2.4.3.6 Grand A

Je n’ai pas beaucoup de chance. Lorsque quelque chose de bizarre vous arrive, le premier réflexe est d’essayer de savoir si les mêmes mésaventures ont pu arriver à d’autres. Ainsi, une part d’objectivité peut être insérée dans une expérience hautement subjective, et l’on peut se sentir moins fou. Lorsque j’y pense, c’est  quand même un manque de bol inouï que cela tombe sur Jésus. Dans l’article Royaume, j’ai établi que le Christ avait subi, comme moi, une NDE durant un épisode maniaque. Il en a immédiatement fait une lecture religieuse et cela est parfaitement compréhensible au vu de la violence de l’expérience et des indications de la seule science qu’il connaissait à savoir, précisément, la religion. Jésus en a également parfaitement saisi le caractère exceptionnel. Elle lui a permis de contempler le royaume des cieux soit un ensemble de comportement dont la fréquence ou l’existence dépendait du sentiment de la présence de l’Esprit. En ce qui me concerne, c’est bien une lecture éthologique qui me permet d’affirmer que le changement dans les comportements est dû à l’intensification du signal honnête de dominance Dans l’absolu, nous pouvons considérer deux possibilités logiques. Soit le Christ vivait dans un monde d’hallucinations permanentes, soit le Royaume était un concept permettant au Christ de rassembler diverses observations sur le monde réel. Je choisis résolument la seconde hypothèse car Jésus n’était pas fou. Il était d’une extrême lucidité.

Il était conscient d’une part que les autres ne pouvaient pas voir le Royaume car cela nécessitait une condition à savoir la renaissance par l’eau et l’esprit soit, du point de vue de la causalité ultime, l’état de surexcitation permanente et maîtrisée qui reflétait sa position d’hyperdominant dans la structure de dominance. D’autre part, il était également conscient que les autres ne pouvaient pas supporter un discours trop précis. Il était donc tout à fait lucide sur ses congénères et devait naviguer entre la contrainte de vérité et la menace d’accusation de folie. L’emploi de parabole et de métaphore est caractéristique de quelqu’un qui veut expliquer, objectiver un état subjectif tout en prenant bien soin de ne pas rentrer dans des détails qu’il serait incapable de montrer ou de démontrer à cause du caractère subjectif de la NDE. Imaginez que Jésus ait relaté son expérience comme je l’ai fait dans révélation. Tout le monde l’aurait pris pour un fou car personne ne savait ce qu’était une NDE à l’époque. Le verset suivant prouve sans ambiguïté la réflexivité et la réflexion investies par Jésus dans sa relation aux autres. Il sait exactement ce que ses disciples peuvent possiblement comprendre. En d’autres termes il sait parfaitement qu’il ne peut pas entrer dans le détail de ce qu’il a vécu. Il a dû essayer de le faire, c’est certains, mais il a appris de cette expérience et opté pour une communication plus appropriée. Quelqu’un qui expérimente et apprends de ses erreurs trahit son intelligence. Encore une fois l’illuminé qu’on m’a vendu ne résiste pas à l’analyse.

Jean 16
12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.

Le second volet important du dialogue avec Nicodème est le verset du vent (Jean 3.8 « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. ») et je veux encore insister sur lui car il est fondamental. Jésus a constaté des comportements subtils qu’il ne percevait pas avant l’épisode maniaque inaugural de son magistère. Il faut prendre très au sérieux ce verset. Quand on a compris que le Christ décrit l’expérience réelle quoique subjective de la renaissance (NDE), on doit lire le verset du vent avec la même présomption de véracité et de réalité. Or ce verset se place résolument dans le monde sensible. Le vent, le bruit et le toi qui « entend » n’ont rien à avoir avec l’expression d’une expérience subjective. Il s’agit bien de la description métaphorico-religieuse d’un phénomène dont la réalité se situe bien dans le monde objectif. Pour le percevoir, il est nécessaire d’avoir une dominance qui fluctue pour détecter les changements de comportements. Les autres ne peuvent rien percevoir car leurs humeurs sont stables. En outre, les comportements subtils sont déclenchés par l’inconscient perturbés par la réception du signal honnête de dominance. Impossible donc de montrer quoi que ce soit. Une expérience apparemment objective devient effectivement aussi difficile à partager qu’un évènement subjectif par la nature même du phénomène. C’est pour cette raison que Jésus confond la NDE et le signal honnête sous le même vocable de l’Esprit. L’esprit subjectif (NDE) et objectif (propagation du vent) se confondent dans le même mystère.

Jésus ne s’est donc pas réveillé un matin en se disant :«Tiens je vais leur faire le coup du messie, on va bien s’marrer ».  La NDE (renaissance) et l’intellectualisation du signal honnête de dominance (verset du vent) sont les deux piliers de la réflexion messianiques du Christ. Il y a trouvé la justification de son statut de messie. Chaque personne dans le monde ayant vécu une NDE peut dès lors comprendre les fondements de l’enseignement de Jésus. Cependant ils ne peuvent pas comprendre pourquoi le Christ a commencé son magistère. Seul un maniaque en pleine possession de ses moyens et asymptomatiques peut  le comprendre. Le verset du vent était le nécessaire adjuvant de la geste christique.

Quelles sont les nuances que peut apporter un homme du 21ème siècle à l’expérience de  Jésus ? Il est clair que l’interprétation spirituelle de la NDE est parfaitement cohérente et surement très populaire parmi les gens qui ont vécu l’expérience. Cependant je me ferais l’avocat du diable en disant que Dieu est toujours suspecté en première instance lorsque l’homme ne comprend pas quelque chose. Il ne devrait pas en être ainsi. Les aurores boréales étaient considérées par les esquimaux comme l’esprit des enfants morts. En fait nous savons que c’est un phénomène d’ionisation des particules. Cela n’enlève rien en la beauté du phénomène mais son caractère spirituel en prend un coup. Peut-être que dans 10 000 ans, les connaissances dans la neurologie permettront de comprendre les NDE. En attendant, il faut garder un esprit ouvert à toutes les éventualités. Si Dieu existe, il ne nous en voudra pas.

Quant au verset du vent, j’en fais une lecture bien sur éthologique, et c’est cela qui m’intéresse dans ce blog. Jésus en fait une émanation de l’esprit. Ce n’est pas absurde car si cet Esprit est en nous il peut communiquer grâce au signal honnête de dominance. Je ne veux pas donner l’impression que je veux contredire Jésus mais il a dû se poser certaines questions sur l’Esprit. La chose qu’il n’a pas pu manquer est le regard des femmes sur sa personne. Bien sûr il était un rabbi et, donc, en dehors du jeu sexuel. Mais ses pérégrinations ont dû l’emmener dans des endroits où on ne le connaissait pas. Et là, c’est impossible de ne pas remarquer quelque chose de changé. Et si on rentre, spéculativement, dans l’Esprit de Jésus, peut-être s’est-il dit : « Tiens, elle me regarde, donc elle voit l’Esprit ! ». On a peut-être l’explication de l’attention et de la compassion que Jésus a portée aux femmes (l’interdiction de la répudiation, la femme lapidée) et cela en nette contradiction avec l’air du temps et la loi juive de l’époque. Jésus était guidé par l’Esprit ce qui le pouvait l’amener à des prises de positions innovantes.

Un autre fait qui ne lui a pas échappé, et l’attitude des enfants. En phase haute, lorsque je me balade, je vois des enfants qui me regardent parfois avec des yeux écarquillés. C’est marrant, j’en conclu que les enfants sont très sensibles à la dominance et leur néocortex n’a pas encore intériorisé les règles du type « on ne regarde pas un étranger ». C’est pour cela que les comportements instinctifs des enfants sont plus visibles, leur conscient n’est pas encore aussi affûté que celui des adultes. Et cela n’a pas échappé à Jésus, qui juste après avoir dénoncé la répudiation des femmes, accueille préférentiellement les enfants dans le royaume des cieux. Encore une fois, pour Jésus,  ils « voient » l’esprit et ils sont donc, avec ceux qui leur ressemblent dans leur comportement, témoin et acteur de la structure de dominance ou royaume de dieux (Jésus et al. 30)

Marc 10.
14 Jésus, voyant cela, fut indigné, et leur dit: Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.
15 Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point.

Mais…Attendez une seconde…De quoi avons parlé dans ce blog sans pratiquement jamais le nommer dans le corps du texte ? Incluons la chanson Débranche (France Gall et al. 1984)  dans la réflexion. Apparemment pour le sentir, il faut que les choses et les bêtises nous foutent la paix. Ainsi, les voitures dorment comme des bébés et la télé ne répond plus. Un léger filet d’âme plane à la surface des vibrations. Apparemment c’est quelque chose « qu’on aime » et cela passe par le regard (« ce que tes yeux veulent me dire »). Mais il est absolument impératif de tout débrancher, cela est répété plusieurs fois. C’est-à-dire, que quelque chose doit céder la place. Le conscient doit laisser l’inconscient prendre la direction des opérations et nous montrer la voie. Il faut « revenir à nous ». Il y a le sens premier, bien sûr, de se concentrer sur ce qui nous unit mais il y a aussi le fait de revenir d’un évanouissement, d’un égarement provoqué par toutes les idéologies merdiques qui nous ont mené dans une impasse par la méconnaissance crasse de l’homme. Mais France Gall parle de la surface émergée et sexuée de ce qui nous préoccupe. Je crois que l’un de mes films préférés en fait une très belle analyse (Richard Curtis et al, 2003) en généralisant le concept.

Source : introduction du film love actually :
Toutes les fois où je déprime en voyant ce qui se passe dans le monde, je pense à la zone d’arrivée des passagers de l’aéroport de Londres ; de l’avis général nous vivons dans un monde de haine et de cupidité. Je ne suis pas d’accord. J’ai plutôt le sentiment que l’amour est présent partout ; il n’y a pas toujours de quoi en faire un roman mais il est bien là : père et fils, mère et filles, mari et femme, copains, copines, vieux amis…Quand les deux avions ont frappé les tours Jumelles, à ma connaissance aucun des appels téléphoniques de ces gens qui allaient mourir ne contenaient de message de haine ou de vengeance. C’étaient tous des messages d’amour. Si vous cherchez bien, j’ai la désagréable impression que vous constaterez qu’en définitive, nous sommes cernés par l’amour.

Source: What a wonderful world, Joey Ramone
The colors of the rainbow are so pretty in the skies
Are also on the faces of people walking by
I see friends shaking hands saying
How do you do?
They’re really saying
I love you

Alors oui, je crois que c’est clair. J’ai inconsciemment rationalisé le concept d’amour dans tous mes articles. Enfin, comment ne pas voir une relation entre un signal honnête de dominance qui rend heureux et le concept d’amour. Les femmes ne nous choisissent pas au hasard,  elles voient l’amour que nous portons. C’est-à-dire la preuve que ce que nous sommes et faisons nous rend heureux et donc adapté à notre environnement. Elles vont mettre le grappin préférentiellement sur les dominants de la structure de dominance car il les rendra heureuses ainsi que leurs enfants. Ne comprenez-vous pas pourquoi il en est ainsi ? Nous voulons que nos enfants soient heureux parce qu’éthologiquement cela veut dire qu’ils auront l’avantage d’être dominant très tôt dans la structure de dominance, ce qui sera bénéfique pour les gênes égoïstes qu’ils contiennent. Enfin, vous pensiez vraiment que Dame Nature aller nous laisser batifoler comme ça librement ? Dame Nature n’est pas stupide, elle a ses raisons que seul le cœur et la raison peuvent comprendre. L’altruisme, c’est-à-dire aider ou aimer son prochain, est le comportement de dominance de la structure de dominance. Nous reviendrons plus en détail sur ce point mais comment ne pas voir que Jésus était dès lors un hyperdominant ? Même Richard Dawkins me donne raison :

Source : Le gène égoïste (Richard Dawkins), préface 2005.
EN: I should also give some space to Amotz Zahavi’s idea that altruistic donation might be a « potlatch » style of dominance signal: See how superior to you I can afford to make a donation to you
FR: Je donnerais aussi du crédit à l’idée de Zahavi qui affirme que la donation altruiste pourrait être un signal de dominance du genre « potlatch »: Regarde comme je suis supérieur à toi, je peux me permettre de te faire une donation.

Jésus était hyper altruiste, il n’est pas absurde de penser qu’il était hyperdominant et que tout l’amour qu’il a enseigné soit le comportement de dominance le plus spécifique de l’espèce humaine. Ce comportement, conscient, est celui qui imite le mieux le signal honnête de bonheur qui, lui, est inconscient. Imite-il-donc l’Esprit ? Et puisqu’il était dominant et qu’il avait visiblement des troubles de l’humeur, nous aboutissons toujours à la même conclusion : L’humeur et la dominance sont une seule et même chose. Ma théorie est têtue et entêtante. Elle est aussi optimiste car apparemment elle profite aussi bien au dominé qu’au dominant.

Source : Spinoza avait raison : le cerveau des émotions d’Antonio Damasio, 2003
Chaque fois que nous faisons du bien à un autre être, nous nous sentons mieux parce que notre physiologie s’en trouve renforcée.

Alors quoi, youpi, tournée de coca (j’ai normalement le droit qu’à ça) pour tout le monde ? Pas vraiment, je pense que les gens ont une vision très positive de l’amour. S’ils savaient que ce qu’ils nomment amour est en fait le système de sélection naturelle le plus sophistiqué que Dame Nature ait jamais inventé, alors peut être en aurait-il une opinion un peu plus nuancée. Dame Nature « veut » par exemple que les dépressifs se suicident et que les femmes ne s’en approchent pas, ils consomment des ressources et ne sont pas adaptés. Elle « veut » que les maniaques créent du comportement au risque de se fracasser sur les récifs de l’environnement. Le jeu de la sélection naturelle est tout aussi cruel et ce n’est pas parce qu’il a pris une tournure psychologique chez les humains qu’il est moins brutale. Je dirais même qu’il est beaucoup plus violent pour un animal à qui on a donné la conscience. Vous avez compris que les bipolaires de type I parcourent tout le spectre de la structure de dominance. Un jour on vous donne le monde, le lendemain il vous rejette. L’amour n’est pas un lit de rose. Mais nous y aspirons tous comme le bonheur. Si on demandait à un animal social son but dans la vie et s’il pouvait répondre, il dirait : «  je veux être au sommet de la hiérarchie de dominance, qu’importe les combats, les risques et les blessures. ». La cruauté est inséparable de l’amour. Et ceux qui veulent le beurre et l’argent du beurre veulent tout bonnement faire disparaître ce à quoi nous aspirons tous. C’est la vie.

Source : Henri Laborit, Eloge de la fuite
Avec ce mot (l’amour, ndlr) on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété.

Kylie Minogue / confide in me
We all get hurt by love
And we all have our cross to bear
But in the name of understanding now
Our problems should be shared

Evanescence / Lacrymosa
Now that you’re gone,
I feel like myself again.
Grieving the things I can’t repair and willing…
To let you blame it on me,
And set your guilt free.
I don’t want to hold you back now love.
I can’t change who I am.
Not this time. I won’t lie to keep you near me.
And in this short life, there’s no time to waste on giving up.
My love wasn’t enough.

Kyo / Je cours
je voudrais m’arrêter
je peux plus respirer dans ce monde parmi vous
il faudra que je cours
tous les jours
faudra-t’il que je cours
jusqu’au bout
pour connaître le monde et l’amour
il faudra que je cours
tous les jours
faites-moi de la place juste un peu de place pour ne pas qu’on m’efface

Roxette / Joyride
Cause it all begins again when it ends
And we’re all magic friends
She says: Hello, you fool, I love you
Come on join the joyride
Join the joyride
Be a joyrider

France Gall / Débranche
Nos voitures dorment en bas comme des bébés
Et la Soul Music traîne sur la bande FM
Il n´reste que du brouillard sur les chaînes de télé
Y a quelque chose entre nous
Quelque chose qu´on aime
Et si tu veux me dire
Ce que tes yeux veulent me dire
Je t´en prie n´attends pas la fin de la nuit
Débranche, débranche
Coupe la lumière et coupe le son
Débranche, débranche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons à nous
Débranche tout
Le monde tient à un fil
Moi je tiens à mon rêve
Rester maître du temps et des ordinateurs
Retrouvons-nous d´un coup au temps d´Adam et Eve
Coupe les machines à rêves
Ecoute parler mon cœur
Si tu veux m´entendre dire
ce que mes yeux veulent te dire
Je t´en prie n´attends pas la fin de la nuit
Débranche, débranche
Coupe la lumière et coupe le son
Débranche, débranche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons à nous
Débranche tout
Débranche, débranche, débranche tout!