2.4.3.1 Private Investigation

Je sais. Le précédent article vous a peut-être choqué. Il est inacceptable de penser la religion en termes de maladie mentale et de pulsion animale. Et pourtant, considérons le cas Jésus froidement selon ces deux perspectives. Après tout, chacun a le droit d’avoir un angle d’attaque, une perspective sur Jésus. Elle n’est pas insultante. Je demande à mes lecteurs chrétiens un peu de patience qui est l’antichambre de la connaissance.

La psychiatrie nous demande un effort de decontextualisation. Imaginons que nous fassions voyager Jésus dans le temps, et que nous pourrions le convaincre d’aller consulter. Mon psy en l’entendant n’aurait d’autre choix que de suspecter une maladie mentale. Je ne connais que deux affections capables de générer des symptômes expliquant le comportement du Christ : Soit la schizophrénie soit le trouble bipolaire. Les symptômes ? Se prendre pour un messie, hallucination, Communication directe avec dieu, etc… Ai-je besoin de faire un dessin ? Je n’ai pas considéré la schizophrénie dans ce blog car je ne pense pas qu’elle peut faire naitre du fait religieux. Nous reviendrons sur ce point qui peut être discuté. Reste donc, la bipolarité. Jésus, malade mental ?

Il est naturel et nécessaire quoique blasphématoire, j’en conviens et je ne m’en excuse pas, de penser le phénomène Jésus en terme psychiatrique. Entendons-nous bien. Je n’ai rien contre la religion, c’est tout le contraire. Je ne suis pas un immoraliste comme Nietzsche, je suis un amoraliste. Il ne sert à rien d’être en perpétuelle opposition, « contente-toi de ce qui t’es donné » nous enseignait Démocrite comme pour nous inviter non pas au combat mais à la contemplation. En outre, seul l’amoral sait pourquoi il doit se conduire moralement. Je ne cherche donc pas à être contre la religion, ce n’est pas le but de mon propos car je crois qu’elle est l’expression d’un phénomène sous-jacent d’une profondeur inouïe. Je viens chercher dans Dieu ce que je recherche comme tout un chacun. Je suis intéressé par tout ce qu’on crut les hommes. Et je traite toute foi avec respect mais je veux connaître plus que je ne veux croire. Et quand je crois, c’est que la connaissance me fait défaut. La foi est un feu continuellement circonscrit.

Maintenant, examinons le Christ sous l’angle éthologique. A cette fin je me permets de vous présenter Spock. Spock est un éthologiste de la planète vulcain, son cerveau se compose de 4 néocortex qui travaillent en parallèle. Il se fout complètement de la morale, du bavardage, des paraboles et des valeurs humaines. Il suit les pérégrinations de Jésus car il peut remonter le temps et tout voir en 3D. Il s’intéresse à l’animal Jésus. Il ne comprend pas l’araméen couramment et il regarde la forme du groupe humain évoluant autour de Jésus, comme il regarderait 30 trilliards d’amis. C’est l’émission favorite des vulcains sur les animaux qui peuplent leur univers connu. Et l’homme est un animal pour un vulcain.

Qu’observe-t-il ? Il constate qu’un spécimen humain a une tendance à être au centre du jeu, qu’il enflamme d’autres membres du groupe qui le suivent sans condition et avec enthousiasme. En bon éthologue vulcain, Spock se dit « Intéressant ! ». Et, bien sûr, il suspecte fortement un phénomène de dominance qu’il n’arrive pas à comparer avec celui des autres animaux de la planète terre qui se tapent dessus de manière plus ou moins ritualisée. Il n’arrive pas à comprendre quel attribut fait que Jésus gagne les combats avec une probabilité supérieure au hasard. En outre, il ne semble même pas y’avoir de combat. Il observe une subjugation par le langage. Il se demande donc si le langage en est sa cause mais par expérimentation temporelle, il voit que, plus tard, les prêtres ne réussissent pas pleinement à recréer le prodige. Ils ne font qu’essayer de le répéter, jeu auquel ils échouent de plus en plus à mesure que la Liberté et la Raison progressent.

Spock et mon psy doivent donc se poser des questions. Spock ne comprends pas la création du prodige et mon psy, qui est une type ouvert, ne comprends pas pourquoi Jésus semble rester adapté à la réalité. J’avais lu un livre qui s’intitulait « l’évangile au risque de la psychanalyse» de Françoise Dolto. Il ne m’a rien apporté. J’espère voir, un jour, écrire un livre dont le titre serait : « Jésus au risque de la psychiatrie et de l’éthologie ».

Il existe deux réponses aux interrogations de mon psy. La première est environnementale. Jésus évolue dans une culture qui accepte la rhétorique qu’il utilise. La puissance d’Israël est d’avoir créé un Zeitgeist propice à l’éclosion du phénomène Jésus, à l’établissement d’un canal de communication entre ses « fous » et sa culture. A force d’attendre et de conceptualiser la venue d’un messie, il en apparait un qui va utiliser l’environnement rhétorique religieux créé avant lui pour propager ses mèmes, et rester sain d’esprit. Qui a créé cet environnement ? D’autres prophètes, comme par hasard, qui « préparent le chemin, aplanissent les sentiers, comblent les ravins, abaissent collines et montagnes, rendent droits les passages tortueux… ». Que les prophètes aient été atteint de bipolarité, cela ne fait aucun doute pour moi et la logique de ce blog, car, leurs impacts n’a qu’une explication : la surdominance irradiant la structure de dominance et son symptôme « psychiatrique »concomitant : « entendre » Dieu…

Les juifs ont intégré la folie dans leurs cultures comme aucun autre peuple ne l’a jamais fait. Ils ont bien compris que le second front de Dame Nature était la promesse d’une effroyable source de puissance. Ils se sont juste trompés, de mon point de vue, sur la nature et sur le mode d’action de cette puissance et, comme ils n’ont pas eu leur vengeance et la soumission des nations qu’ils attendaient, ils ont déserté la mine d’or, à tout jamais. Si un messie vengeur surgissait aujourd’hui, il ferait exploser la planète. Mais, heureusement, il se heurterait au filtre du zeitgeist actuel: la Science et ses contraintes de véracité et l’air du temps qui s’inspire de notre désir de vivre en paix, de ne plus mourir pour des mèmes mortifères.

La deuxième réponse que je fais à mon psy tient en la personnalité extraordinaire du Messie. La nature a horreur de l’inadaptation et du vide, il est donc théoriquement possible qu’un sujet bipolaire soit capable de résister à sa manie ou à des hauts niveaux de dominance grâce à ses mèmes et grâce à ses gènes. Bien sûr, Dame Nature a le temps. Elle attend une étincelle parmi des millions de nuit. Elle n’a qu’à suivre naturellement sa pente. Vous croyez qu’elle va rester les bras croisés devant les « erreurs » qu’elle créé continuellement ? Dame nature est l’Ashera, elle est intelligente, belle, créative, elle engendre, évalue sa création, sépare le grain adapté de l’ivraie, elle est pure Justice.

Spock se pose des questions. D’où vient le prodige qui permet à Jésus d’être le dominant de son groupe ? Il consulte son Smartphone qui contient des trillions de giga sur toutes les cultures et les sciences de l’univers. Pas besoin de mot clef, le Smartphone comprend la question de Spock et lui livre une liste de possibilités. Une attire son attention car elle permet de conceptualiser le prodige. Le signal honnête de dominance permettrait de comprendre une dominance sans combat. Mais ce signal est visible et tangible chez les autres animaux de la terre (phéromone, changement de couleur, …). Il a beau chercher, il n’arrive pas à le localiser chez l’être humain qui n’en a pas conscience. Logique (ça c’est tout Spock !), car si les êtres humains en avaient conscience, le jeu évolutif serait faussé. L’évolution a tout fait pour que le signal de dominance humain soit caché. En outre, en normodominance, le signal, de faible intensité, ne peut être distingué : il créé juste un « skew » (petit écart à la moyenne) que la sélection naturelle va détecter et amplifier. Spock s’interroge. Son Smartphone lui envoie une deuxième possibilité intéressante qui va lui prendre quelques heures de lecture, l’hyperlien vulcain le renvoie au site d’un type complètement cintré. Son site ? Ethologie du trouble bipolaire. Il clique ou plutôt il cligne car le Smartphone réagit au doigt et à l’œil, et ses yeux se décillent : vous savez ce que veut dire comprendre pour un vulcain…

Figaro.fr, le 06/03/2013, pas de doute, je suis un prophète J !


Dire straits / private investigation
It’s a mystery to me
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This is my investigation
It’s not a public inquiry
…And when I find the reason I still can’t get used to it…