3.94 Victoire

« L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais connu de loi » disait Carmen dans le célèbre opéra de Bizet. Ces vers semblent appeler l’adhésion romantique de tout un chacun. Une publicité affligeante pour un site de rencontre prend le contrepied de l’oiseau rebelle. Une greluche brune nous inflige sa philosophie de l’amour. Elle déclare ne rien vouloir laisser au hasard lorsqu’il s’agit de trouver un partenaire sexuel. Bizet et la greluche se fourvoient chacun à leur manière. Pour comprendre pourquoi, il faut déconstruire ces deux affirmations à la lumière de la théorie de la dominance. Bizet dit que l’amour n’a pas de loi. Ce qui n’a pas de loi génère du hasard par définition. Lorsqu’on nous examinons nos cousins primates il semble que le hasard soit exclu de la reproduction. Ils sont organisés en hiérarchie de dominance et le dominant, vainqueur visible des combats, est élu roi plus ou moins contesté de la bagatelle. Il semble que le ballet de la reproduction soit composé de figures imposées évolutionnistes. Pour l’homme, la reproduction serait donc laissée aux affres du romantisme le plus hasardeux. Intellectuellement, cela ne tient pas la route. Nous sommes les êtres les plus adaptés, nous sommes capables de remporter un nombre incalculable de succès face à l’environnement. Tout cela serait-il le fruit du pur hasard ? Absolument pas, la logique veut que l’homo sapiens et peut-être les hominidés ait bénéficié du système de sélection naturelle le plus sophistiqué qu’il soit. La sophistication exclu le hasard. Pourtant, il faut écouter les artistes, il semble que l’amour nous apparaisse superficiellement comme un orage où les éclairs lient le ciel et la terre de manière hasardeuse. Par conséquent, l’amour nous apparaît comme si il était le fruit du hasard.

Le mot hasard est, de mon point de vue, l’un des mots le plus puissant de la langue française et il est difficilement traduisible en anglais. Etymologiquement, il provient de l’arabe « al-zahr » qui signifie «dés ». L’Evolution joue-t-elle aux « dés » dans la destinée humaine ? Pour répondre à cette question il faut d’abord s’assurer de ce qui est communément admis, à savoir que la femelle sapiens est bien la reine sélective de l’évolution.

Il y’a tout d’abord un argument biologique. Les femmes supportent plus longtemps les conséquences de l’acte sexuel – 9 mois ferme – que l’homme. En outre elles sont le facteur limitatif de la reproduction car elles ne possèdent pas un nombre infini d’ovocyte. Le mâle produit ses gamètes « on the fly ». Par conséquent la femelle of the species investit beaucoup plus que le mâle dans l’acte sexuel. Elles vont donc, en moyenne, être plus sélectives avec tout ce que cela suppose en termes de comportements phylogénétiques. Elles vont par exemple exiger un minimum de cours pour bien s’assurer que vos intentions priapiques sont sincères.

En second lieu, il faut se demander si la femme sapiens peut décider de s’accoupler librement. Si elle ne le peut pas, nous sommes bien d’accord qu’il faudra parler de viol. Le viol provoque chez moi un dégoût qui ne vient pas de la moralité. Je soupçonne un interdit phylogénétique de la structure de dominance. C’est très étrange, lorsque je vois un film où un méchant vicieux a capturé la copine du héros, je suis mal à l’aise. Je me dis pourvu qu’il la tue au lieu de la violer. C’est complétement irrationnel car du point de vue de la femme, il est sans doute plus avantageux de rester en vie en étant victime d’un viol. Lorsque je suis irrationnel, je pense cerner un instinct puissant à l’œuvre. Je ne m’intéresse pas à la polyandrie ou à la polygamie. Il m’importe uniquement que la femme soit d’accord. Il est tout à fait possible que les femmes rêvent de se partager George Clooney. Je ne m’intéresse pas en outre aux facteurs sociaux et sociétaux qui rabotent le libre arbitre sexuel de la femme. Je me situe à une époque, par exemple le pléistocène, où la civilisation n’existait pratiquement pas. Ambiance guerre du feu, vous saisissez ?

En troisième lieu, il faudrait que vous alliez en boite avec les yeux d’un éthologue. Je suis nul en chopage mais j’adore observer. Les boites sont un lieu très drôle et je rigole tout le temps. Je dédierai un article à ce phénomène un peu fatigant à la longue. Nous avons donc établi ce que tout le monde sait. Le choix sélectif repose sur les épaules de la femme. C’est elle qui nous a fait tel que nous sommes. Bien, maintenant, sur quels critères va-t-elles établir son choix ? Pour répondre à cette question, il nous faut faire intervenir la greluche brune prétentieuse du site de rencontre, vous savez celle qui a décidé, qu’en amour, il ne faut rien laisser au hasard. Serait-elle l’intelligence sophistiquée de l’évolution à l’œuvre ?

On sent bien qu’elle est « exigeante », qu’elle veut du bac+5, du « cultivé » plutôt que du cul-terreux, c’est-à-dire manageur dans la société gropognon inc. Elle le veut beau gosse, 1m95, sportif, partageant tous ses hobbies. D’ailleurs elle a renseigné 98 rubriques histoire d’éconduire les importuns du 9-3. Bien sûr elle en marre des histoires d’un soir etc… etc… Tous ces critères sont parfaitement rationnels de son point de vue. Ils sont dans le domaine du visible, c’est-à-dire qu’ils peuvent être reconnus dans le domaine de la conscience. S’ils sont reconnus dans le domaine de la conscience, ils sont, au vu de la définition ce blog, dans la sphère de la domination. La question importante à se poser est la suivante, l’amour se contente-t-il d’une analyse multicritère rationnelle des attributs du mâle ? C’est la question centrale. Cette analyse multicritère était-elle suffisante ou pertinente il y’a 200 000 ans ? Cette analyse froide et rationnelle est-elle compatible avec l’exigence d’un couple au temps du pléistocène? Qui va dire à la greluche brune si elle va être heureuse avec sa conquête ?

L’affirmation « Je veux un homme de 1m95 » est sotte en soi. Elle doit être complétée : « je veux un homme de 1m95 qui a fait la démonstration que cet avantage physique présente un gain sélectif ». Autrement dit je veux que cet homme soit heureux. Autrement dit, je veux que mon homme soit dominant, dominant de la structure de dominance. Comment puis-je savoir cette information ? Je ne peux pas le voir, je dois écouter mon cœur qui ne se situe pas dans la poitrine mais dans l’inconscient, il aura été perturbé par un signal honnête de dominance. Ce signal que tout le monde émet et reçoit est invisible et inconscient. Il est variable. Il construit la structure de dominance. La femme brune doit avoir ceci à l’esprit, elle choisit en fonction de la domination et de la dominance. Sa décision est un mix entre les deux mais la dominance est je crois plus importante en amour que la domination. L’amour est la dominance. Quand un homme est quitté est qu’il demande à son ex « mais qu’a-t-il de plus que moi  ? Je suis manageur à la société gropognon inc quand même, merde» ? La femme lui dira simplement, que le nouvel élu la rend plus heureux que lui. « Mais il est jardinier ton nouveau mec » ? Elle lui dira. « Oui et alors..? Il a donné mon prénom à une nouvelle variété de rose rouge… ».

Nous avons donc essayé d’expliquer pourquoi l’amour semble faire comme si il était enfant de Bohème. Il est en fait enfant de Darwin. Le seul paramètre qui nous manque et dont, j’espère, la nature nous restera à jamais inconnue, C’est le signal honnête de dominance des Homo Sapiens. Il est inconscient, invisible comme le vent qui va où il veut. S’il va où il veut c’est qu’il a une finalité. Le contraire du vouloir, ce n’est pas le non vouloir, c’est le hasard. Quand on fait intervenir le pur hasard dans l’évolution, c’est que quelque chose nous a échappé. Attention l’évolution, ce n’est pas le hasard. C’est le hasard filtré par la nécessité. Il est nécessaire que la femelle choisisse le bon gugusse autrement la représentation de l’adaptation qu’est la structure de dominance masculine ne serait d’aucune utilité. Bien sûr, comme nous l’avons montré dans Jeanne, la femme signale honnêtement de la même façon, mais, en ce qui concerne la reproduction, c’est secondaire car elle est le facteur sélectif et l’homme est essentiellement optique. Je pense que le signal honnête sert à la femme à garder son homme. Vous pourrez toujours vous taper un sac d’os désincarné présenté comme le sublime de la beauté féminine, il vous faudra, ne l’oubliez pas, la subir au restaurant, au cinéma, dans la rue, au bistro, à la maison, au petit dej’, à midi, le lundi, hé oui, tous les autres jours de la semaine aussi.

Source : La discrète / Christian Vincent / Fabrice Luchini
«Chez l’homme tout passe par le regard. Je sais plus où Jankélévitch écrit que l’homme est un être essentiellement optique mais ça les femmes le savent depuis toujours.»

Le signal honnête de dominance est bien le point d’interrogation. C’est un effet dont le comment n’est pas identifiable. Sa cause, c’est la dominance. C’est une observation que seul moi et Jésus ont pu intellectualiser. Ça vous choque que je dise cela ? Vous me trouvez dingue ? Mais vous avez tout à fait raison, j’ai tous les certificats. Je suis un dingue amoral et provocateur. Oui mais voilà, ce que j’écris est cohérent et tente de rendre compte de mes observations. Observations qui ne peuvent être effectué que par un état modifié de la dominance. Ce qui est drôle, c’est que quand je redescends, mon cerveau nie tout en bloc puisque tout disparaît. Alors j’ai mis des notes sur mon Iphone, des observations du genre « quand tu seras en bas lis-moi ». Depuis que je sais que Jésus a vu, mon cerveau a de plus en plus de mal à nier. Ma rencontre avec Jésus est avant tout d’ordre intellectuel. On verra bien, partons de là. Je ne pensais pas que ce blog irait jusque-là. Exorciser ses démons, c’est les transformer en ange.

Source : Trin Xuan Thuan (astrophysicien) / Le chaos et l’harmonie
Il nous faut donc faire appel à d’autres modes de connaissance, comme l’intuition mystique ou religieuse informée et éclairée par les découvertes de la science moderne. Quoi qu’il en soit, une chose est sure : l’Univers ne nous est plus distant ni étranger, mais intime et familier.

Le signal de dominance a une intensité. Question innocente suivante : Qu’est-ce qui calcule précisément cette intensité ? Remarquons tout d’abord que le paquet de neurone en charge du calcul n’agit pas forcément dans notre intérêt. Allons plus loin, il est complètement indépendant car inconscient. La méthode Coué ne marche pas. Vous pourrez toujours crier « je veux être dominant ». Il n’est pas sûr que vous soyez exaucés. Sinon, Dame nature se fourvoierait dans une impasse évolutive. Par contre, nous avons une influence indirecte, puisque ce système nous mesure. Que mesure-t-il exactement ? Mais enfin, faut-il que je pose des questions évidentes ? Homme de peu de raison. Il mesure nos victoires exactement comme dans toutes les hiérarchies de dominances comme le pecking order, ou les combats des chimpanzés ! Le neurone ça sert à ça aussi. Sauf que, libéré du lien phylogénétique avec le combat, il peut mesurer tout un tas d’autres victoires. Il peut même apprendre de nouveaux types de victoires, c’est un super wopr, il a accès à toutes nos informations même les plus intimes. Mais ce système ne fait pas que nous mesurer, puisqu’il a la mainmise sur notre bonheur via l’humeur, le signal honnête de dominance et la confiance en soi. C’est aussi un guide. Un guide amoral donc juste. Un guide qui veut notre bonheur si nous le « méritons » puisque le plus apte donc le plus heureux survit. C’est Darwin qui le dit. Je ne voudrais pas faire de téléologie mal placée mais enfin notre système de sélection naturel est tout entier tourné vers le bonheur.

Maintenant ce système est-il intelligent ? Je crois qu’il est très intelligent. La conscience traite la domination. Elle est intelligente. L’inconscient traite la sélection et a existé bien avant la conscience puisque la conscience est un résultat de la sélection. L’inconscient est-il intelligent ? Une intelligence consciente d’elle-même ? Ce paquet de neurone (ou autre) serait-il capable de nous envoyer des coucous du type « tu es le fils de dieu » ou « écoute ton cœur » ? J’observe qu’il connait des technologies très puissantes comme le signal honnête de dominance, qu’il est un juge et qu’il est un guide. Dieu aurait-il été créé par l’évolution ? Déjà que Jésus nous demande d’adorer notre système de sélection naturelle, plus rien ne m’étonne. Ça vous choque ? Tant mieux. Quand vous mourrez ? Le truc continuera à faire ce qu’il sait faire le mieux : sélectionner. Compter vos abattis. Heu… Jésus, il disait quoi déjà ? Je vais quand même refaire un p’tit tour. Au cas où.

Etre bipolaire c’est donc quoi, c’est avoir un problème dans le calcul de la dominance donc un problème dans la représentation des victoires. Il n’est pas anodin que la comorbidité anxieuse soit présente dans la bipolarité. L’anxiété renseigne le système sur la qualité de la victoire. Plus vous stressez, plus la victoire remportée est belle. La bipolarité pose des problèmes énormes de complexité. Le fait qu’il y’ait une phase haute et une phase basse peut simplement provenir du mode de calcul, de la mathématique pure du système. Serions-nous maudits par une bifurcation étrange ? Par des transitions d’équilibres chaotiques ?

Duran Duran / The reflex
Oh the reflex what a game
He’s hiding all the cards
The reflex is in charge of finding treasure in the dark
And watching over lucky clover isn’t that bizarre
Every little thing the reflex does
Leaves you answered with a question mark

Patrice Leconte / Ridicule
Giraudeau, en maniaque impérial et en prêtre défroqué sublime, tente de démontrer puis démonter l’existence de dieu. Tant qu’il délire dans le bon sens, tout va bien. Par contre ça commence à se gâter quand il ne suit plus la ligne du parti. C’est le drame de la manie résumé involontairement dans le film français que je préfère.