2.3.3 Ecoute…

Et ce n’était pas tout. Je vous ai encore caché provisoirement des choses. Peut-être que j’utilise la technique de manipulation mentale qui consiste à ne pas tout dévoiler pour que votre néocortex ne se réveille pas. Lors des articles précédents, j’ai partagé un secret que je n’avais jamais partagé avec personne jusqu’à maintenant. Le dernier mystère que je veux dévoiler est le plus troublant. Bien sûr il laisse une large part à la subjectivité et à l’interprétation mais, c’est mon blog, je fais ce que je veux et, en plus, je vous préviens.

Tout d’abord, remettons nous dans l’ambiance (ici). Ma NDE n’avait pas été qu’une sensation de puissance, de peur et d’amour intense. Il se trouva que ce heu… truc incroyable me parla. Certes, il n’a pas été très bavard et je n’ai pas été moi-même très disert non plus, paralysé par la trouille et la surprise. Il me dit ces 3 simples mots : « écoute ton cœur ». Et comme apparemment, il avait compris que j’avais la tête dure il se mit à le répéter en boucle alors que je m’approchais et me fondais dans le cercle blanc.

Alors je sais, techniquement, on appelle cela entendre une voix. Je suis tout à fait d’accord, dans tout autre environnement, je serais d’accord. Mais là je faisais une NDE, j’étais près de ma fin et oserais-je le dire enfin ? Je taquinais le Mystère du monde. Je sais que cela paraît dingue. En plus, il se trouve que le Mystère du monde parle un français impeccable sans accent.

Bien, autant vous prévenir, je ne cherche pas à convaincre, je cherche surtout à mettre de l’ordre dans mes idées. Alors encore une fois, cet article va laisser une très grande place à ma subjectivité et à l’interprétation. J’ai deux choix évidents. Soit je considère l’épisode total comme un accès de folie psychotique, soit il s’est passé quelque chose. Si je considère l’option 1, cet article n’a aucun intérêt, on peut passer au suivant. Si je considère la seconde option alors nous pouvons continuer ce bout de chemin subjectif.

« Ecoute ton cœur » n’avait pas été une voix comminatoire, ni un contenu auquel je crus de façon absolue pendant et après. L’estime de soi n’avait rien à voir là-dedans. Certes, l’environnement était impressionnant mais il n’avait rien à voir avec l’expression amplifiée de l’estime de soi qui vous coupe du monde, je n’avais plus l’impression d’être de ce monde de toute façon. La voix était neutre. On pouvait ne pas la croire et c’est ce que je fis dans la suite de mon épisode I, je n’y prêtais pas la moindre attention. Evidemment, lorsque je redescendis, la prise de conscience du caractère extraordinaire de l’expérience s’accompagna de la certitude que ces trois mots allaient rester graver dans mon cerveau pour toujours. Mais que m’avait -« on » dit au juste ?

Le tutoiement de la deuxième personne de ‘l’impératif impliquait une certaine proximité de la « chose ». Etait-ce un conseil ? Une vérité d’ordre général, un commandement moral ? Plus j’analysais ces trois mots, et vous feriez exactement la même chose à ma place, je vous le garantis, et plus je restais perplexe. Je ne pouvais considérer à l’époque que deux niveaux d’interprétation. L’un, très terre à terre et très littéral, me signifiait que je faisais un infarctus. Ça va vous faire rire mais j’ai longtemps pensé à cette interprétation. Elle impliquait l’existence d’un système d’information inconnu dans le cerveau qui se déclenchait dans des moments critiques pour la survie. Mais ce n’était pas satisfaisant. J’avais 22 ans, aucun antécédent cardiaque et puis, encore une fois je me suis « réveillé » complètement en forme. Et puis informer quelqu’un qu’il est en train de faire une crise cardiaque n’a pas une très grande valeur ajoutée sur le plan de la survie : super t’es en train de crever et tu ne peux rien y faire.

La deuxième interprétation, sans doute la plus évidente, est l’injonction d’ordre morale. Cela était loin de moi et renforçait le caractère extérieur du conseil. Je pensais donc que cela voulait dire quelque chose comme « sois généreux, aide ton prochain…. ». C’était le plus probable, mais le moins satisfaisant pour moi. Ainsi donc la « chose » venait était venu m’emmerder, moi, le jeune étudiant cynique et, encore, ambitieux avec des banalités morales serinés à longueur de messe par la cohorte des vieux curé fatigués. Cette deuxième interprétation présentait un tel contraste entre le caractère inouï et extraordinaire de l’expérience et son contenu sémantique, banal et décevant, que je la réfutais. Subsistais donc un mystère interprétatif. En tout cas tout avait été fait pour que les mots soient gravés dans mon cerveau. Les mots étaient cohérents avec l’expérience. Je n’ai pas fait une NDE en entendant « choucroute niçoise ».

Il fallait voir quand même le côté positif des choses, la « chose » m’avait quand même signifié que j’avais un cœur. Mais, diantre, qu’est-ce que cela veut dire de ne pas l’écouter. N’aurais-t-elle pas pu me faire un dessin, genre deux trois slides explicatifs avec des bulletpoints ? Je crois que la « chose » a des problèmes de communication. Tout cela est beaucoup trop sibyllin pour être transformé en action.

S’il n’y’avait pas eu cette communication, j’aurais pensé à un phénomène naturel. Quelque chose de non personnel. A partir du moment où l’on vous « parle », on ne peut que supposer le pire pour un mécréant comme moi : l’existence d’un dieu personnel ? Dans mes épisodes maniaques, je ne suis pas sujet aux voix. Je délire, certes, mais je n’entends rien qui ne vienne pas de moi. Je n’ai vu aucun être de lumière, aucun ange, aucune entité. Juste cette espèce de tunnel blanc qui fait forte impression.

Dire qu’à ce stade, il y’avait conversion serait mentir. Disons qu’une possibilité venait de me traverser l’esprit, quelque chose que je n’avais jamais considéré avait surgi et la seule chose raisonnable que l’on pouvait faire était d’y réfléchir. Mais il faut insister sur le fait que maintenant je comprenais la religion. Je comprenais qu’un type descende de sa montagne avec 10 commandements (je reconnais le style impératif) et impressionne les foules. La « chose » est quand même plus bavarde, claire et directive avec d’autre. Je suis jaloux.

Je n’avais donc pas compris grand-chose. Ma cote vis-à-vis de la « chose » devait être au plus bas. Non seulement j’étais un gros trouillard mais en plus je ne comprenais rien à ce qu’on me racontait. J’ai du bien la faire rire. Mais dieu parle plusieurs langages. Sa langue natale est la vie. Pour celui qui sait lire cette langue vivante, il suffit d’attendre pour que la clarté remplace le mystère…

Robbie Williams / Feel
I sit and talk to God
And he just laughs at my plans
My head speaks a language
I don’t understand

Jean-Jacques Goldman / Il suffira d’un signe
Regarde ma vie tu la vois face à face
Dis-moi ton avis que veux-tu que j’y fasse
Nous n’avons plus que ça au bout de notre impasse
Le moment viendra tout changera de place.