2.4.1 Nietzsche

Nietzsche. Je crois que toute rencontre nécessite un climat et une attraction. Dans nos sociétés occidentales, le seul nom de Nietzche renvoie à une sorte de mystère diffus. Certains ne le considèrent pas uniquement comme un philosophe mais comme un véritable prophète. Zarathoustra n’est-il pas le double solaire du philosophe allemand ? Un prophète pour le moins paradoxal, s’érigeant en messie, celui du sens de la terre contre toutes les impostures religieuses, celui du monde d’ici-bas contre les arrières mondes, tous aussi consolant que trompeurs. Cependant, dès lors qu’il parle de dieu, Nietzsche place son œuvre sous le signe de la spiritualité. Qu’on le dise mort, vivant ou à poil sur internet, on n’en laboure pas moins les terres de la religion. Dès lors, on est légitimement amener à penser que Nietzsche veut créer une nouvelle « église » : « Il viendra un jour, que je ne saurais préciser, où l’on aura besoin d’institution qui enseigneront ma doctrine, qui enseigneront à vivre comme je m’entends à vivre. Peut-être alors créera-t-on même des chaires pour l’interprétation de Zarathoustra (Ecce Homo) ». Dionysos est le seul dieu et Nietzsche est son prophète, voilà la réalité et la « banalité » du phénomène théosophique allemand. Il ne doit être jugé qu’à cette aune. A-t-il réussi ? Nous le verrons plus tard en le comparant à ses concurrents.

Ce qui m’intéresse chez Nietzsche, c’est le personnage en état modifié de sentiment et de conscience. Son esprit hors norme, son combat contre son temps et les millénaires précédents, une certaine forme de flamboyance ; tout cela a attiré mes neurones lorsque j’avais 27 ans. L’objectif de cet article n’est pas de vous infliger une énième clarification de la pensée de Nietzsche. J’en suis incapable, et, de toutes façons, il y’a autant d’interprétation de son œuvre que de philosophes. La question que je me pose n’est pas ce que pense Nietzsche, mais qu’est-ce qui fait que Nietzsche pense ceci ou cela. Quel est le tréfonds de l’être Nietzschéen ? Il ne m’est pas étranger.

Lorsque j’abordais cette lecture initiatique, je n’avais pas la moindre idée de la personnalité profonde du philosophe car on m’avait bien convaincu de ce mensonge éhonté que l’œuvre est indépendante de son auteur. C’est d’ailleurs le caniche de Nietzsche, Onfray, qui me déniaisa sur ce point. Toute œuvre exprime l’intimité de son créateur. La seule différence entre un artiste et un philosophe tient dans la prétention universelle de l’œuvre. L’artiste affirme sa singularité alors que le philosophe tente d’étendre son moi sur toutes les surfaces de l’éther. Nietzsche ne fait pas exception à la règle qu’il identifia lui-même.

Ce qui est attirant dans l’aura de son œuvre est cette possibilité de debugger un mystère au fil des mots et des pages. J’adore debugger. En informatique, c’est une action qui permet de comprendre le déroulement d’un programme pas à pas. C’est comme ça que je lus Nietzsche en pas à pas, en essayant de comprendre et en accumulant les questions sans réponses. Ruminer et debugger, Le premier mot est de Nietzsche, le second caractérisa mon approche qui ne se situa pas dans le cadre théorique affirmé dans ce blog ; je n’avais pas encore vécu et digéré l’épisode III. A l’époque, J’ai donc abordé Nietzsche comme n’importe quel philosophe sans curiosité particulière pour sa personnalité et son histoire. Mais ma maturation théorique me conduisit à le considérer comme l’un des êtres humains dont je me sens le plus proche. Cette proximité n’est évidemment pas philosophique, idéologique mais animale, Animale dans les affects et le ressenti de la dominance. Nietzsche est le frère que j’aurais voulu avoir. Au moment où j’écris ces lignes, Il ne me reste du contact avec son œuvre qu’une influence lointaine, intériorisée. On ne sait pas à quel point les lectures ont cette capacité de demeurer dans l’air que vous respirez (cryptomnésie). 13 ans après l’avoir lu, je me rends compte que certaines pensées que je pensais miennes étaient les siennes. Elles ont maturées durant toutes ces années. Ce que je pense, ce sont les étoiles éteintes qui peuplent le ciel, qui sont mortes, mais dont la lumière ne nous parvient que maintenant. Je dois reconnaitre que je doute maintenant que ce que je pense m’appartienne. C’est comme ça lorsque l’on vit avec les fenêtres ouvertes. Nietzsche, lui, balance les pots de fleurs…

Les mots clés de son œuvre sont une ode à l’élévation maniaque : Surhomme, Volonté de puissance, ainsi parla le prophète Zarathoustra. Je ne l’avais pas ressenti lorsque je lus Nietzsche pour la première fois. Le voile de la rationalité philosophique ne nous permet pas de saisir Nietzsche en tant que maniaque résistant aux «forces dionysiaques » qui règnent en lui et qui le « forcent » à une créativité exacerbée. Nietzsche croyait-il qu’il était un surhomme ? La réponse est peut-être. Une part de lui-même le croyait sans doute fermement. Mais Nietzsche était capable d’entretenir le dialogue avec cette part exubérante de lui-même. Lors de mon épisode I, je me prenais pour Dieu, mais le reste de mon être rationnel était vent debout contre ce que je considérais comme une folie. Malheureusement, je n’ai pas le talent de Nietzsche, et ma crise ne fut pas féconde.

Il est encore une fois temps de souligner comment la dominance s’incarne. On s’interroge souvent sur le lien entre trouble bipolaire, plus précisément surdominance, et créativité. Il est établi de manière certaine de mon point de vue si l’on considère que la dominance agit par amplification, accélération du soi. Si vous mettez le feu à deux brindilles avec une torche, vous obtiendrez un feu follet. En revanche, Il suffira d’une allumette pour incendier un dépôt d’essence, les flammes seront alors visibles des milliers de kilomètre à la ronde. La dominance dans son expression, est dépendante du soi qu’elle féconde en exacerbant son histoire et ses gènes. Si vous êtes nuls, la dominance vous rendra très très nul. Si vous êtes cons la dominance vous rendra très con. Si vous êtes violents, la dominance vous rendra très violent ce qui suffit à vous caractériser comme très très nul et très très con.

Source: Touched with Fire, Kay Redfield Jamison (Citant Dr. Myerson and R.D Boyle)
The manic drive in its controlled form and phase is of value only if joined to ability. A feebleminded person of hypomanic temperament would be simply one who carried on more activity at feebleminded level, and this is true also of mediocrity, so the bulk of manic-depressive temperament are of no special value to the world. If, however, the hypomanic temperament is joined to high ability, an independent characteristic, then the combination may well be more effective than the union of high ability with normal temperament and drive might be.
L’énergie maniaque, dans sa phase et sa forme contrôlées, n’a de valeur que si elle est liée à une aptitude. Une personne faible d’esprit avec un tempérament hypomane ne ferait que mener encore plus d’activité à un niveau de faible d’esprit, ceci est également valable pour la médiocrité. Donc la plupart des tempéraments maniaco dépressifs n’ont pas une valeur spéciale pour la communauté. Si, cependant, le tempérament hypomane est lié à une grande aptitude, caractéristique indépendante, alors cette combinaison pourrait s’avérer bien plus efficace que l’union d’une grande aptitude avec un tempérament normal, et alors pourrait exister une dynamique.

La dominance est donc une condition nécessaire mais non suffisante pour créer le génie. On comprend donc bien pourquoi un épisode maniaque ne veut pas dire automatiquement la transmutation du pékin en génie cosmo planétaire. Par contre, on se doit de présumer la dominance dans le génie créatif de l’écrivain. Ce qu’il nomme inspiration, je la nomme tachypsychie canalisée, je la nomme dominance maîtrisée. Graphorrhée ou inspiration littéraire? Seul le milieu décide. Et le milieu est souverain. Nietzsche s’amuse avec les mots, multiplient les allitérations et les figurent de style et personnes n’osera dire qu’il s’agit de symptômes pré psychotiques. Par contre qu’un bipo raconte des bêtises stylisées, là, les blouses et les cachets bleus et blancs lui tomberont dessus.

L’apport théorique de Nietzsche à la théorie de la dominance est fondamental. Nous parlons de la même chose mais Nietzsche n’a pas tout compris, il baigne dans le Zeitgeist de cette fin du XIX siècle, où se produit un petit miracle : la philosophie s’intéresse enfin à l’Homme et non à l’être de l’être de l’être de l’être. Elle a bien vu, avec Schopenhauer, qu’existait en nous une volonté. Cette volonté est non consciente (je dis non consciente par défiance envers celui qui a peinturluré un inconscient enturlutant) : cela colle magnifiquement bien avec ma théorie. En outre, on est en plein de dans le vif du sujet lorsque Arthur Schopenhauer donne à la sexualité la place qui lui revient : le centre de la structure de dominance. Malheureusement, Schopenhauer, qui a vécu des périodes de dépression, ceci explique cela, pense qu’il faut nier cette volonté, ce vouloir vivre aveugle et se consoler par l’art. Nietzche s’oppose à cette vision dépressive, aidé en cela par ses perceptions hypomaniaques, et donne une flèche à la volonté. Elle lui donne, quoiqu’on en dise, une sorte de fin : la puissance. Est-elle une fin ? Je ne suis pas assez calé en philo pour répondre. Par contre, nous autres, bipolaires, nous avons une définition non pas théorique mais pratique de la puissance. Lorsque nous avons évoqué le sentiment de toute-puissance, nous avons établis qu’elle était une version amplifiée du bonheur. Alors la volonté de puissance n’est-elle au fond qu’une volonté de plus de bonheur ? Nietzsche rejoint Aristote par le biais de ma théorie. Il prend aussi un verre avec Darwin et Price.

Volonté ? Mais pourquoi pas instinct ? Parce que cela fait sans doute moins smart philosophiquement. Nietzche connaissait les instincts : « car la pensée n’est que le rapport mutuel de ces instincts », alors pourquoi parler de volonté ? Je pense que l’instinct est beaucoup trop téléologique pour le philosophe, la volonté est beaucoup plus dionysiaque, aveugle. Ce débat fondamental entre instinct et volonté me permet de préciser ma pensée. Je suis le disciple de Darwin et non le caniche de Nietzsche. Je parlerais donc d’instinct en lieu et place de volonté tout en reconnaissant que l’on parle sans doute de la même chose mais qu’il faudra bien résoudre la contradiction entre le caractère essentiellement finaliste de l’instinct et l’exubérance de la volonté. Je ne vais pas le faire maintenant car je suis en train de dépasser le quota de mot que je me suis fixé pour ne pas devenir assommant.

Alors donc Nietzsche et Darwin parle-t-il de la même chose ? En tout cas constatons que, chronologiquement ils ont tété aux mêmes mamelles du Zeitgeist. Nietzsche n’a pas lu l’œuvre de Darwin. L’origine des espèces parut en 1859. Ce qui aurait pu aboutir à une rencontre fascinante. Elle n’eut pas lieu physiquement mais Nietzsche s’est fortement inspiré du savant anglais (Source : Les cahiers sciences et vie n° 131, Aout 2012 : « Friedrich Nietzsche accumule ainsi dans sa bibliothèque les ouvrages traitant du Darwinisme, dans lequel il cherche des arguments pour sa critique véhémente du christianisme »). Constatons que la morgue philosophante nous assène que les deux ne doivent pas être confondus, que l’erreur est du côté, bien évidemment, de la science. Il n’y a pas plus obscurantiste qu’un philosophe, et Nietzsche lui-même n’échappe pas à la règle, lui qui méprisait la science. La bonne question est qui Nietzsche ne méprisait pas.

Source : Nietzsche (par Daniel Pimbé)
Dans la théorie de Darwin, qui accorde une importance centrale à cette lutte pour la vie, tout se passe comme si l’aspect général de la vie était l’indigence, la famine, et non l’absurde prodigalité (cf. Le crépuscule des idoles, « Flâneries d’un inactuel », § 14). Certes, affirme Nietzsche, l’instinct de conservation et la lutte pour la vie existent : mais l’erreur des biologistes, et particulièrement des darwiniens, est de faire de ces phénomènes dérivés des explications universelles et primordiales.

Source : Nietzsche (Par Pierre Héber Suffrin)
La nature de la tâche dévolue au surhomme interdit évidemment toute interprétation réductrice qui, d’inspiration darwiniste, en ferait le représentant d’on ne sait quelle nouvelle espèce, oui qui, politico raciste, en ferait celui d’on ne sait quel caste.

Les biologistes et les darwiniens observent, et tirent des conclusions argumentés et offrent des bases solides de discussion. La théorie Darwinienne ordonne des millions de faits en un tout cohérent. On ne peut pas en dire autant de la philosophie où des mots renvoient à d’autres mots dont la source épuise les émotions intimes de leurs auteurs. Et ces gens posent des interdits, jugent de ce qui est ou n’est pas erreur. On croit rêver. Que m’importe votre morale !

Darwin et Nietzsche se complète si l’on considère non pas la sélection naturelle ou la création de nouvelles espèces mais la hiérarchie de dominance, figure imposée de l’éthologie moderne, dont l’étude passionnante chez les animaux, aurait dû nous inspirer pour crever la gangue et découvrir la structure sexuelle de dominance que j’ai voulu révéler dans ce blog. Il est clair que Nietzsche a tenté de donner une interprétation à l’énergie noire de l’évolution : un système régulateur qui s’informe, qui donne de la « puissance » et qui reprends en toute inconscience, un système bipolaire. Et cette énergie noire n’est pas l’instinct sexuel, c’est l’instinct qui nous pousse à occuper la position la plus avantageuse dans la structure de dominance, celle qui maximise notre bonheur sous contrainte de nos gènes. Le sexe suit alors la boussole de dominance, en clair la libido est fonction de la dominance, instincts des instincts. Pourquoi suis-je obligé d’écrire des tautologies ? Et pourquoi opposer « utile à la vie » à sélection naturelle ? Qui décide, en dernier ressort, de ce qui est utile à la vie au-delà de toutes les apparences et par-delà les entourloupes fumeuses si ce n’est la sélection naturelle ? Nietzsche se défendait d’être darwiniste malgré l’inspiration qu’il avait puisée dans les lectures de sa bibliothèque. A propos du terme « surhumain » il fulmine : « D’autres bêtes à cornes savantes, à cause de ce mot (surhumain) m’ont suspecté de Darwinisme (Ecce Homo)». Mais il est clair que Nietzsche se défend EVIDEMMENT de vouloir créer une nouvelle espèce. Il pressent purement et simplement, dans la transpiration de son œuvre, l’Homme au sommet de la structure de dominance, forme évoluée de la hiérarchie de dominance. A-t-on vu un mâle dominant chez n’importe quel animal créer brusquement une nouvelle espèce ? C’est comme cela qu’il faut ramener Nietzsche dans le giron du cadre théorique Darwinien qui, dans mon esprit contient toutes les avancées modernes.

Nietzsche donne du système de sélection humaine une fulgurante appréciation subjective alors que l’éthologie se borne à l’objectivation théorique du phénomène des hiérarchies de dominance. Et se borner veut dire rester dans ce que la science se donne comme objectif : Connaître en toute vérité. Elle ne peut occuper le terrain de la subjectivité, ce n’est pas son rôle. Mais il n’y a pas de fatalité à ce que le cœur et la raison s’ignorent éternellement. Je suis un darwinien radical et un fondamentaliste Nietzschéen. Je prétends que sa philosophie est une interprétation directe de la folie et qu’il faut prendre au pied de la lettre sa volonté de puissance. Comme par hasard cette interprétation navigue dans mes eaux territoriales où il existe des surhommes, des hiérarchies, des « esclaves » et des « maitres » même si il manque des billes à Nietzsche pour tout comprendre. Mais ça, seul un bipolaire de type I peut le saisir. Seul quelqu’un de cet acabit peut comprendre ses intuitions non pas comme percée philosophique majeure mais comme une illustration de la théorie de la dominance qui ne se préoccupe que du parlement des instincts. Comprendre, ça n’est pas saisir l’articulation logique des mots, c’est vivre leurs représentations dans l’expérience, dans leur capacité à être utile à la vie. La volonté de puissance ? Sentiment de Nietzsche, bien sûr : « Au commencement du mois d’août 1881 à Sils Maria, 6000 pieds au-dessus du niveau de la mer et, bien plus haut encore, au-dessus de toutes les choses humaines » (Nietzsche)

Je comprends bien ce qu’il veut signifier. Lors de mon épisode III, à plusieurs reprises je connus ce sentiment de puissance intense, sans agitation motrice ou idéique. La puissance ivre d’elle-même, n’ayant d’autre fin qu’elle-même. Pourrais-je appeler cela techniquement éveil ou nirvana ? La seule pensée qui me traversa l’esprit à ce moment-là fut : « Comment vais-je pouvoir dormir avec cela dans la tête ? ». Voilà donc la puissance caractérisée et illustrée : Bonheur puissance 1000. Il me faut maintenant caractériser le deuxième phénomène consubstantiel à la manie : l’estime de soi. Dans le cas de Nietzsche elle prend sa forme la plus classique : la vantardise. Elle transparait de manière éhontée dans certains échanges épistolaires (Fin 1888, il écrit d’étranges lettres : « j’ai convoqué à Rome une assemblée de princes, je veux faire fusiller le jeune Kaiser. Au revoir ! Car nous nous reverrons. Une seule condition : Divorçons… Signé : Nietzsche-César) mais j’ai juste choisi la table des matières d’ecce homo pour la montrer : « Pourquoi je suis si sage / Pourquoi je suis si malin /Pourquoi j’écris de si bon livre /Pourquoi je suis une destinée. ». L’intuition de sils maria, n’est qu’une autre forme de l’estime de soi. Elle combine une tachypsychie à une fluctuation de l’estime de soi. L’éternel retour est donc une saillie maniaque. Je trouve les circonvolutions philosophiques pour l’interpréter assez amusantes. Mais c’est le lot de toutes idées invérifiables dont les bipolaires se font une spécialité. Nous donnons le grain à moudre. Nous sommes le grain et l’ivraie. Nietzsche était effroyablement lucide mais il n’avait pas saisi le phénomène neurologique premier qu’est l’estime de soi, mais il en avait cependant eu une profonde intuition : « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou (Ecce Homo)».

On voudrait que Nietzsche soit brutalement devenu fou à cause d’un cheval. Le caractère brutal est fallacieux. Il était gravement atteint depuis des années et cela ennuie fort les philosophes affabulateurs comme Onfray (interview 2012) :« la permanence de sa souffrance, qui mélange une fragilité psychique et les atteintes progressives de la syphilis ». Notre philosophe national et psychiatre en herbe me rassure. Je ne suis atteint que d’une fragilité psychique. Le trouble bipolaire n’est qu’une peccadille car il faut sauver le soldat Nietzsche de la folie incompatible avec l’art de philosopher ! Mieux vaut une maladie honteuse, c’est beaucoup plus valorisant que l’état de malade mental. Nietzsche était bien atteint de trouble bipolaire. Malheureusement pour lui, il est passé d’un trouble de type II (Prédominance de dépression avec accès hypomaniaque) à un trouble de type I caractérisé par une manie que l’on pourrait qualifier de terminal. Je renvoie le lecteur à l’excellent de l’ouvrage de Jacques Rogé : « le syndrome de Nietzsche » (dépôt légal 1999, le caniche Onfray ne peut pas dire qu’il ne le connaissait pas).

C’est justement dans ce livre que je découvris la perle au détour d’une page, un détail qui veut dire beaucoup pour moi : je ne suis pas seul. Je vous laisse lire l’extrait ou les guillemets de J. Rogé sont les paroles de Nietzsche.

Source : Le syndrome de Nietzsche (jacques Rogé)
« Cette quête perpétuelles des « mystères les plus profonds de la nature humaine », Nietzsche devait en premier l’exercer sur sa propre personne. Entièrement tourné vers la connaissance de lui-même, il écrit en trois semaines Ecce Homo, comment on devient ce que l’on est. L’enflure mégalomaniaque mise à part, on est à l’évidence en présence d’un livre exceptionnel. Avec une acuité et une subtilité sans égales, Nietzsche donne, de tous les moments marquants de sa vie, analyse éblouissante de perspicacité. Et la connaissance de lui-même tient du génie lorsqu’il décrit le mécanisme de son inspiration, car il s’agit là de la véritable découverte d’un état psychologique particulier que d’autres écrivains, avant lui, ou après lui ont pu connaître, mais jamais dépeint comme l’a fait Nietzsche. D’octobre à décembre 1888 : L’automne merveilleux. … «Ces dernières semaines j’ai eu les inspirations les plus heureuses grâce à un incomparable bien-être physique, unique dans ma vie, et grâce également à un automne merveilleux et à l’accueil prévenant et délicat au possible que l’on m’a réservé à Turin. » Nietzche ne pouvait mieux résumer sa vie de l’époque que dans cette lettre adressée à son éditeur Naumann en novembre 1888.
Sa santé d’abord est au mieux, « pas une seule mauvaise journée jusqu’à présent (autrement dit pas un seul accès migraineux et dépressif) et on a vu qu’il en sera ainsi jusqu’en janvier 1889. Il se sent « d’une humeur exemplaire » et quand il se regarde dans une glace il constate qu’il n’a jamais eu aussi bonne mine et paraît avoir dix ans de moins ».
La splendeur de l’automne à Turin exalte son lyrisme. « Ici les jours se succèdent avec la même perfection enivrée de soleil, les arbres magnifiques explosant en jaunes incandescences, le ciel et le grand fleuve bleu tendre, l’air d’une absolue pureté – un Claude Lorrain tel que je n’aurais jamais espéré en voir ». L’illusion de Turin. Mais ce qui frappe encore davantage c’est « la complète fascination qu’il exerce sur les Turinois ». »Quand j’entre dans un magasin, écrit-il à Köselitz, tous les visages changent ; dans la rue les femmes me regardent, ma vieille marchande des quatre-saisons me réservent ses grappes les plus mûres et a baissé ses prix pour moi. Je mange dans l’une des premières trattoria […] où l’on donne les mets les plus choisis et les plus exquisément préparés ; […] les garçons qui les servent sont éclatants de distinction et de prévenances […] je jouis des services d’un excellent tailleur ». « Tout devient facile, tout me réussit ».« Personne ne m’a encore pris pour un allemand! ».
De la même façon que dans l’illusion de Messine, il apparait, à l’évidence que Nietzsche se trouve à nouveau sous l’influence d’un contenu de conscience hypomaniaque qui prend une forme délirante et hallucinatoire. »

Ce qui est drôle, c’est que Jacque Rogé, commence par écrire que Nietzsche se connait parfaitement pour finalement le condamner dans la géhenne psychotique. Je ne suis pas d’accord avec lui car Nietzsche dit la vérité. Vous connaissez les psychiatres. Parfois ils ressemblent au flic de la soupe au chou qui laisse une pancarte en face de l’illuminée qui lui raconte une invasion d’extraterrestre. Tu peux raconter ce que tu veux, t’es psychotique que ça en est un tique, et t’es bipo jusqu’aux os, laisse-moi juste calculer la dose de neuroleptique. Seul le bipolaire peut séparer le grain de l’ivraie. Le psychiatre part du principe que si 98% est faux alors 100% est faux. Quel manque de propreté ! Ce sont justement les 2% qui sont le plus intéressant !

Jacques Rogé déclare Nietzsche maniaque et je suis d’accord avec lui. Mais il est atteint de beaucoup plus que cela. Il subit dans son âme le trouble de la dominance qui a des répercussions sur le monde extérieur. Relisez l’épisode III et le fou et vous. N’y a-t-il pas quelque chose de l’ordre de la confirmation éclatante ? Bien sûr cela peut aussi signifier que Nietzsche et moi avons eu le même délire. Je n’y crois pas. Il écrit à son ami Köselitz ce qui prouve une démarche réflexive et il ne parle pas d’être de lumière ou de vénusien avide de conquête. Il dit juste que la vie est belle, que les femmes le regardent, ce qui tend à prouver que ce n’était pas habituel : Bienvenue à toi Friedrich dans la structure de dominance, où tu es entré par la bonne porte, la plus haute ! Au passage, le regard des femmes, n’est-ce pas ce qui explique en premier ressort, l’hypersexualité du maniaque mâle?

Nietzsche était si près du but. Peut-être était-il beaucoup plus près que je ne le crois. Il avait peut être observé que la puissance avait une influence sur le monde extérieur : « Aide-toi et les autres t’aideront ». Il a peut être atteint la « chose »… C’est sans doute pour cela qu’il n’est jamais redescendu, il s’est sans doute pris « la chose » en pleine gueule. A lui, ça a dû lui faire un choc énorme. Et ça je peux le comprendre : Combien de vérités peut-on supporter ? La question n’est pas anodine dans les hauteurs, croyez moi. Nietzsche le dit lui-même : « Nous avons tous peur de la vérité (Ecce Homo) ».

Il avait les clefs mais pas toutes. Certaines étaient dans le passé, d’autres étaient dans l’avenir. Il aurait fallu comprendre et ne pas commettre des erreurs de logique. Il n’existe pas de valeurs d’esclaves, car toutes les valeurs, sans exceptions, sont portées par les dominants de la structure de dominance. Et il n’a pas saisi le mode de domination humaine, trop humaine, si merveilleusement humaine basée sur le bonheur et sur les confrontations inconscientes. Et nous parlerons dans le prochain article d’un hyperdominant qui a changé la face du monde qui, Lui, a tout compris par le biais du cœur. Je laisse Frère Nietzsche derrière moi provisoirement. Il y’a tellement à dire. Je ne veux pas vous assommer.

Que ce blog devienne brûlot : Nietzsche appartient à la fierté exubérante du turbulent peuple bipolaire !

John Lennon / Imagine
You, you may say I’m a dreamer
But I’m not the only one
I hope someday you will join us
And the world will live as one

Jean Jacques Goldman / il suffira d’un signe
Et tu verras que les filles, oh oui tu verras bien
Auront les yeux qui brillent, ce matin
Plus de faim, de fatigues, des festins
De miel et de vanille, et de vin

Shy’m / Et alors!
Parlez-moi de ceux, qui osent, qui incarnent la différence
Ceux qui posent sans qu’on leur dise
mais comme ils le pensent
Parlez-moi de personnalité
D’originalité, d’idées/…/
Et Alors, mais qu’est-ce-que ça te fait
Si je n’aime pas les protocoles
Les idées fixes, les copier-coller
Et Alors, mais qu’est-ce-que ça te fait,
Si j’ose les nœuds pap’,
Et les Derby garçonnes décalées/…/
Parlez-moi de punk, de rock,
de street de pop ou de Bohème
Qu’importe l’univers, l’addiction est la même
Parlez-moi de créativité, d’originalité, d’idées

Louis / bifurcation
Me trempe une pluie d’amour,
Où faudra-t-il que je courre,
Pour ne pas y échapper ?
Les étoiles labourent le ciel.
Pour ceux qui rêvent au-dessus d’elles,
Jaillissent des étincelles,
D’une, germe la flamme,
Décille les dunes,
Qui regardent la mer
Où le soleil se lève
Et décime les vieilles lunes.