2.5 Condensé

Que de riches chemins parcourus !
Echevelés se révèle mon inconscient,
N’est pas chiche, cette corne d’abondance,
Dansent mes pensées denses,
Dans ce crâne si ténu,
Qu’il rend vain toute défense.
La ligne d’horizon reste droite
mais lutte en dessous des nuages hirsutes,
Et au-dessus d’une onde tumultueuse.
Le survivant doit maintenant revenir au soleil levant,
Là où la pensée virevolte sans entrave,
se consume dans les confins de la brume brûlante
Et subsume le cosmos de la fin d’Icare.

Il est temps de faire le point, de revenir, pour conclure « in vivo », à la théorie. La praxis fut féconde et a rejailli sur les grandes lignes de force de mes idées. Je ressens maintenant le besoin de faire un arrêt sur image théorique. Il me faut préciser les termes ou les reformuler de manière aussi concise et compréhensible que possible. La théorie de la dominance est une vision radicalement nouvelle du monde, elle s’en nourrit. Si vous avez lu tous mes articles, j’espère que vous regardez le monde des autres avec un autre prisme. Le fondement de la théorie est mon expérience vécu en tant que bipolaire. Son axiome de base est que la relation aux autres dépend de ce que les psychiatres appellent les fluctuations d’humeur et que, moi, j’appelle les fluctuations de dominance. La dominance est bien le phénomène sous-jacent qui est à l’action dans le trouble bipolaire. Elle a pris progressivement, au fil des articles, une coloration positive à laquelle vous ne vous attendiez surement pas. Cependant que vous la trouviez moralement positive ou négative, elle existe et existera malgré les idéologies car c’est ainsi que nous sommes fait.

Comment vous convaincre encore une fois de la relation entre dominance et bipolarité en peu de mot ? Essayons d’y voir clair.

Source : Wikipedia, dominance hierarchy
Dominance hierarchy arises when members of a social group interact, often aggressively, to create a ranking system. In social living groups, members are likely to compete for access to limited resources and mating opportunities.
Une hiérarchie de dominance est établie lorsque des membres d’un groupe social interagissent souvent agressivement pour créer un système hiérarchique. Dans les groupes sociaux, les membres seront probablement enclins à entrer en compétition pour accéder à des ressources limitées et à des opportunités de reproduction.

Ayant lu la caractéristique d’une hiérarchie de dominance, intéressons-nous maintenant à deux symptômes phare de la bipolarité. L’hypersexualité et la folie dépensière sont bien deux symptômes qui viennent à l’esprit lorsque l’on évoque la manie. Maintenant rapprochons hypersexualité de « opportunité de reproduction » et folie dépensière de « accès à des ressources limités. ». Ces deux rapprochements montrent que l’on passe de la hiérarchie de dominance au trouble bipolaire par simple association d’idée : Excès de sexe et excès d’accumulation de ressource, voici le bipolaire dominant. Lorsque Yann Layma achète des milliers de livres chinois anciens ou lorsque Jean Albou, achète des œuvres d’art au mépris de ses capacités financières, ils accumulent des ressources gratifiantes et physiques. Comment ne pas voir alors la relation entre Bipolarité et dominance ?

J’entends par dominance état de dominer. Cet état est un état régulé comme les phénomènes homéostatiques qui visent à réguler les variables du corps. Comme tout phénomène homéostatique, son mode d’action se situe dans l’inconscient. Cependant il influe visiblement mais subtilement sur nos comportements et même nos pensées qui changent du tout au tout de la dépression à l’accès maniaque. Pour tout un chacun, il est invisible car, encore une fois, la dominance (hypomanie, hyperthymie), la surdominance (état maniaque) et l’hyperdominance (manie adaptée) sont respectivement rare, très rare (1% de bipolaire de type I) et extraordinaire (Jésus, Bouddha…). Les gens normaux naviguent dans les eaux de la normodominance (euthymie), mais, même à ce niveau l’influence statistique de la dominance doit se faire sentir dans les comportements.

La dominance est un phénomène humain universel. Il a une influence statistique. Si je suis plus dominant que toi, tu auras plus de chance d’avoir un comportement conforme à mes intérêts et tu recevras en sus une gratification inconsciente. Attention, nos comportements, et c’est le propre de l’être humain, sont aussi influencés par les intérêts conscients. Je ne vais pas réduire la complexité du comportement humain à la dominance. Il est un facteur parmi d’autres dans nos décisions. Mais si un être hyperdominant est dans le jeu, alors l’influence de la dominance passerait de moins organique à plus mécanique. C’est-à-dire de moins diffuse à plus causale.

La dominance influe sur trois variables essentielles. Tout d’abord Il y’a l’humeur qui fait que nous nous sentons heureux, très heureux ou pathologiquement heureux. Ensuite il y’a l’estime de soi qui rend les choses que nous faisons et croyons sures, très sures ou pathologiquement sures. Enfin il y’a le signal honnête de dominance qui donne un a priori favorable à chaque chose que nous faisons vis-à-vis du reste de la communauté. L’humeur et l’estime de soi sont des phénomènes profonds et neurologiques. Les gens normaux ne connaissent que très peu leur propre humeur et estime de soi. La dominance variant peu chez eux et, ne pouvant pas être comparé comme des bagnoles, ils n’ont pas une idée consciente de leur dominance par rapport à celle des autres. Mais leur inconscient le sait grâce au signal honnête de dominance. Celui-ci est également variable et fonction du système régulateur de dominance. Incroyable n’est-ce pas ? Il y’a quelque chose d’indépendant au plus profond de nous-même qui décide à quel rang de la structure de dominance nous appartenons. Ce quelque chose est un système d’information qui connait tout de nous : notre état interne (le proto soi de Damasio), le résultat de nos actions et le degré de reconnaissance de la communauté. Pas étonnant, donc, qu’il y ait dans notre cerveau un paquet de neurone qui soit bien au courant de qui nous sommes et qui nous juge avec ses propres critères, les critères de la machine évolutive humaine sélectionnée depuis des milliers d’année et qui nous a fait ce que nous sommes. Il y a peut-être un jugement dernier, il y’a surement un jugement en temps réel !

Source: The Dead Kennedys, the man with the dogs
I’ll haunt you
And follow you to work
That ghost is back again
Creep into you
I won’t go away
You’re taking yourself too seriously
I smile as you frown
And turn to walk away
Your habits for all to see
I see a shrew
I see you
And the rodent things you do
You see you I see you
And you’re pretty self-conscious too
And I’m gonna crack your mask
Yeah and I’m gonna laugh
Open wide

J’ai appelé structure de dominance la véritable hiérarchie animale de dominance humaine basée sur le signal honnête. J’oppose dominance à domination. Dominance est état de dominer et domination est action de dominer. Partout où se porte votre regard vous observez des hiérarchies de domination. Toute activité humaine est domination, soit un gain gratifiant obtenu vis-à-vis de l’environnement. Penser, voyager, travailler, faire sont des actes de dominations qui peuvent ou non donner lieu à la naissance d’une structure hiérarchique. La technostructure économique est un exemple parfait d’une structure de domination où l’on obéit à la fois à une personne et à une structure. La structure de dominance et la structure domination ont une action conjuguée sur la destinée des hommes, elles agissent de conserve (et non forcément de concert). Ce que je nomme structure de domination est appelée structure de dominance chez Henri Laborit qui a écrit, avec, certes, quelques relents de freudo-marxisme ( Chapitre « le travail » : « Le génie de Marx a été d’attirer l’attention… »), des choses intéressantes dans son livre « éloge de la fuite » que je recommande en contre point de ce blog. Nous sommes tous soumis à ce modèle de domination.

Source: The dead kennedys, life sentence
You used to be a partner in crime
Now you say you ain’t got the time
Gotta get serious, gotta plan
Gotta pass those entrance exams
Oh my God
It’s your senior year
All you care about is your career
It’s a life sentence, it’s a life sentence, it’s a life sentence, it’s a life sentence

Je voudrais terminer « in vivo » en musique car les paroles des musiques savent par leurs emphases et leur poésie nous faire toucher du doigt la dimension invisible de la dominance. La chanson sur laquelle je veux conclure est « il changeait la vie » de Jean Jacques Goldman (Goldman et al, 1988). Dans cette chanson, Goldman décrit trois dominations gratifiantes (cordonnier, professeurs, artistes). On suppose que le résultat de leurs dominations les rend heureux et qu’ils peuvent changer la vie grâce au signal honnête de dominance bonheur.

Jean Jacques Goldman, Il changeait la vie
C’était un cordonnier, sans rien d’particulier
Dans un village dont le nom m’a échappé
IL faisait des souliers si jolis, si légers
Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter
Il y mettait du temps, du talent et du cœur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie
C’était un professeur, un simple professeur
Qui pensait que savoir était un grand trésor
Que tous les moins que rien n’avaient pour s’en sortir
Que l’école et le droit qu’a chacun de s’instruire
Il y mettait du temps, du talent et du cœur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie
C’était un p’tit bonhomme, rien qu’un tout p’tit bonhomme
Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme
Se croyait inutile, banni des autres hommes
Il pleurait sur son saxophone
Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur
Les rêves de sa vie, les prisons de son cœur
Et loin des beaux discours, des grandes théories
Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris
Il changeait la vie