3.95 NRJ 12

Chaque année, lorsque je passe quelques jours dans la résidence secondaire de mes parents et que je m’ennuie ferme, j’allume toujours la télé et je me branche sur la chaîne NRJ12. Je ne devrais pas vu mon âge et le format djeuns des programmes mais il y’a toujours une curiosité quant à l’évolution d’une représentation de la femme qui peut se résumer à la problématique suivante : Comment montrer du cul féminin en évitant de tomber dans la basse pornographie et donc déchoir d’un certain statut (ou d’attirer l’attention, définition du mot racolage). Il n’y a pas de jugement moral dans cette analyse. Ou plutôt si, mais l’amoraliste est toujours capable d’examiner les fondements de son propre jugement et d’en comprendre sa portée toute relative qui le conduit donc à ne pas se considérer comme un procureur décidant des interdits. Les gens regardent ce qu’ils veulent mais cela ne doit pas empêcher de réfléchir.

Au vu de certaines évolutions que nous nous amuserons à mettre en exergue, j’ai toujours attendu quelque chose, une sorte de réplique ou de réaction venant de gens très actif politiquement dans le corps social et qui, pour le coup, ont un jugement des plus autorisés sur ce qu’est le bien et le mal dans un certain domaine de représentation. Cette réaction est venue sans que je n’ai eu à la chercher car je lis le journal comme tout un chacun. Cette réplique est venue mais elle n’a pas attaqué là où je l’avais attendue. Cette discordance que j’apporte à votre réflexion, je ne veux pas la résoudre tout de suite dans cet article, elle servira de base à un autre article portant sur le système social en général.

Je dois dire que le travail de recherche sur les clips a été minimal, car, comment dire, ils ont tous une certaine habileté à marquer les esprits. J’en prendrais trois. Pour ne pas être influencé par la musique, j’ai pris trois chansons dont je trouve la musique nulle (Tacata), moyenne (Bigroom blitz) et bonne (Welcome to Saint Tropez). Entendons-nous bien, je n’achèterais jamais un truc de ce genre mais je juge selon un critère, mon bon plaisir. Si vous êtes jeunes, rappelez-vous que la meilleure musique est celle qui vous plaît. Ce qui est bien avec Tacata, c’est que je suis nul en Espagnol et donc que je ne peux pas me laisser influencer par les paroles. Bigroom Blitz et Welcome to St Tropez sont en anglais qui est une langue que je maîtrise bien. Donc je vais pouvoir me laisser porter par les paroles.

En ce qui concerne Tacata, je vais aller très vite. On a un type qui répète Tacata à côté d’une femme qui danse de manière suggestive. On distingue à de rare reprise son visage. Ce qui m’a intéressé dans l’évolution générale que j’ai mentionnée au début de l’article c’est que j’ai pu voir un bout de string qui dépassait de son pantalon. L’homme a toujours la parole, il dirige, il est maître du tempo. La femme s’exécute en exécutant une danse lascive, beaucoup de gros plan sur son arrière train. Je sors de ce clip avec l’impression suivante de la femme : Un cul soumis qui danse. Je ne veux pas donner l’impression que je porte un jugement moral. Ce qui compte c’est avec quoi on comparera ce clip à la fin de l’article. Si vous voulez le fond de ma pensée, je trouve ce clip vulgaire, car visiblement le budget danseuse n’a pas pu recruter des filles suffisamment sexy. Voilà, c’est l’avis de papy Mougeot.

Dans Bigroom Blitz, les femmes sont surprises dans leur activité de Fitness à danser de manière ridicule sur un trampoline. Cette danse n’a pour but ultime que de montrer le QI aérien de leurs arrières trains qu’on voit à de nombreuses reprises en gros plan à effet tunnel. La petite évolution intéressante qui nous intéresse toujours, c’est qu’à un moment on sent qu’on va avoir presque l’opportunité de pouvoir voir une paire de nibard. Las, on ne voit qu’un robert sans visage où le téton est remplacé par la bouche moustachue du rapper, il ne faut sans doute pas choquer le public américain qui, il y’a longtemps, écoutait le titre de Billy Idol « eyes without a face ». Place maintenant aux « tits without a face », beaucoup plus smart et vendeur. Parlons-en encore du teuton, sa voix est clairement comminatoire comme dans un stalag, il ordonne. Encore une fois il donne le tempo, il est le maître. Les femmes s’exécutent, etc… Impression générale : des culs soumis qui dansent aux ordres d’un oberführer. Attention, je n’ai rien contre la danse, quand tout le monde danse, quand je ne sens pas une sorte d’asymétrie suspecte. Là c’est suspect, surtout quand Herr Gugusse se fend d’un « yee-haa » qui est, comme chacun devrait le savoir, le cri de contentement suranné du cowboy américain au milieu de ses vaches. Mais ce n’est pas tout puisque là on peut comprendre les paroles voyons voir.

Cà c’est l’intro, on comprends exactement la population qui danse dans la bigroom : « Chapter five, (Bigroom Blitz),International bitch!,It’s, it’s, the bigroom blitz! Turn it up ! ». Plus loin: « Even got a couple bad bitches overseas ». Bien, bien, bien tout le monde connaît le sens du mot Bitch en anglais ? Je vous donne la traduction gratis : Chienne, salope selon reverso. Ça va, personne n’est choqué ? C’est bien je continue. Avant de continuer, je voudrais partager cet extrait paru dans le figaro.fr à propos d’un phénomène aussi inquiétant qu’il semble caché : la prostitution au collège. Rien n’est innocent dans le monde des représentations car la représentation vient à son tour modifier le réel.

Source : le figaro.fr
La philosophe Inès Pelissié du Rausas vient de publier S’il te plaît, maman, parle-moi de l’amour*. «On lutte contre la malbouffe alimentaire. Et la malbouffe sexuelle? interroge-t-elle. Le sexe est devenu le « junk sex », un produit de consommation rapide. Aussi la fille hypersexualisée devient-elle un produit de consommation, jetable après usage. C’est l’image qu’elle intériorise, surtout par le biais des clips vidéo. Est symptomatique le fait que le mot « bitch » (salope) puisse être perçu comme un compliment par des jeunes filles.»

Maintenant venons-en à Welcome to St Tropez. Là, la musique est vraiment sympa, les héritiers du bontempi two fingers sound system font des merveilles. Le clip, très bien produit, décrit une décadence friquée figée dans une euphorie alcoolique perpétuelle genre ersatz de jet-set. Il y’a quand même des moments poussifs du style souvenir de vacance dans ma piscine, peut-être une malencontreuse grève au rayon viande de Rungis pendant le tournage? Un moment, on voit un barbu dont on espère qu’il va emmener tout ce beau monde en Syrie, où ma foi, question respect des femmes, personne ne sera dépaysé, mais peine perdue, c’est vers un yacht qu’il les emmène, un bateau où la fine after fête sans fin n’en finit plus de ne pas finir. Enfin, Ce qui est vraiment intéressant dans ce clip du slip de bain, c’est la forte odeur de pognon. Les culs qui dansent deviennent anecdotiques car ils semblent ne pas peser bien lourds face aux Porsche et autres joujoux du même acabit. Dans ce clip, il y’a des femmes qui puent le fric, mais elles ne dansent pas, elles ont l’air convenables, elles font la bise, bien élevées. Maintenant regardons un peu les paroles pour connaitre leur vraie nature.

Ca, c’est ambiance resto du cœur : « Ain’t nothin here that my money can’t buy, Dolce, Gucci and Louis V, Yacht so big I could live out in the sea »
Ca, c’est ambiance Simone de Beauvoir : « Mad bitches so much brought, Feel the life when I wanna fuck them all ». Au même moment à l’écran, un cul qui danse. Je vais quand même traduire parce que Simone ne parlait pas anglais. « Des chiennes enragées si attirées (hum par quoi, le fric ? Les bagnoles ? Le fait d’être ontologiquement prises pour des putes ?), sentent la vie quand je veux les baiser toutes ».
Ca, c’est le côté fleur bleue des femmes : « Ferrari V12 Marilena on my arm, Ladies can’t resist the charm ». Fleur bleue ou peur bleue ?

Si vous avez des problèmes d’anglais, je ne résiste pas au plaisir de vous aiguiller vers cette pub hollandaise hilarante et ô combien illustrative pour une école de langue (ici). Hé oui, tout cela c’est ce que voit et écoute vos gosses sans les paroles, il est vrai (voir la pub pour l’école de langue !). Najat Vallaud-Belkacem pourra toujours vouloir imposer les abécédaires de l’égalité, je crois qu’elle aura fort à faire et qu’elle a tort de fait, l’école instruit, elle n’éduque pas. Je me souviens des cours d’éducation sexuelle, on était tous morts de rire. Najat a-t-elle eu 13 ans ? Sur tout ce qui touche au sexe, ce n’est pas un manuel bidon qui va changer quoi que ce soit à l’altérité phylogénétique de l’être humain. Y’aurait-il quelque chose de pourri dans l’inné de l’être humain ? La beaufitude ne pouvant plus ouvertement dégueulé sur la liberté de la femme, y’aurait-il une espèce de solution de contournement subtile, si subtile que même des femmes semblent y adhérer voire s’y…soumettre ? Pas si simple il faudra creuser ces idées dans un autre article pour comprendre d’où cela peut venir.

Tout ceci n’est pas nouveau. Le guignol du rock Alice Cooper ne disait-il pas qu’il faisait de la musique pour, je cite de mémoire, avilir les femmes ? Nous avons donc 3 exemples de clips vidéo qui passent sur un espace public. Ils ne sont pas frappés de l’interdit pornographique. Encore une fois, le but n’est pas de porter un jugement moral mais d’esquisser l’ombre d’un étonnement. Avez-vous entendu quelqu’un protester, manifester, pétitionner ? Société muette, il n’y pas d’abonné au numéro que vous avez demandé. Qu’on soit choqué n’a pas d’importance, l’intérêt pour l’article, c’est qu’il n’y a rien, zilch, nada en face.

Alors il faut m’expliquer ceci :

Apparemment, la photo de la femme provoque l’ire des associations féministes. Comment dire. C’est juste une photo. La fille est magnifique, elle est au summum de sa puissance séductrice. Elle est libre, elle ne peut pas danser, ce n’est qu’une photo. Elle suce une glace ou autre je ne sais pas. Tout de suite fellation donc domination de l’homme pervers. Je ne pense pas qu’une fellation soit un signe de domination, je pensais cela quand j’étais jeune et puceau. Et puis on ne va pas poursuivre Gainsbourg à titre posthume pour ses sucettes à l’anis non ? Cette affiche est complètement innocente. Je ne vois rien d’écris qui décris la fille comme une salope. A moins d’établir le parallèle belle fille un peu aguicheuse = chienne, je ne vois pas. Ces gens-là ont-ils déjà vu un flyer de boite ?

Tenez, voilà un flyer au pif de ma boite favorite pour mes observations éthologiques, comment dire, les choses sont là nettement plus claires. Je voudrais bien que tout se termine en partouze inflationnaire mais bon, rien de bien méchant n’est à déplorer, juste une sympathique bêtise alcoolisée plus ou moins vulgaire. Notons que dans cette boîte, pas de sexisme : Chippendales et stripteaseuses assurent la justice et l’équité entre les genres.

Mais en définitive, la question est ailleurs. La réaction des féministes veut foudroyer un pauvre flyer ou une affiche anodine de boite, le tout comparativement beaucoup plus innocent que les 3 clips que j’ai décrits dans cet article. La question intéressante c’est pourquoi la fureur féministe ne dénonce pas ce qu’elle pourrait, à juste titre, interpréter comme un invraisemblable avilissement de la femme dans les 3 vidéo clips ? C’est leur job quand même, au moins alerter, faire ou dire quelque chose (si possible en ne montrant pas leurs nichons parce que là on atteint le comble de l’absurde ou la cave de la vulgarité). Je vous laisse réfléchir à la question que j’adresserai dans un prochain article. Je vous guide, on attaque toujours les faibles… Pourquoi les forts sont-ils si forts ?

Entendons-nous bien, je ne prends le parti de personne, ni des femmes, ni des hommes, ni des féministes, ni de la…euh… vache qui rit, je me mets à la place, j’exagère la perspective pour la rendre cavalière. La seule chose qui doit rester de cet article pour l’amoral que je suis c’est une incohérence qui pointe vers un phénomène social profond. La logique est l’arme de l’amoral. Il faudrait que je définisse plus ce que j’entends par amoral. Zou, une autre idée d’article. Bon, merci au sex pistols de me laver les oreilles après chaque sortie de boite : Sid, please get rid of the pigs in my ears !

Sex pistols / No one is innocent
God save television keep the programms pure…
…God save politicians God save our friends the pigs