3.992 Comptes sur moi

Je n’avais pas prévu de faire un article sur cela. Tout d’abord parce que les mesures effectuées pourraient laisser accroire qu’elles pourraient avoir une valeur scientifique. Ce n’est pas vraiment le cas. Elles ne sont que des constatations, hors cadre, qui sont rendues possibles par cette faculté apparemment extraordinaire qui me permet de supporter des hauts niveaux d’excitation, des hauts de dominance tout en restant d’un calme olympien. Je reste de marbre lorsque mon cerveau monte dans les tours. Comme sais-je alors que je suis haut ? Cela a fait l’objet d’un apprentissage qui commença voilà dix ans. Mon cerveau m’envoie des indices, des accélérations qu’il est possible de percevoir. C’est comme un mal de tête qui ne fait pas mal. Lorsque l’humeur atteint un palier et redevient stable et haute alors il est trop tard. C’est bien de la dérivée de la montée dont il faut se soucier pour défier les dérives qui mènent le bipolaire tout droit dans le décor. Après vous êtes un baigneur embardé au milieu de l’océan où les points de repère sont inexistants. La marée est étale, dépassant les sommets des montagnes les plus hautes.

Il faut s’entraîner et développer une sorte d’hypersensibilité retournée contre soi-même, introspective en quelque sorte. Cette auto-perception se complète par des observations du monde extérieur. Je ne vois dans ces perceptions ni messie, ni dieu, ni petits hommes verts. Je ne vois que des changements de comportements à mon égard, dont la cause ne peut être ni les frasques ni les pitreries des sautes d’humeur car je maîtrise la valse des potentiels d’action. Il est bien entendu que ce contrôle ne vise pas à développer une spiritualité de pacotille, dangereuse dans ces fondements et inadaptée dans son expression vis-à-vis de l’environnement. J’entends m’accrocher à la réalité comme un morbac sur l’origine du monde. Je vous l’ai dit, je reste de marbre et je veux rester moi-même, quoiqu’il advienne. Il faut savoir refuser le monde lorsqu’on est bipolaire à polarité maniaque. Refuser le monde, j’en suis capable, dans un premier temps. Le temps est peut-être venu de l’accepter, peu à peu, sans se laisser déborder et en surveillant le dernier paramètre erratique, la qualité du sommeil. Accepter le monde, n’est-ce pas accepter ses punitions mais aussi et surtout ses récompenses ?

Il existe dans le cerveau une zone que les neuroanatomistes anglais nomment le VTA (Ventral tegmental area, aire tegmentale ventrale). Cette zone va s’activer lorsqu’une opportunité de récompense se présente. Elle signale que des « cues », des indications, bref, des stimuli de la situation présente sont susceptibles d’amener la satisfaction d’un désir. Par exemple, la célèbre cloche de Pavlov fait saliver le chien et déclenche les neurones du VTA. Ce qui est amusant c’est que votre chat peut devenir tout excité à la simple détection du bruit de l’ouvre-boite. Le VTA est une partie du système de récompense que le professeur S. Johnson soupçonne d’être impliqué dans les troubles bipolaires. Elle pense qu’une classe de récompense est à l’origine de nos déboires sans alcools. Une piste de réflexion est que les récompenses liées à la dominance, et la sensibilité du bipolaire à celle-ci, pourraient être un facteur clé dans le déclenchement du trouble. Elle en est venue à penser la relation dominance bipolarité par le système de récompense. Je recommande au lecteur anglophone la passionnante conférence qu’elle a donné en 2012 et dont je vous livre une des diapositives.


Les hormones mentionnées ci-dessus jouent ont une influence sur le système de récompense car ils influent sur le NAC (Nuclear accumbens, noyau accumbens), qui est impliqué dans la mobilisation des ressources après activation du VTA. Ce qui est intéressant c’est la distinction biologique entre certaines récompenses sociales et les récompenses liées à la dominance (« power and dominance »). Cette distinction montre que toutes les relations sociales ne sont pas forcément des relations de dominance. C’est une précision intéressante au vu de la théorie qui englobait toutes relations sociales dans la structure de dominance. La testostérone est immédiatement et clairement liée à une victoire sur un autre être humain. Ne vous demandez pas pourquoi je suis avec attention les recherches du Dr Johnson avec grand intérêt : si elle arrive à montrer que les bipolaires ont une réponse spécifique au niveau du système régulant la testostérone, qui est simple à mesurer, alors on aura quelque chose de très intéressant.

Il faut donc vous interroger pour vous connaître vous-même. Quel est donc vôtre spectrographe de réponse aux récompenses et aux punitions liées à la dominance, aux victoires et aux défaites sur vos congénères? Mon VTA doit être fonctionnel pour les récompenses liées aux deux programmes principaux hérités phylogénétiquement. Satisfaction de la soif et satisfaction de la faim en ce qui concerne la conservation du corps, satisfaction des instincts sexuels pour ce qui concerne la reproduction. Les récompenses liées au programme visant à l’obtention de la dominance ne sont pas immédiatement perceptibles comme telles. L’humeur et la fierté pourraient constituer les deux récompenses de base qui agissent comme des boussoles dans la structure de dominance. Qu’est ce qui les déclenche sinon les interactions sociales de type combat dyadique?

Mais revenons à mes expérimentations personnelles qui sont indicatives mais non scientifiques. Le 1er juillet 2014 marqua le début d’un up. Et comme d’habitude, les comportements changèrent, dans la rue. Ce sont des comportements que l’on peut voir tous les jours mais dont la fréquence d’occurrences change. Il serait intéressant de montrer comment et à quel seuil le cerveau conclu à une répétition anormale d’un phénomène banal. Je vais prendre un exemple. Imaginez que vous vous promeniez dans une rue en ne regardant pas spécialement le flux des automobiles. Les voitures passent, elles sont de toutes les couleurs. Peu à peu, on augmente le nombre de voitures rouges. A quel seuil le cerveau va-t-il remarquer le nombre anormal de voitures rouges qui passent? Ce seuil dépend-t-il des capacités mémorielles de l’individu ? De sa sensibilité au trafic automobile ?

Pendant tout l’été 2014, je pus donc observer la répétition anormale de comportements somme toute assez banals. Lorsque que les choses se calmèrent, j’eu l’idée « géniale » de quantifier le phénomène, riche idée après 20 ans de trouble! Je choisis un comportement intéressant, qui, je le constatai, venait annuler un autre comportement encore plus intéressant, et sur lequel nous reviendrons dans un prochain article. Le protocole expérimental était des plus simples, il s’agissait de marcher dans la rue, se mettre d’accord sur une cible de personnes à compter et d’échantillonner 100 sujets qu’il ne fallait surtout pas choisir. Vous en déduisez une fréquence du comportement sur 100 personnes. Je ne vous dirai pas quel comportement j’ai choisis. C’est une sorte de micro comportement. Il est inutile de fixer une personne pour le détecter, il suffit de porter votre regard au loin. Exactement ce qu’on vous enseigne lors que vous apprenez à piloter une moto. Il ne faut pas bêtement regarder juste après le guidon, il faut voir loin. S’il y’a danger, le regard va automatiquement quitter le lointain pour se concentrer sur l’évènement requérant le système d’attention. Et bien là la démarche expérimentale est la même, pas besoin de fixer l’individu. S’il exécute le comportement, alors votre attention se reportera de l’horizon vers le sujet ; Il n’est pas nécessaire de fixer l’individu. On pourrait alors masquer le vrai déclencheur du comportement.

Le protocole expérimental, cela va sans dire, nécessite un calme olympien. Il est certain que si vous vous mettez à poil tout en criant je suis le messie intergalaxial de tout le multivers, c’est sûr, vous allez fausser les mesures. Donc exit les frasques et les pitreries, les habits bariolés et la tchatche facile. Motus et bouche cousue, marche tranquille dans le cœur de ma ville, dans mon Paris des milles et une lumières.

L’interprétation des résultats est des plus simples. Le 23/09/2014, sur un échantillon de 100 personnes, j’obtenais une fréquence de 12% de comportement exécuté sur 100 passants. Les mesures commencèrent lorsque je pensais en avoir fini avec ce up qui avait débuté début juillet. Le seul point de repère était le sommeil. Et il redevint à peu près normal le 23/09. Ma seule ambition alors était d’obtenir une sorte de baseline pour pouvoir la comparer avec un prochain épisode. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis les fréquences s’écrouler pour atteindre un plancher le 17/10/2014 à 4%. Je ne pouvais pas « vouloir » tel ou tel résultat car je ne connaissais pas ce que j’allais mesurer. La fin réelle de l’épisode ne datait pas du 23/09 mais du 17/10. La mesure est beaucoup plus précise que le sentiment de l’amélioration du sommeil. Il semble qu’une certaine baseline (euthymie ?) gravite autour de 4%. Il est bien sur normal de ne pas voir une courbe régulière ou lisse. Il y’a beaucoup de bruit, je ne suis pas seul dans la rue. Mais toute chose étant égale par ailleurs, la mesure semble détecter le flux et le reflux de quelque chose.

Et ce quelque chose je pense pouvoir le nommer. Il s’agit du signal honnête de dominance que je range dans les dominance features que j’ai évoquées avec le professeur Johnson. Je pense que cet attribut de dominance n’est pas en relation linéaire avec la montée de l’humeur, condition nécessaire mais non suffisante. Il faut quelque chose de plus pour qu’il s’allume. Si je savais quoi…Peut être que je le sais déjà. Peut-être qu’aujourd’hui j’en sais plus que je ne veux l’écrire. Il faut du recul, après un coup de canon. Et il semble qu’il s’assemble en salve en cette fin d’année 2015. Tout ce précipite, depuis que je sais, que je sais que 2016 sera une année importante pour moi. Et je l’ai toujours su car elle mettra un terme à ma vie de consultant.

La théorie du signal de dominance est le pilier de la théorie de la dominance restreinte. La théorie de la dominance générale, que j’essaye de mettre en place pour me protéger, vise à comprendre quelle est la nature de la réalité. Nous en reparlerons sans doute un jour quand ma réflexion sera suffisamment mature pour être formalisée. Elle me protège déjà bien assez ; et c’est là l’essentiel. Tant qu’il n’y pas rupture interprétative dans le flux de la matrice, tout ne peut aller que pour le mieux, sauf que ce n’est pas une matrice, c’est presque ça mais ça n’est pas ça. Je l’ai déjà dit, faites attention que diable. Relisez…C’est tout simple. C’est pour cela que personne n’y a encore pensé.

Jean 3
8  Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va.
Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit.

Anaïs Delva / Libérée, délivrée
Un royaume de solitude
Ma place est là pour toujours
Le vent qui hurle en moi ne pense plus à demain
Il est bien trop fort
J’ai lutté, en vain
Cache tes pouvoirs, n’en parle pas
Fais attention, le secret survivra

…: Non mais ho, la reine des neiges, ça va pas non ? On avait pas dit un blog rock’n’roll?