2.4.5 Mélodie Secrète

Oui. Une forme de dominance qui ne passe ni par la peur, ni par l’intimidation, ni par la menace, ni par la violence physique ou psychologique. Une forme de dominance où le subordonné affirme de lui-même sa sujétion car il y va de son intérêt affectif. L’affect positif ou négatif est le seul canal par lequel nous pourrions détecter qu’un effet de cette forme de dominance est à l’œuvre dans une relation. Il faut très bien se connaître pour le sentir. Il faut être capable de ressentir des faibles fluctuations de dominance. Le bipolaire maniaque, non averti par une psychoéducation, est dans la majorité des cas incapables de se rendre compte d’une fluctuation importante de son humeur. La difficulté semble donc insurmontable. L’humeur est une gangue résistante à toute introspection réflexive d’autant plus que son augmentation nous porte naturellement et puissamment vers l’extérieur (projets, envies, interactions sociales…).

Il est donc difficile de se rendre compte, sur le moment, qu’une personne en face de nous est dominante, subordonnée ou neutre. En s’exerçant à y réfléchir après coup, on peut cependant réaliser qu’une rencontre nous a fait plaisir, nous a laissé indifférent ou nous a déplu. Je m’exerce à départager les gens en 3 catégories. La première catégorie est indifférente, la seconde est plaisante et la troisième déplaisante. Le jugement s’abstrait du langage, des opinions, du physique et des actes. Je ne retiens que le ressenti d’une sorte de goût des autres. Il y’a des relations neutres, sans dominance et des relations de dominance. Pour cette dernière, difficile de dire qui est le dominant et le subordonné. La réponse est très intime. La dominance fait partie de l’intimité du soi et nous peinons à évaluer ces variations tant elle fait partie intégrante du soi. Une question majeure que je me pose est le delta de dominance à partir duquel le cerveau limbique décide que la relation dominant/dominé est établie. Les lois de la structure de dominance restent à écrire.

Une autre question intéressante est de savoir si la dominance telle que je l’entends est le système régulateur des sociétés humaines. Je me garderais bien de verser dans cette naïveté car la dominance subconsciente et affective cohabite avec la conscience rationnelle dont fait partie la représentation sociale du soi. La conscience est habile (du moins le croit-elle) à se représenter, à moduler voire à corriger les relations de la structure de dominance. N’oublions pas non plus que les actes conscients, conditionnés par la structure sociale, sont censés être converti en bonheur /dominance. La dominance inconsciente est acquise par des actes conscients. Conscience et dominance sont les deux forces qui organisent la société humaine. Elles peuvent s’opposer comme elles peuvent agir de conserve. Le premier cas est parfaitement illustré par la chanson « j’aurais voulu être un artiste ». La structure de dominance est une hiérarchie alternative à l’organisation sociale. La dominance peut être considérée comme une information supplémentaire mise en jeu dans les rapports sociaux et sexués.

Source : J’aurais voulu être un artiste, starmania
Je suis pas heureux mais j’en ai l’air
J’ai perdu le sens de l’humour
Et puis j’ai le sens des affaires
J’ai réussi et j’en suis fier
Au fond je n’ai qu’un seul regret
J’sais pas ce que j’aurais voulu faire

La dominance agit sans bruit mais constamment sur la destinée de la reproduction humaine donc sur son évolution. La supériorité de la dominance sur la conscience, c’est la constance du signal honnête de bonheur. Un acte conscient de domination (c’est-à-dire un acte compris comme une action consciente dans une hiérarchie locale de dominance) est ponctuel et il frappe les regards, le signal honnête est continu et son effet « invisible » est extrêmement difficile à reconnaitre même si son influence est considérable. Seul un hyperdominant de la trempe de Jésus a pu le détecter car les effets deviennent alors visibles mais seulement du Christ lui-même et c’est bien le nœud de la tension incroyable des évangiles. Les apôtres ne se sont pas aperçus que leurs comportements se sont comme courbés devant la force d’attraction du Christ. Jésus a donné un contenu religieux à ce phénomène. Il a lié la NDE au verset du vent. C’est son droit et il a peut-être raison. Pour moi le verset du vent rend compte d’un phénomène naturel. La NDE ? Difficile à dire mais dans 10 000 ans peut être que l’on aura une explication quand les secrets des tréfonds du cerveau auront été éventés. D’ici là qu’on me permette cette espérance : dans 10 000, nous serons sans doute scientifico-religieux. Je pense que l’expérience religieuse rend compte d’un phénomène éthologique subconscient, la dominance humaine.

Les gens font à peine le lien entre charisme et dominance car la dominance dans leurs esprits est une sujétion violente, consciente en un mot une domination. Je crois que le charisme est le mot qui s’approche le plus de la dominance que j’ai définie dans ce blog. Peut-être pourrais-je employer les deux indifféremment mais je maintiens la dominance car elle est le véritable phénomène éthologique sous tendant le charisme. Je veux nuancer à ce stade. Les gens ont consciences de leur charisme, ils savent qu’ils peuvent influencer les foules. Ils mettent cela sur le compte de leurs actes conscients. Ils plaisent surement aux femmes. Ils mettent cela sur le compte de leurs habiletés langagières, de leurs capacités à séduire. Etablissons un parallèle entre la beauté et la dominance. Si je parle à une blonde voluptueuse, elle pourra me raconter n’importe quelle bêtise, je ferais tout pour qu’elle atterrisse dans mon lit. La beauté agit ici comme la dominance comme phénomène premier. Le mâle dominant pourra raconter n’importe quelle bêtise, il plaira à n’importe quelle femme. Et je parie que les femmes sont comme nous avec une blonde, elles auront une forte envie de s’envoyer en l’air, qu’importe l’éventuelle insipidité du blah blah du quidam dominant, elles pourront le trouver vaguement con, car on peut être dominant et con. La dominance n’est pas gage de vérité et tous les charismes du monde nous ont mené droit dans beaucoup de murs. La dominance a sous tendu des vouloirs alors amplifiés par l’estime de soi. Le vouloir a donné des postures politiques, et les foules ont été entrainées, toujours vers la guerre semble-t-il.

Le vouloir conscient de puissance de Nietzche est erroné, comment peut-on vouloir la puissance alors que nous n’avons aucune prise directe sur son niveau ? Sauf à faire du vouloir une énième construction abstraite ou métaphysique indépendante de la conscience, je déclare ici mon indépendance vis-à-vis de l’un de mes mentors. Je préfère la dominance à la puissance car la première ne peut pas se décider par simple décision ou vouloir de l’acteur d’une part, et, d’autre part, la dominance est un phénomène naturel et non philosophique. Toute volonté consciente de dominance aboutirait à une impasse évolutive car chacun pourrait accéder à la reproduction. Seule la domination est sous la dépendance de la conscience. Elle est acte de dominer alors que la dominance se définit comme un état de dominer. Comment l’acte se transforme en état ? Nous essaierons de répondre à cette question.

L’étude de la violence et de l’agressivité dans le règne animal nous a menés à une confusion. En plaquant l’animal sur l’humain, on en a déduit que l’homme était essentiellement violent. Je ne suis pas d’accord. Certes la violence peut apporter de la dominance mais elle n’est qu’un moyen parmi d’autre pour parvenir au bonheur, au bonheur amoral, animal, à la récompense. La structure de dominance continue d’exister sans violence. L’heureuse disparition de la violence ne signifie pas la fin de son existence. Tant que l’Homme trouvera matière à excitation, la structure de dominance perdurera. L’homme fait bonheur de toute chose, c’est là le secret qu’à entrevu Darwin constatant la déraisonnable capacité de l’humanité à chercher le bonheur par tous moyens et pas seulement par la violence.

Il semble que Dame Nature ait besoin de relation de dominance peut-être parce qu’elle crée de la collaboration. Le casse-tête qu’elle a tenté de solutionner est l’établissement de cette relation de dominance. La violence est sans doute le premier moyen qu’elle a mis en œuvre pour arriver à cette fin. Il n’est pas le seul. La ritualisation, au sens de Konrad Lorenz, est une forme d’affirmation du dominant recourant à un ballet comportemental très codifié visant à intimider l’adversaire sans engager effectivement le combat. C’est déjà un progrès car les blessures sont évitées mais là encore la relation n’est pas stable, l’intimidation appelant t la revanche, le match retour. Il y’avait donc place pour une… évolution.

Avec l’homme, Dame Nature a inventé le moyen d’établir des relations de dominance stable sans coup férir ni menace physique. L’homme représente ce qu’il y’a de mieux dans l’ingénierie de la relations relation sociale dans le règne animal. Pas de menace, pas de coup. Celui qui est heureux se reproduit et les ressources vont naturellement à lui comme nous le montre la secte de Robert le Dinh. Pas de revanche, le subordonné n’y pense même pas. L’ « obéissance » du subordonné au dominant est extrêmement subtile, à peine perceptible lorsque les différentiels de rang ou les niveaux sont peu important. Le dominé peut désobéir par un processus conscient mais dans ce cas il a peut-être à y perdre sur le plan affectif, les rebelles peuvent ne pas être des gens heureux, c’est la raison de leurs violences. Il faut raisonner statistiquement : plus la dominance est élevée plus les subordonnés chercheront à agir dans l’intérêt du dominant. Dame nature connait la statistique, pour elle il suffit qu’en moyenne les individus heureux se reproduisent plus que les autres pour qu’à long terme l’évolution réalise son œuvre.

Les apôtres ont agi dans l’intérêt de Jésus. Leurs intérêts personnels se sont effacés devant les desseins du Christ. Il ne s’agit de juger le dessein en lui-même, il s’agit de constater qu’un groupe d’homme a été subjugué et a suivi aveuglement un personnage particulier : le Christ. Tous ont eu un intérêt affectif à jouer le jeu de la structure de dominance car cette dernière se transmet à partir d’une source vive canalisée dans une sorte de « soumission » qui prend la forme de la foi et de la croyance dans la personne du Christ. A chaque fois, Jésus demande une sorte d’allégeance en exhortant les gens à croire en lui. La soumission consciente vient ainsi renforcer la soumission inconsciente provoquée par le signal honnête de dominance. C’est peut-être à cette condition que la dominance est transmise de manière optimale, lorsqu’elle ne forme plus qu’une avec la conscience.

Ce signal honnête justement, comment agit-il ? Il donne une coloration affective positive à tout ce que vous faites aux yeux des autres. Nous connaissons chacun cette expérience où un individu peut faire des plaisanteries que nous n’oserions pas dire et remporter le franc succès de l’assemblée. Nous pensons alors que si nous nous permettions cela, nous serions voués aux gémonies. L’inhibition s’ajoute à notre faible signal de dominance. Mais il ne s’agit pas d’une addition, il s’agit de la même chose. En effet, l’inhibition sanctionne notre mésestime de soi. Et au fond qu’est-ce que l’estime de soi sinon le niveau de coloration affective que nous projetons sur nous-même ? Le signal est à la fois interne et externe. Le signal externe est ce que l’éthologie appelle signal honnête. Le signal interne donne le niveau d’estime de soi. Nous sommes des êtres massivement affectifs, la couche rationnelle s’est bâti sur la couche affective. Ne l’oublions jamais dans nos raisonnements ou nous risquons toujours de bifurquer de manière arbitraire donc affective. L’affectif englobe la rationalité mais il n’est pas restreint par cette dernière. L’affectif est créateur et quand je sens mon cerveau partir en tachypsychie, je sais bien que je ne suis plus piloté par la rationalité mais par une affectivité exacerbée et créatrice.

Queens / I want it all
Listen all you people, come gather round
I gotta get me a game plan, gotta shake you to the ground
Just give me what I know is mine,
People do you hear me, just give me the sign,
It ain’t much I’m asking, if you want the truth
Here’s to the future for the dreams of youth,
I want it all, I want it all, I want it all, and I want it now,
I want it all, I want it all, I want it all, and I want it now.