oublions pas que l’on peut être heureux parce qu’on est une force physique de la nature et qu’on en a fait une utilisation adaptée dans le milieu. Le signal de bonheur, encore une fois, n’est pas angélique, il accumule dans un indicateur synthétique toutes les composantes nécessaires à l’adaptation. Et cela inclue malheureusement la menace de la violence par la force physique. Mais cette dernière tend à disparaître en tant que représentation de la dominance dans la société car l’homme, semblant à l’heure actuelle sortir de son état de chimpanzé, a compris que violence et bonheur d’autrui ne cohabite pas bien et, que, pour des questions de survie, il faut maximiser le bonheur de chacun de ses membres. Plus tout le monde est adapté, plus on résiste aux aléas du milieu. Nous reproduisons le schéma stratégique des milliards de cellules qui nous composent.

Le signal honnête de bonheur est donc l’un des piliers de ma théorie et nous allons tenter d’en cerner l’expression en étudiant un cas phénoménale, un ovni humain qui naquit à la fin du 19ème siècle et qu’on a surnommé Raspoutine à moins qu’il ne s’agisse de son vrai nom. Raspoutine le débauché était un moujik, ses parents étaient fermiers. Il était donc au plus bas de la hiérarchie sociale même si en Russie les paysans étaient considérés comme « e sel de la terre ». Il n’a jamais eu recours à une violence systématique ce qui le qualifie pour notre protocole expérimental qui rejette toutes les formes de violence non par angélisme mais par soucis de vouloir identifier la dominance bonheur qui a de tout temps confirmé la citation d’Héraclite : « La nature aime à se cacher ». Il se qualifie d’autant plus qu’il cumule tous les révélateurs des fluctuations de la dominance, de ses niveaux anormaux.

En premier lieu, Raspoutine était non pas, vraisemblablement mais très probablement atteint de trouble bipolaire : « Grigori guérit de sa fièvre ardente mais traverse des périodes de dépression et de surexcitation incontrôlables » (Source : Wikipedia). Si on ajoute aux fluctuations d’humeur le fait qu’il a eu des visions de la vierge marie, cela complète un tableau succinct certes mais complet d’un trouble maniaco dépressif. La présence de la PMD induit automatiquement la présence d’un trouble jouant sur notre désormais familier système régulateur de la dominance. Celle-ci semble être contrôlée par Raspoutine qui ne fait pas de séjour en hôpital psychiatrique. On parlera maintenant de superdominance pour Raspoutine. Il s’agit d’individu capable de supporter des niveaux élevés de dominance car leur ADN et leurs acquis leurs permet de résister à ce feu intérieur. Ils sont donc en capacité d’utiliser ce surcroit de dominance pour assouvir leurs ambitions.

En deuxième lieu et pour continuer la checklist que nous avions inaugurée avec psy show, Raspoutine est mystique, crée un blah blah religieux très adapté (doux euphémisme) à son hypersexualité qui, au même titre que son alcoolisme et sa débauche, ne lui nuira d’aucune façon pour atteindre le sommet de la hiérarchie sociale de la Russie impériale. Comment un homme peut-il partir du plus bas de la hiérarchie de dominance et atteindre son sommet en pratiquant la débauche la plus débridée ? Surtout lorsqu’une société est aussi fermée, stratifiée et, sans doute, aussi croyante qu’une société impériale ? C’est comme si Raspoutine disposait d’une wild card, d’un attribut qui lui permet de s’élever dans la hiérarchie sociale. Bien sûr, cette Wild card, cette clé physiologique et sociale, c’est le signal honnête de dominance. Il me suffit de lire Wikipédia pour avoir une idée de sa localisation et de son mode d’action :

« Son regard perçant est difficile à soutenir pour ses admiratrices et beaucoup cèdent à son charme hypnotique, et le prennent pour amant et guérisseur. »

«Raspoutine en caftan noir, avec sa tignasse hirsute, sa barbe noire, son regard doux et insoutenable » (portrait du diplomate Maurice Paléologue.)

Source : L’ombre d’un doute (France 3) / Les secrets de la mort de Raspoutine.
« Est-ce que c’était un escroc ? Ou est-ce que c’était un illuminé ? Personne n’a de réponse, Il était un ignare, ce n’était pas un homme savant. Il a dit qu’il allait faire des études de théologie, il en imposait » «Ce n’était pas un homme ordinaire, c’est un homme qui avait en lui tout de même, une force, divinatoire je ne sais pas, mais en tout cas une force magnétique une force, une capacité à soulager c’est certains et aussi une capacité à fasciner et à dominer ». Hélène Carrère d’Encausse.

Source : Psychologie de la manipulation et de la soumission, Nicolas Guéguen
Le contact visuel pourrait avoir la même fonction mais plutôt que de permettre une différenciation statutaire comme c’est le cas du toucher, il semble plutôt conduire à une inférence du niveau de dominance à propos d’autrui.

Bryan Adams / Everything I do I do it for you
Look into my eyes – you will see
What you mean to me
Search your heart, search your soul
And when you find me there you’ll search no more