3.98 Être

Je ne suis pas psychiatre et je ne fais partie d’aucune association. Je n’ai pas l’intention de me substituer ni à la compétence des premiers, ni à l’expérience des secondes. Si vous souhaitez correspondre avec moi, ayez cela bien à l’esprit car je tiendrai toujours le même discours. Vous pensez avoir des troubles bipolaires ? Consultez ! Vous avez un psychiatre ? Etablissez une relation de confiance avec lui, c’est la base de l’alliance thérapeutique. Vous avez un traitement ? Suivez-le à la lettre ! Ce blog n’a pas vocation à promouvoir une alternative thérapeutique mais à donner une signification à la maladie. Il n’a pas vocation non plus à jouer avec les mots pour flatter des egos dérisoires. Oui, c’est une maladie et si vous finassez, vous pourriez, dans l’esprit, être condamné au choix pour exercice illégal de la médecine ou non-assistance à personne en danger.

J’ai choisi d’ouvrir les colonnes du blog à Mathilde car ce n’est pas un témoignage, c’est un coup de poing. Et l’uppercut atteint son but malgré le recul qu’on peut avoir. J’ai choisi de le publier pour des raisons pédagogiques car il y’a un diagnostic posé, un phare, une balise au milieu de cette tempête qui nous rappelle que l’esprit est parfois tumulte. Elle fera de ce diagnostic ce qu’elle voudra. Pour ma part, je pense que la question, à 20 ans, n’est pas de savoir qui on est mais qui on veut être. L’être est figé alors que le vouloir s’inscrit dans une dynamique, un projet.

Je suis quoi ?

Une femme, un Homme, un objet ? J’ai peur, des autres, mais autant des autres que de moi-même, car j’ai peur de la vie. Mais la mort aussi me pétrifie. Au final, ce monde n’étant fait que de ça, comment survivre. Comment ne pas être malheureuse ? Rien ne peut m’aider, j’ai beau chercher, mais personne ne comprends ce qui se passe là-haut. Je suis quoi ? Je suis bipolaire ? Une sale gosse ? Une sadique, narcissique, égocentrique, phobique, toquée comme qui dirait ? Je ne suis pas comme tout le monde, je le sais. Je suis particulièrement intelligente et mature pour mon âge, mais ça ne me sert à rien. Je réfléchis, je pense. Je ne mange pas, je dors peu et quelques fois pas du tout. Et tout ce qui se passe autour de moi me fait mal. Comme si le monde avait la main fermée. Je rencontre William, puis je m’y attache. Je l’aime, encore et encore, puis ça devient trop, il ne peut plus suivre, et il a même peur. On me dit toujours que c’est toujours trop ou pas assez. Ce n’est en tous cas jamais bien. Et moi je suis là autour de ça, je me sens folle, on me dit que je suis folle et des voix dans ma tête sonnent et répètent à leur tour que je suis folle. Alors j’explose, je me fais posséder et je ne me reconnais plus. Me voilà en crise comme ils disent. Je hurle, je pleure, je fugue, j’essaie de me tuer, ou je fais du mal par pur sadisme. Car parfois faire mal aux autres me donne certainement l’impression d’être meilleure qu’eux. Alors je leur fait penser qu’ils sont monstrueux, que le problème ne vient pas de moi mais seulement d’eux-mêmes. Je rends les gens autour de moi aussi fous que ce que je le suis. Puis je culpabilise, je me hais, je me déteste. Je ne peux pas me voir en photo, je ne suis pas capable de penser que je suis une bonne personne après ce que je fais. Pourquoi faire tout ça ? J’en sais rien. Un démon vit en moi, et parfois il me pousse à faire des choses. J’ai l’impression que je les contrôle à ce moment-là, que je veux vraiment tout ça. Puis il s’en va et me laisse avec toutes ces blessures. Et je réalise alors que ma vie entière n’est qu’un tas de foutre. Mes parents, mes sœurs, mes amis et mes amours. Tous ceux qui ont le malheur de s’attacher à moi, connaissent la furie, la honte que je peux leur mettre même en public. Et je recommence, je ne comprends rien. Je suis quoi ? Je suis certainement trop humaine. Je ne contrôle pas mes sensations, mes sentiments, mes humeurs, mon comportement, mes paroles, tout. Mais à y réfléchir, ce sont les humains qui sont comme ça : hypersensibles, hyperémotifs, hyper-stressés, hyper-eux. Mais je suis animale aussi : hypersexuelle, avec des perversions qui ne sont pas dignes de la vie elle-même, hyper sensitive, un flair, des ressentis. Parfois ces ressentis sont faux, je me sens agressée, parfois je pense que les gens mènent des complots contre moi. Puis je me réveille de ce délire à nouveau. Ça peut être dans l’heure, dans la journée, la semaine voire celle d’après. Et la roue tourne à nouveau, je suis quoi ? Pourquoi je suis ça ? Je ne suis rien de normal. Et ça depuis ma petite enfance. À la maternelle les professeurs appelaient ma mère pour lui faire remarquer que j’étais différente. Une jeune antisociale déjà. Puis plus tard les dépressions, les angoisses. J’avais six ans. On est allés chez le docteur, puis ça a changé. Vers 11 ans, la violence est arrivée, et on a rien dit. Au divorce de mes parents, à 15 ans, j’ai radicalement explosé. Et depuis, ça continue et ça empire. On pensait à une crise d’adolescence, mais maintenant on ne comprend juste pas. Alors j’ai vu des spécialistes assez tôt, plusieurs fois et pas de mon plein gré. Ma sœur a échappé à sa mort de mes propres mains. Je ne sais pas si j’aurai été capable d’aller si loin, mais depuis, ils ont tous peur de moi. Puis ma mère a enfin compris que j’ai souvent été prête à me tuer moi-même dans ma vie. On ne me croyait pas, puis elle l’a vu. Alors j’ai vu une psychologue infirmière de moi-même, et elle m’a redirigée vers un psychiatre en deux rendez-vous. Vous voulez savoir ? J’ai déjà vu des infirmières psychologues, des psychologues, des psychanalystes, des psychiatres, des sophrologues, des hypnotiseurs, et récemment une homéopathe. Au final, comment ne pas se sentir fou ? Et on ne me cerne toujours pas. On commence à comprendre que mes problèmes se voient sur mon physique. Mes différents styles vestimentaires, mes coupes de cheveux du très court au très long, du blond au roux, en passant par le brun, le violet. Et ce n’est pas terminé. Tous les mois, je ne me ressemble plus. Et je commence à en ressentir de la fatigue.

Finalement, le docteur me dit que j’ai des troubles de l’humeur. Il me demande si quelqu’un dans ma famille y fait face, puis je le vois prendre son stylo, son cahier d’ordonnances. Et je dis « -Non, personne. Du moins à ce que je sache. » Alors il a reposé son stylo, et j’ai soupiré.

Et encore un mensonge, une manipulation pour arriver à mes fins. Je ne veux pas de ce traitement, ça voudrait vraiment dire que je suis comme lui, et on me l’a tellement répété.. Mon père est bipolaire, il m’a déjà parlé de ça en me disant que je l’étais. Il ne voulait pas me mener aux magasins car il avait peur que je le fasse encore plus dépenser car selon lui ça faisait partie de ma folie. Puis j’ai réfléchis, et les quelques fois où je suis venue il a dépensé plus de 500 euros pour moi, seulement pour deux articles. Alors je suis privée de magasins. Chaque mois je suis à découvert. Et je ne me rends compte de rien, je consomme de la nourriture souvent. Rien de matériel ne me reste. Et encore, ma vieille amie culpabilité me rejoint. Elle me chuchote « C’est de ta faute, tu le sais que t’es étrange. Finalement tu ne mérites pas tout ce que tu as. »

Pour finir, dans ma famille, les dépressions ce n’est pas ce qui manque. Je suis éduquée dans un monde où tout est gris, où les arbres hurlent la nuit en me réveillant. Tout bruit, toute lumière peut me faire changer d’humeur, et de comportement par la suite. Je ressens dans mon torse que ça brûle, que ça sort et que je ne peux surtout rien faire. Ma tête me fait mal, toujours. Mes mains tremblent, excessivement. On m’appelle la psychotique, seulement en me regardant. Et ça fait mal, encore encore encore encore encore… Alors je me dis qu’il faut lever la tête, et j’avance avec volonté et espoir. Puis au fil du temps, j’y crois tellement que tout est beau, que je contrôle le monde autour de moi, que je recommence à faire du mal. Une vie bouclée par une boucle, voilà ce qui m’attend. Tourner encore, jusqu’à tomber sur ce dont j’ai besoin. Apprendre à aimer sans excès, sans détruire. Mes maux s’expriment dans ceux-ci « Tout ou rien »

J’arrête d’écrire, car mes démons se déchaînent, ma tête reprends son bruit infernal et incessant qui me rappelle que je n’ai plus le droit de me mettre à réfléchir. Ils me détruiront.

Fauve / Voyou
Barre-toi ! Casse toi j’t’ai dit, qu’est-ce qu’il te faut de plus, t’en as pas vu assez ?! Et arrête de m’regarder comme ça, t’as rien écouté, t’as rien compris ? Comment j’dois t’le dire pour que ça imprime ? Écoute pauvre conne, j’suis pas quelqu’un de bien, j’suis pas une belle personne. J’suis une sale bête, une bouteille de gaz dans une cheminée et j’vais finir par te sauter au visage si tu t’approches trop comme ça, t’es avec les autres. Mais tu sais pas de quoi tu parles, j’ai essayé ça sert à rien. On change pas, on change jamais. Et quand bien même de toute façon ici y a pas de deuxième chance, on efface pas les ardoises. Me dis pas que t’es pas au courant ? T’as pas vu, c’est imprimé partout ; dans les journaux, sur les écrans, dans le regard des gens. C’est même écrit en grand sur les immeubles, la nuit, quand les gens bien comme toi sont endormis. C’est marqué en rouge ; Tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça. Seul à poil face à ton reflet, avec ton dégoût de toi-même, ta culpabilité et ton désespoir comme seul témoin. Non crois-moi, tu veux vraiment pas que j’aille plus loin qu’au mieux ça t’empêchera de dormir et au pire ça te donnera envie de me cracher à la gueule. Alors avant que j’me transforme encore une fois, pars en courant. Fuis-moi comme le choléra.