2.3.5 « exégèse »

Les articles peuvent donner à penser que je suis mystique. Je ne le suis pas. La différence fondamentale est que je suis uniquement intéressé par le phénomène instinctif qui le sous-tend. Superficiellement, je diffère également par la forme : Je suis incapable d’écrire des oraisons enflammées à la gloire de « la chose » et puis les stigmates, ce n’est pas très smart pour aller au boulot.

Ce « truc » ne s’est pas fait connaître : est-ce « ma chose » autrement dite un état psychotique ? « La chose » autrement dit dieu ? Je n’en sais rien mais je peux tenter une interprétation a minima, remplie de « si » implicite et de réserve avouée. Comme je l’ai déjà mentionné, cela ne change rien au fond de ma théorie.

S’il s’agit d’un épisode psychotique alors la théorie continue de s’appliquer dans de bien meilleures conditions : En se concevant sans dieu, elle se rend beaucoup plus efficace car son absence lui donne une caution scientifique. Mais, Dès lors, je me cantonne à un scientisme où le cœur n’y est pas. Ce n’est pas une position subjectivement tenable car cela reviendrait à nier une forme d’évidence. Je ne peux quand même pas dire que je n’ai rien vu ! Dès lors, il faut que le cœur incorpore la raison.

En 1993, la décision « Philadelphia » fut prise. Au lieu de masquer mes émotions, son ambition première, elle porta sans doute atteinte à des mécanismes de réception, de traitement et d’émissions de l’information. Qu’est-ce à dire au regard de la théorie ? Si l’on considère que le phénomène de dominance prend sa source dans un phénomène régulateur, alors j’ai peut-être involontairement touché à un de ses piliers. Cette interférence figea mon expression derrière un masque impénétrable et triste. Dès lors, Ma position dans la structure de dominance ne devait jamais refléter mon état intérieur. Je me condamnais à en arpenter les bases, c’est-à-dire à vivre un enfer psychologique ici-bas.

Si j’ai essayé de montrer que, derrière le phénomène explosif de la manie, se dissimulait la pression cachée de la dominance, il faut maintenant insister sur le cas de la dépression qui ne constitue non pas une autre modalité de l’humeur mais bien un défaut de dominance, un manque d’une même substance : l’état du balancier d’un même pendule. Une dépression peut être asymptomatique. Ne prend-elle pas le visage de la pauvreté et de l’exclusion ? Pour ce qui me concerne, en déconnectant l’expression des émotions, je me suis trouvé dans une sorte de dépression légère et artificielle quasi permanente.

Il est juste de noter que je savais que quelque chose n’allait pas. Certains me le signifiaient parfois en soirée, alors j’affichais un rictus forcé qui disparaissait lorsque je pensais à autre chose. J’étais bien conscient de quelque chose mais je ne savais pas encore qu’il faut sourire de l’intérieur. Je n’étais pas malheureux mais je n’étais pas heureux non plus. A l’écart de tous réseaux sociaux, je jetais un œil d’enfant en direction d’un pays de cocagne qui semblait hors d’atteinte, hors de portée de mes désirs. Je vivais comme une machine qui se contentait de ses satisfactions mécaniques : Se lever, travailler, prendre ses médicaments, se coucher. Quand je regarde en arrière, je suis effaré de ma bêtise et surtout, il faut quand même trouver quelque chose de positif, de mon extraordinaire résistance au malheur. Quand on est bipolaire, il vaut mieux l’être. Est-ce que la maladie a été provoquée par ce masque de fer ? Je ne serais pas affirmatif, mais il y’a des chances.

En 1994, la « chose » tenta de me convaincre que, sans cœur, je n’étais qu’une machine. Elle n’y réussit pas. Quel est donc le statut de la « chose » dans la théorie ? La « chose » en soi, je ne sais pas ce que c’est. Est-ce une réaction chimique du cerveau face à une situation de détresse ? Tout cela n’est-il que chimique ? C’est commode, évidemment, si on considère que tout est chimique en dernier ressort. On ne risque pas de se tromper en affirmant cela mais on n’avance pas d’un pouce non plus. Pourquoi cette chimie a-t-elle eu un effroyable sens ?

La seconde question que je me pose est cette intuition de mort durant ma NDE. Avant d’avoir lu « Enquête sur les anges gardiens », je ne savais pas en quoi consistait une expérience de mort imminente. D’où m’est venue cette conviction que je me voyais mourir ? Encore un coup de la chimie ? Je n’y crois pas une seule seconde mais je n’affirme pas savoir.

En revanche si l’en soi de la chose m’est inaccessible, je devine que son pour soi, son interprétation intuitive est « dieu ». Pour moi dieu n’est donc pas une construction intellectuelle, un symbole, un moyen de soumettre les masses, c’est une réalité de l’interprétation. Nous sommes capables de dieu, et j’avoue que je l’ai pris en pleine figure. Cependant, ce que l’on met sous ce vocable est aussi divers qu’il y a de culture. Pour faire simple, de mon point de vue je préfère l’appeler « chose » car cela m’évite de crouler sous le poids de ce qui a été dit et écrit à ce sujet. La « chose » est stricto sensu ce que j’ai vu et « entendu ». Donner des propriétés, des attributs supplémentaires consisteraient à répéter ce que j’ai entendu dire.

Ce que j’ai entendu (« Ecoute ton cœur »), j’en ai parfaitement conscience, est un peu attrape-tout. Je ne fais pas une fixation sur un hasard sémantique mais il demeure troublant. En tout état de cause, la « chose » ne m’a pas sauvé. Mon sauveur est bien un être de chair et d’os dont le nom est connu de tous les gens qui pensent qu’on peut devenir heureux. Il s’appelle Christophe André. Je fais bien la part des choses. De toute façon je suis quelqu’un de logique et de très terre à terre dans mon état normal.

En 2011, La séance de pleine conscience me remit à ma juste place dans la structure de dominance. Désinhibé, mon visage reflétait ma place naturelle dans la structure de dominance. Et oserais-je le dire ? Je suis un peu dominant. En tout cas, beaucoup de femme s’en sont inconsciemment aperçus car elles ont toutes essayées lors de cette année écoulée. Oubliez les béhèmes, le fric, les carrières, soyez dominant radin, dominant malin. Rire ! Ne savez-vous donc pas par quoi sont attirées les femmes ? Faudra-t-il que je vous le dise ?

Maintenant je me sens bien, je m’habitue à ce nouvel état bonheur qui vient sanctionner la fin du temps mort. Peut-être suis-je un peu guéri ? C’est un peu tôt…On verra. Je voulais donc juste vous expliquer d’où cela venait cette « obsession du bonheur », pierre angulaire de notre vie d’humain. Mais je vois qu’il reste quelques doutes dans votre esprit. Vous doutez encore que le bonheur ne soit l’indicateur de la sélection naturelle ? Ecouter le maître Darwin:

« When we reflect on this struggle, we may console ourselves with the full belief that the war of nature is not incessant, that no fear is felt, that death is generally prompt, and that the vigorous, the healthy, and the happy survive and multiply »

Trad. : « Quand nous réfléchissons à cette lutte, nous pouvons nous consoler par la croyance que la guerre de la nature n’est pas incessante ; qu’aucune crainte n’est ressentie, que la mort est généralement subite et que les vigoureux, les biens portants et les individus heureux survivent et se multiplient.

Vous l’avez compris, nous ne sommes pas là que pour rigoler. A ce propos nous reprendrons le flambeau de nos études de cas. Deux derniers cas à analyser, les plus intéressants, les plus opposés. Du lourd en perspective!

Visage / Fade to Grey
Devenir gris, devenir gris
One man on a lonely platform, one case sitting by his side.
Two eyes staring, cold and silent, show fear as he turns to hide.

Phil Collins / Against all odds.
I wish I could just make you turn around
Turn around and see me cry
There’s so much I need to say to you
So many reasons why
You’re the only one who really knew me at all.

Jeanne Mas / En rouge et noir.
En rouge et noir, j´exilerai ma peur;
J´irai plus haut que ces montagnes de douleur,
En rouge et noir, j´afficherai mon cœur;
En échange d´une trêve de douceur,
En rouge et noir, mes luttes mes faiblesses,
Je les connais, je voudrais tellement qu´elles s´arrêtent;/… /
Somnambule j´ai trop couru dans le noir des grandes forêts,
Je me suis souvent perdue dans des mensonges qui tuaient,
J´ai raté mon premier rôle,
Je jouerai mieux le deuxième
Je veux que la nuit s´achève.