3.93 Estime de Soi II

Bigre. Je m’endors et je me réveille Esprit de Vérité. Tout pourvu que j’évite l’écueil du Messie et de Dieu ! Alors je me contenterais de ça et ça me convient très bien. Lui c’est Lui, et moi c’est moi. Même si je peux dire que je suis très intéressé par ce qu’a vu le Christ. Encore une fois, l’illuminé qu’on m’a vendu ne tient pas la route. Il a réellement vu, je préfère le mot observé, le royaume des Cieux. Qu’il ait rendu compte des faits qu’il a observé par une dialectique religieuse est, de mon point de vue et de la perspective des connaissances disponibles à son époque, tout à fait légitime et logique. La catégorie, forme essentialiste a priori de la raison pure, doit être considérée avec une certaine méfiance. Il y’aurait le naturel et le spirituel, deux ordres séparées. Je ne suis pas d’accord. Même si je donne une lecture éthologique de ce que j’observe, il reste beaucoup d’inconnue à l’équation : Quelle est la nature du signal honnête ? Qu’est-ce que c’est que cette chose que j’ai vu dans mon premier épisode maniaque ? L’Esprit Saint ? Ce n’est pas en changeant de mot qu’on avance vers la vérité. On avance peut-être un peu en trouvant des correspondances entre les catégories.

J’ai souvent fait mention de la contemplation du royaume des cieux ou de la structure de dominance. Il s’agit d’observer des comportements. Lors d’une montée en manie, certains comportements rares deviennent fréquent, de nouveaux apparaissent. Ce qui est amusant ce sont les perturbations (« tu en entends le bruit », Jésus et al 30) comportementales. Ils sont tous la résultante du signal honnête de dominance. Vous ne pouvez observer son effet que si vous êtes en hyperdominance. L’hyperdominance est un niveau élevé et maitrisé de dominance qui permet de cerner l’exagération des comportements de dominance chez l’être humain. Ils existent en temps normal mais ils passent inaperçus tant ils sont masqués par la domination consciente. La dominance est alors diffuse, elle est comme un halo qui entoure les relations sociales. Difficile donc de prouver cette dominance à la fois diffuse dans son résultat et inconsciente dans son mode d’action. Mais je me rends bien compte que réfuter cette théorie est tout aussi difficile que de prouver sa véracité.

Mettons-nous à la place de Jésus, je vois ce que je nomme le Royaume des Cieux. C’est un royaume terrestre. Je vois ce que j’appelle le Saint-Esprit. C’est une réalité subjective (NDE). J’en déduis que quelqu’un, un jour verra la même chose. Je construis donc les versets de l’Esprit de Vérité qui viendra un jour pour lui rendre témoignage. Jésus n’a pas précisément prévu que je serais une sorte d’élu qui verrait la même chose que lui. Jésus n’a pas prévu Louis. Il a juste tiré des conclusions probabilistes à partir de ce qu’il a vu. Le temps rends probable ce qui est possible et existant ce qui est probable. Pour mémoire, lors de ma NDE, personne ne s’est identifié, ni Dieu, ni Jésus. Et s’ils l’avaient fait, je crois que j’aurais classé tout ça dans la case hallucination psychotique. C’est le mystère qui est intéressant. Le mystère appelle la réflexion.

Je voudrais maintenant revenir sur l’ennemi juré du bipolaire en phase maniaque. L’estime de soi, lorsqu’elle entraîne une confiance excessive en soi, est la clé qui ouvre toutes grandes les portes de l’hôpital psychiatrique. C’est pour cela qu’il faut apprendre à connaître son ennemi intime et donc de savoir d’où il vient. A ce propos, je porte à la connaissance du lecteur ce passage extrait d’un ouvrage dont l’auteur est un neurologue. Le bouquin est vraiment bien et je le recommande. Il ne traite pas de l’estime de soi en particulier, il traite du processus neurologique de décision et des différents biais dont il faut se méfier lorsque l’on s’engage dans une option plutôt que dans telle autre. Parmi ces biais, il y’a l’excès de confiance en soi. A propos d’où vient-elle ?

Source : Décider en toute connaissance de soi (Pr Philippe Damier)
L’humeur est un modulateur assez puissant du niveau de confiance en soi et donc du biais consécutif à l’excès de confiance. En situation de dépression, l’excès de confiance en soi qui semble inhérent à la majorité des individus est moindre. Une étude montre ainsi que des étudiants déprimés évaluent de façon clairement plus objective leur performance à une série de problèmes auxquels ils sont soumis que des étudiants non déprimés qui ont tendance à avoir une vision excessivement optimiste de leur performance à ces mêmes problèmes. Etrange paradoxe que de constater qu’une juste appréciation de ses capacités nécessite d’être déprimé.
A moins que l’excès de confiance si répandu ne soit en fait associé à un avantage compétitif. En confrontation deux à deux, si l’adversaire est manifestement plus fort, il est avantageux de ne pas chercher à lutter. A l’opposé, si l’adversaire est clairement plus faible, le choix du combat s’impose. Dans ce dernier cas, il n’y aura toutefois le plus souvent pas de confrontation ; selon le précepte précèdent, le plus faible abandonne. Par contre, dans un grand nombre de situations, la différence de force entre les deux adversaires n’est pas probante. Dans ce cas, donner à l’adversaire des signaux d’une force supérieure à ce qu’elle est vraiment – la définition de l’éxcès de confiance – peut conduire ce dernier à abandonner la confrontation. Ce qui est, si sa force propre était en fait égale, voire un peu inférieure à celle de l’adversaire, un clair avantage compétitif. Si, dans cette situation, l’adversaire accepte la confrontation, il y’a bien sûr un risque d’échec. Il peut néanmoins montré de façon mathématique que le jeu de l’excès de confiance en vaut la chandelle. La confrontation dont il est question ici peut s’entendre de façon physique mais aussi commerciale, politique ou intellectuelle. L’excès de confiance est un avantage compétitif. C’est vraisemblablement pourquoi il a été sélectionné de façon positive dans l’évolution humaine et est aujourd’hui si répandu.

L’extrait est structuré en deux paragraphes qui sont deux pistes de réflexion quant à la genèse de la confiance en soi. Le premier paragraphe met l’accent sur l’origine psychiatrique de l’estime de soi. Cette origine nous la connaissons très bien et n’appelle pas beaucoup de commentaire car elle complète l’analyse que j’avais déjà faite de l’estime de soi. J’avais utilisé la manie, Le professeur utilise la dépression pour sa démonstration.

Le second paragraphe est intéressant car le neurologue tente d’apporter une alternative de type évolutionniste à la question de l’origine de la confiance en soi. Cette dernière aurait pour source la confrontation intra spécifique mâle. Cette idée appelle quelques commentaires. Tout d’abord, un excès d’estime de soi, intuitivement, peut venir amoindrir la fitness en tant qu’elle engendre une représentation altérée voire erronée de la réalité. Quand un médecin fait un diagnostic, son traitement sera d’autant plus efficace que le diagnostic sera correct. Si on se place du point de vue de la compétition intra spécifique mâle, on pourrait très bien arguer, qu’un individu trop confiant dans ses moyens et qui engagerait donc une confrontation avec n’importe quel autre mâle plus fort que lui, pourrait courir un risque de s’exposer à de vilaines blessures. Je ne suis donc absolument pas convaincu par l’explication avancée par le professeur Damier.

La majorité des gens ont une confiance en soi excessive. Il est donc juste d’essayer de fournir une explication évolutionniste au phénomène. L’estime de soi vient donc altérer la représentation du réel. D’un point de vue évolutionniste, c’est très étrange. Comment un handicap aussi important a-t-il pu être sélectionné ? La notion de handicap est fondamentale car elle va nous donner une réponse plus juste au problème posé. Il existe en biologie une théorie : la théorie du handicap d’Amotz Zahavi. Cette théorie a reçu l’onction de Dawkins dans la réédition du Gêne Egoïste.

Source : Wikipedia
D’après sa théorie, appelée « théorie du handicap », les femelles préfèrent précisément ces mâles, car ils ne pourraient survivre à leur handicap s’ils ne disposaient pas de gènes supérieurs à ceux des mâles « normaux ».

Transposer à l’homme, on peut donc affirmer que les femmes préfère les mâle ayant confiance en eux, car ils ne peuvent survivre à ce handicap qu’à la condition qu’ils possèdent des gênes supérieurs à ceux des hommes normaux et qu’ils vont donc essayer de se montrer à la hauteur de leur propre estime de soi. L’excès universel de confiance en soi provient donc dans tous les cas de la sélection sexuelle, mais surtout de la préférence des femelles à trouver sexy tel ou tel trait de caractère mâle. La confiance en soi humaine est la queue majestueuse du Paon ! Il est donc tout à fait pertinent d’étendre la théorie de Zahavi de la morphologie à la neurologie. Nous avions déjà utilisé cette théorie pour l’altruisme humain en tant que le don est un handicap. Il semble que l’être humain dans son processus de sélection naturelle ait été une machine à surmonter ses handicaps.  « L’homme est quelque chose qui ne se peut que surmonter», disait Nietzsche.

La théorie que j’ai détaillée dans ce blog permet de simplifier les deux alternatives du professeur en une seule. Derrière l’humeur il y’a la dominance. Derrière l’estime de soi il y’a également la dominance. Derrière la reproduction, il y’a évidemment la dominance. Pourquoi le mot dominance n’est-il pas explicité dans lorsque l’être humain entre en scène ? Le mot est-il grossier ? A-t-on peur de ce mot ? Pourquoi ? Nous sommes des singes évolués, les singes s’organisent en hiérarchie de dominance. Chez les hommes, tout disparaît ?

Il est intéressant de noter la pertinence de l’entrainement augustinien à la vérité. Elle ne va pas de soi. Réfléchir, n’est-ce pas penser contre soi ? N’est-ce pas un risque contre notre confiance en soi ? Voilà pourquoi Il faut penser dangereusement comme disait Revel.

Les inconnus / Les liaisons vachement dangereuses
Méfie-toi de la ruse de la femelle en rut, vas droit au but,
sans tomber dans les fils de la toile qu’elle aura tissée pour te piéger