2.3.1 Révélation

J’écris, je m’écris et j’en oublie le sujet de ce blog : moi. C’est vrai, j’oscille entre l’essai et le blog mais je ne peux pas faire autrement car ma vraie nature n’est-elle pas d’osciller ? Je dois mettre de l’ordre dans mes idées, les fixer. A bientôt 40 ans, statistiquement, la moitié d’une vie, je suis obligé de faire un bilan et d’explorer toutes ces pages qui se sont tournées sous l’effet de vents parfois violent, toujours imprévisibles. Je vais m’arrêter sur une page particulière qui ne s’est jamais vraiment refermée. J’aime ce genre de page car je suis attiré par tout ce que je ne comprends pas. Les gens se complaisent dans ce qu’ils connaissent bien. Tout est à sa place, tout est connu, rien ne bouge : un univers mental moyenâgeux. Nous autres, bipolaires, sommes des quilles que fracasse périodiquement une lourde sphère. Ce que nous sommes, c’est tout ce que nous pouvons lui opposé. Cette résilience, que nous devons acquérir pour survivre, nous permet seulement de remettre les quilles d’aplomb en attendant la prochaine partie. Nous autres, fétus de paille, pourrions-nous voir le vent ?

Avant d’aborder la réponse à cette question, je dois d’abord me situer par rapport à ce phénomène humain qu’est la religion. Si quelqu’un d’inquisiteur me pressait de répondre à la question sur la force de ma foi, je le décevrais et lui répondrais que mon rapport à dieu est sans doute assez complexe car je ne peux pas répondre à cette question. Intellectuellement, pour moi, dieu est plus une espérance qu’une foi. J’espère que ces milliards de milliards de jours de souffrance et de bonheur ont un sens, j’espère en dieu. C’est tout ce que je peux dire. C’est tout ce que je pouvais dire jusqu’en 1994. Je pensais que l’idée de dieu était utilisée par l’autorité pour claquemurer la parole du peuple, pour la soumettre au profit d’une clique parasite. Je pensais que Jésus était une sorte de père noël pour adulte, et à dire vrai, on m’avait déjà enfumé une fois. Méfiance et suspicion entouraient toutes choses concernant la foi. La seule question qui me trottait dans la tête était l’origine du sentiment religieux. La question n’était pas obsédante mais je me demandais toujours pourquoi des gens croyaient à des choses non prouvées, non visibles et dont l’origine remontait à des temps où on n’avait pas d’iphone. Mon espérance va vers dieu, ma foi me porte à adorer Pythagore, Kepler, Newton, Einstein, Darwin, Lorenz dont la parole, à jamais vivante, peut être discutée, amendée, changée. La science est bien ma religion car elle me relie au vrai, satisfaisant mon allergie au mensonge et comblant ma soif de comprendre la beauté du monde. Mais, ô science, pourquoi ne m’a tu été d’aucun secours « là » où je suis allé cet été 1994 ? Ce monde-là, tu ne m’en as jamais parlé et si tu dis qu’il n’existe pas, je ne te croirais plus.

Replaçons-nous dans le contexte de mon premier épisode maniaque. Biens sur je ne vous avais pas tout dit. Après ce fameux réveil hypnopompique, j’appelai les pompiers qui me conduisirent à l’hôpital de Versailles. J’étais bien sur déjà très haut mais je ne me rendais compte de rien car le volcan n’était pas encore éruptif. Le personnel hospitalier ne se douta de rien et, au vu de mes explications, on m’administra une piqure de magnésium. C’est peu de temps après cette piqure que quelque chose d’étrange, de vraiment extraordinaire se produisit (ici pour l’ambiance). Tout d’un coup, une voûte étoilée dont les étoiles ne scintillent pas. Des points blancs perdus dans une large obscurité. Tout est calme, je ne pense pas. Pour autant que je me souvienne, je ne vois ni mes mains ni rien de ce qui pourrait me relier à mon corps. Situé dans le coin gauche de mon champ de vision, j’aperçois une accumulation de points blancs qui semblent former une sorte de rond blanc imparfait. Les points blancs semblent s’agréger à ce cercle. C’est au moment de cette vision que commence la sensation que quelque chose de très puissant a pris la direction des opérations. Comment décrire ce que je ressens ? Je ne peux dire que puissance inouïe. Je ne vais pas épiloguer la dessus car autrement je me devrais d’employer des mots que des générations de journalistes sportifs ont galvaudé et qui ne veulent plus rien dire à l’heure du matraquage médiatique. Je me sens aspiré par ce cercle blanc, c’est l’impression que me donnent les points blancs disséminés dans mon champ de vision. Un peu comme lorsque le faucon millenium passe en mode hyperespace dans la guerre des étoiles.

Brusquement, je saisis par une intuition ni verbalisée ni pensée que si je continuais à être aspiré, cela signifierait la fin de ma vie : Je me voyais mourir. Alors la mère de toutes les trouilles s’empara de moi, c’est elle qui m’indiquait que je ne faisais ni un rêve ni un cauchemar. Peur, terreur, trouille. Je ne pouvais pas crier car tout ce qui nécessitait un corps était évidemment hors sujet. Je ne pouvais pas m’enfuir car je n’étais pas maître de mon champ de vision. Et pour fuir, il faut des jambes. Mais je n’y pensais même pas, tout ce qui me reliait à moi était la peur. J’en étais réduit à ma plus simple expression. Soudain, mon attention fût attiré par quelque chose, je ne me souviens pas bien quoi, quelque chose de blanc, et mon « cerveau » m’indiqua le mot « amour » et, à la peur s’ajouta immédiatement une sensation d’amour. Pas de l’amour gnangnan, non, un truc puissant terrible, pur et inconditionnel. Inhumain. Alors que je me rapprochais et entrais dans le cercle blanc, la guerre des étoiles continuait, elle décuplait. Enfin des taches blanches ou de couleur se mirent à tournoyer comme dans un vortex et brusquement la réalité revint à moi. La violence de la transition était incroyable, la réalité avait succédé au chaos et je me retrouvai dans ma chambre d’hôpital. Mon père venait justement d’y entrer. Je me tenais redressé sur mon lit. Ce n’était pas un réveil, ce n’était pas le matin et on venait de me faire une piqure. Je ne dors jamais en journée.

Je me souviendrais toujours du dialogue avec mon père immédiatement après le « réveil » :
« Moi – Mais qu’est-ce qui se passe ?
Mon père (visiblement paniqué) : Rien, tu passes peut être à l’âge adulte »

A 22 ans il était temps… mais il ne savait rien et ne saura jamais rien de ce qui s’était passé avant. Alors crise mystique… ? Bien sûr que non… Si le concept de réalité ne contient pas tout ce qu’on voit alors il faut étendre le concept de réalité. Suite au prochain épisode (si j’ose dire)….

Eurythmics / There Must Be an Angel (Playing with My Heart)
No one on earth could feel like this
I´m thrown and overblown with bliss
There must be an angel
Playing with my heart
I walk into an empty room
And suddenly my heart goes boom
It´s an orchestra of angels/../
I must be hallucinating
Watching angels celebrating
Could this be reactivation?
All my senses dislocating
This must be a strange deception
By celestial intervention
Leaving me the recollection
Of your heavenly connection

Michel Sardou / Les lacs du Connemara
On y croit encore
Aux monstres des lacs, qu’on voit nager
certains soirs d’été
et replonger pour l’éternité.

AC/DC / Thunderstruck
I looked round and I knew there was no turning back
My mind raced and I thought what could I do
And I knew there was no help, no help from you
Sound of the drums beating in my heart
The thunder of guns tore me apart
you’ve been thunderstruck