2.4.7 Intuition

Source : Louis, Prodromes…
Ô mon âme ! sans erre et nue  au milieu de l’océan,
Ne peux-tu pas voir l’eau qui monte ?
Ne sens-tu pas se renverser les courants ?
les sirènes tentent de charmer les vents,
et leurs chant enivrant t’attirent vers le firmament
Il te faut la plage d’une île où la mer s’échoue,
Elle pourrait te fournir un repère,
une bouée solidement amarrée sous la marée,
Un sémaphore qui signale le bon port,
Abandonner sonne comme une impossible velléité,
Seul, tu veux faire face aux virages de ta volonté,
Seul, tu veux éviter les mirages et leurs écueils,
Seul, tu veux défier les vendeurs de linceuls,
Ô mon âme ! Revient à la surface des choses,
Cramponnes toi au raz de l’onde,
Ne te voues pas aux profondeurs,
Tu risquerais d’y perdre ton souffle !
Remontes vers les eaux douces,
Cherches la compagnie des naïades
L’eau vive où elles vivent,
Te sauvera de la noyade.

Au fil de l’âme, on rencontre l’intuition. Etymologiquement, le mot vient du latin. Regard vers l’intérieur. L’inscription au seuil du temple de Delphes, « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux », est une invitation Socratique à ce regard intérieur et une objurgation psycho-éducative pour tous les bipolaires. Il est temps de tirer les premières conclusions de « in vivo » autour de ce mot mystérieux. De mon point de vue, l’intuition est le trait d’union entre le conscient et l’inconscient. Pour clarifier mon discours, Il me faut préciser ce que j’appelle inconscient car je ne suis pas Freudien. L’inconscient est une idée banale à partir du moment où notre science sait que nous sommes régis par l’interaction de milliards de neurones. Dès lors, Il n’apparait pas étonnant que le fonctionnement d’un milliard de neurone par ci par là échappe au radar de la conscience. Par exemple, toutes les régulations homéostatiques qui maintiennent notre corps en état de fonctionnement échappent totalement à notre conscience. Elles sont automatiques et ne nécessitent donc pas l’intervention de la réflexion. Si nous allons plus loin, nous pourrions nous demander si l’inconscient pense. Mais nous tombons alors dans une pétition de principe : L’acte de penser nécessite la conscience.

Lorsque nous pensons ou réfléchissons, nous le faisons dans une sorte d’espace de travail qui nous donne l’impression d’une certaine liberté. Mais, même dans ce cas précis, l’inconscient est présent. Il prépare les pensées à partir de notre histoire. Damasio a découvert que nos pensées naissent puis suivent un chemin balisé par nos expériences passées encodées dans des émotions. La pensée et les émotions seraient donc indissolublement liées. On nous a dressé à penser rationnellement en ordonnant des marqueurs émotionnels. La source même de la pensée discursive que nous croyons libre et innocente est gouvernée par l’inconscient. Si je me permets cette spéculation, lorsque nous tombons dans la tachypsychie, nous voyons peut-être l’intense activité du subconscient. Normalement, toutes ces pensées n’arrivent pas au seuil de la conscience mais la désinhibition maniaque les présentent toutes et la conscience, limitée, pour l’instant, dans sa capacité de traitement, s’en trouve submergée. Je ne serais pas étonné que les associations d’idée en tant que mode de fonctionnement du subconscient sous-tendent le principe de causalité. L’inconscient assure aussi une mission de colle entre les concepts. Nous pouvons les lier de manière confiante car l’estime de soi normale supporte les processus discursifs.

La pensée consciente, hypothético-déductive ou discursive est donc soutenue par l’inconscient. Elle ne vient pas au hasard car pour penser il faut être stimulé et cette cognition particulière est aussi infra-consciente. N’oublions pas non plus que la dominance donne une couleur particulière à nos réflexions. Et nous avons montré que la dominance est un phénomène inconscient de régulation. L’inconscient est donc partout, il est le vent discret qui fait vaciller la flamme de la conscience. L’homme est un animal soumis à de multiple vent disait Nietzsche. Le vent est bien transparent et invisible pour les yeux. Nous le sentons cependant.

Nous le sentons d’autant plus avec l’intuition. J’ai une définition très large de l’intuition. Elle est tout ce qui vient à l’esprit de manière directe et non discursive. Vous avez tous remarqué l’inflation des radars au bord des routes. Ils ont le mérite de révéler ce que je nomme intuition. Lorsque j’approche d’une zone où un radar est présent, mon cerveau me dit « gaffe, ralenti ». Ce signal n’est malheureusement pas fiable, il suffit d’une distraction et votre permis ressemble à une peau de chagrin. L’intuition a analysé l’environnement dans ses souvenirs inconscients et a porté à ma connaissance une information nécessaire à la survie routière. Il n’y pas eu pensée mais tout du moins traitement de l’information. L’inconscient ne pense pas, il traite de l’information. Même si penser est un mode de traitement de l’information, ce dernier a besoin de la conscience pour devenir pensée. La pensée est bien aussi acte de dominance et Nietzsche l’a très bien vu :

Source : Nietzsche
« La volonté de trouver le vrai : tel est le nom que vous donnez, ô sages insignes, à la force qui vous meut et vous met en rut. La volonté de rendre concevable tout ce qui est : c’est le nom que je donne à votre volonté. Vous voulez d’abord rendre concevable tout ce qui est ; car vous doutez à juste titre que ce soit concevable a priori. Mais il faut que tout se soumette et se ploie à votre gré. C’est ce qu’exige votre vouloir ; que tout s’assouplisse et se soumette à l’esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet. C’est là tout ce que vous voulez, sages insignes, et c’est un désir de puissance, même quand vous avez à la bouche les mots de bien et de mal et de jugements de valeur. Vous voulez d’abord créer un monde tel que vous puissiez l’adorer à genoux ; c’est votre dernier espoir, votre suprême ivresse. »

L’inconscient n’est pas un sapin de noël freudien, s’il existe il est soumis à la loi implacable de l’évolution. Il a pour fonction de traiter, manipuler, fusionner, ordonner de l’information dont la matière première est le souvenir qui est stocké je ne sais où à l’heure où je vous parle. Il influence la pensée consciente quand il le peut (je ne vais pas affirmer qu’un raisonnement mathématique est influencé pas l’inconscient) et peut même directement frapper la conscience par le biais de l’intuition. Nous avons donc deux modes, deux processus différents : la pensée discursive et l’intuition. La première est aussi soumise à la loi de l’évolution. Selon l’idée géniale de Dawkins, la pensée est un module de simulation de l’environnement destiné à peser (étymologie quand tu nous tiens !) le pour ou le contre d’une option de survie. Ce logiciel de simulation a finalement inclus le soi dans le décor et la conscience, soit le soi, a peut-être sa source dans cette idée aussi simple que féconde.

A chaque mode de conscience, sa vérité et son sens. Pour la pensée discursive, la vérité est un dualisme. Elle nécessite un objet et une représentation correcte de cet objet. La science en est un parfait exemple. Le sens discursif nous permet d’échafauder des projets pour arriver à un certains résultat. Il y’a autant de résultat que de processus de pensée. Une téléologie complexe vient compléter le dualisme. En revanche, en ce qui concerne, l’intuition la vérité et le sens sont un sentiment comme j’ai pu le décrire tout au long de ce blog. Mais c’est bien cette vérité et ce sens soutenues par l’estime de soi qui font que nous pouvons vivre. C’est un monisme, définitivement et une téléologie simple : la conservation du soi.

La vision réelle de Jésus a mis au jour le Royaume de cieux (Jésus et al, 30) auquel j’ai rendu justice dans ce blog en le nommant structure de dominance. Son mème s’est répandu comme une trainée de poudre car elle a rencontré l’intuition de tout un chacun. Nous sentons l’amour, oui, car nous l’avons nommé. Nous sentons le charisme, oui, car nous l’avons nommé. La religion chrétienne est une intuition du système d’évolution de l’espèce humaine. Il n’y pas une sélection naturelle, il y’a des sélections naturelles. Chaque espèce animale possède son propre système de sélection (Territoire, Groupe social…) et chaque accouplement est un modèle, une sorte de représentation de l’adaptation de l’espèce à son environnement. La violence intra-spécifique des mâles simule la satiété, la vigueur, la force, l’estime de soi nécessaire à une survie dans un environnement hostile. Au lieu de s’extasier devant l’homme, ne faudrait-il pas s’interroger sur l’originalité de son système de sélection ? Somme nous justes des chimpanzés qui assurons notre dominance via la violence intra-spécifique ? La réponse est non, bien sûr car le système de sélection est lui-même aussi soumis à l’évolution. Les systèmes de sélection naturelle doivent s’améliorer avec le temps et sont soumis aux aléas de l’évolution de l’espèce. Par exemple, je veux parler de l’extraordinaire phénomène d’auto domestication de l’homo sapiens qui a eu des répercussions phylogénétiques connus (Disparation des périodes d’accouplement, comportements….) ou encore de la maîtrise de la fécondité.

Je l’avais déjà affirmé, il y’a eu la violence puis la ritualisation (Konrad Lorenz). L’homme est le seul animal où les relations de dominance sont inconscientes et bénéfiques aussi bien au dominé qu’au dominant. Il y’a un signal variable et honnête de dominance. Il n’est pas reconnu par la science (et par le conscient) car il est très subtil. L’évolution pourrait même avoir un petit avantage technologique sur l’espèce humaine et je suis prêt à toutes les éventualités le concernant. Il va beaucoup plus loin qu’un simple langage non verbal.

La religion ? Intuition du système de sélection humain. Nous sommes reliés plus que par nos paroles et nos actes (signal honnête)
Royaume des cieux ? Vécu du Christ et intuition de la structure de dominance pour chacun de nous.
Aura, auréole ? Intuition du signal honnête de dominance inconscient :

Amour ? Intuition de la dominance. Nous sommes programmés pour aimer l’amour, n’est-ce pas ?
Charisme ? Intuition de la présence d’un dominant.

Le but de ce blog a bien été de penser discursivement des intuitions. Nous avons montré avec une certaine audace que le comportement ultime de dominance de la structure de dominance est le souci des autres et la bienveillance. Pour être généreux, il faut des ressources. Les premiers humains dominants avec l’intelligence ont pu se procurer plus de ressource que nécessaire à leur survie et ont donc inventé le partage donc l’altruisme. Ils ont pu soucier des autres sans menacer leurs survies ce qui a renforcé leurs statuts. Puis vint Jésus, l’hyperdominant qui nous a montré la voie. De manière spéculative, on pourrait considérer que le niveau de dominance (d’excitation, de bonheur) augmente de générations en générations. Les processus nécessaires à sa maîtrise sont en cours d’élaboration (voir révolution). Ce qui signifie que Jésus appartient à une évolution de l’espèce, l’homo sapiens sapiens amor. Il a juste des dizaines de milliers d’avance sur nous ! Et si le Bouddhisme et le Christianisme parlait de nous et de notre futur ? On parle bien sûr de dizaine de milliers d’années ! Cette destinée serait-elle dans les gènes de l’évolution ? J’entendais encore parler Mathieu Ricard nous exhortant à faire du bien à notre prochain pour notre propre bien. Oui mais tout le monde ne peut pas le faire, seul le dominant de la structure de dominance est effectif dans l’accomplissement de cette tâche !

J’ai bien peur que la théorie de la dominance soit un fondamentalisme humaniste. Quelle misère pour un amoraliste. Lol !

Tina Arena / Aller plus haut
Il faut aussi dire ses doutes
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Et dessiner des souvenirs
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Et croire encore à l’avenir
Pour aller plus haut, aller plus haut
Et dessiner des souvenirs
Aller plus haut, aller plus haut
Et croire encore à l’avenir
Aller plus haut, aller plus haut
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