4.001 Etat de l’art II

Le temps s’écoule sous un pont qui ne s’écroule jamais. Le passant traverse le temps et s’arrête au milieu du gué. Il se retourne et regarde le miroir mouvant qui se brise sur la pile en laissant derrière elle une trainée de turbulence. Son chemin n’a pas trouvé le pont. Le temps d’un rêve, il commande au fleuve de se transformer en lac d’une planète sans terre. Ô temps, suspend ton vol ! Que mes ailes dissuadent l’air d’oublier ce sol où tu as volé ton essor à la gravité de ceux qui empruntent le pont en espérant ne jamais rendre l’âme. Le pont, lui, est toujours suspendu à sa finitude et jamais n’offre ses flancs au vent qui semble attendre l’écume jaillissante des champs de blé.

L’histoire de l’éthologie du trouble bipolaire continue et entre maintenant dans sa sixième année. Sa longévité tient surement dans l’homogénéité et la fécondité de sa ligne éditoriale. Après de multiples observations concordantes en haute mer et à marée basse, j’avais décidé en 2011 d’écrire un blog sur le lien entre le trouble bipolaire et le phénomène de dominance. Je n’étais pas parti les mains vides. Quelques études montraient en effet une relation entre les médications administrées aux bipolaires et les comportements liés à la dominance chez les animaux. Le cadre éthologique semblait à cette époque le mieux adapté pour rendre compte des observations et, ce qui revient au même, pour bâtir une théorie. De fil en aiguille, l’étude de la dominance humaine et de ses multiples facettes prit de plus en plus le pas sur la bipolarité. Le trouble bipolaire est une anomalie du système comportemental de dominance (Johnson et Carver, 2012). L’anomalie révèle le système exactement comme la lésion du cerveau révèle la fonctionnalité de la région cervicale impliquée.

J’avais donc commencé une aventure intellectuelle dans un désert scientifique quasi complet. Mon chemin rencontra trois points d’eau appartenant à la même oasis. La première gorgée prit la forme d’une publication scientifique trouvée sur le net. L’article donnait une légitimité scientifique à ma ligne éditoriale, tout du moins dans sa partie technique. J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer son auteur, Sheri Johnson, sur Skype et à San Francisco où elle enseigne la psychologie. La psychologie est un domaine que je ne connaissais pas. L’inconnaissance suppose le préjugé. Mes préjugés sont des indéterminations orientées mais provisoires. Ils sont périssables facilement ; la réalité est à ce titre une arme létale. L’idée que l’on se fait de la psychologie en France est polluée par le Freudisme et son inconscient carnavalesque dont s’est emparée une certaine classe gochoïdo journalistico boboïde à des fins de domination culturelles illégitimes et nauséabondes. L’inconscient étant inconscient, il est un point d’ancrage idéal, un corps mort béni, pour la malfaisance bavarde, avide de raconter n’importe quelles sornettes pourvu que personne n’y comprenne rien. Lorsque des penseurs osent démonter le totem, une nuée agressive de curé mondain sonne la curée pour finaliser le meurtre symbolique du blasphémateur. Onfray a fait sur ce point œuvre de salubrité publique avec courage. Freud a pillé Nietzsche et Schopenhauer, n’a jamais guéri personne malgré son unique talent de dealer de cocaïne. La complaisance envers cette logorrhée ringarde aussi prétentieuse que sans fondement scientifique est démontrée fréquemment à la télévision. Chaque problème existentiel du vingt heures implique nécessairement l’appel implorant du journaliste à leurs petits copains et copines psychanalystes. Les vrais scientifiques sont tenus à l’écart et subissent les malfaçons de ces maçons, travailleurs détachés du réel et charges sociales parasites exerçant illégalement la médecine.

Source : Une fenêtre sur les rêves, neurologie et pathologie du sommeil (Professeur Arnulf, neurologue)
On retrouve l’idée freudienne selon laquelle on réalise un rêve en désir profond – ici celui de ne plus être handicapé : quoique l’on pense de cette théorie finaliste psychanalytiques, elle ne peut en rien expliquer comment une personne qui n’a jamais entendu un mot en éveil entend sa voisine parler au téléphone en anglais.
Une psychologue de formation psychanalytique commenta immédiatement nos travaux en disant « Freud avait raison, le rêve est l’expression des désirs cachés. Les paraplégiques désirent marcher en réalité, et ils marchent alors en rêve ». Cette explication nous parut bien simpliste, d’autant que si le désir de marche chez les personnes paraplégiques est certain, il est énoncé en conscience et non caché.

Lors de notre entrevue, Sheri fut un peu surprise de l’influence des freudiens en France. La psychologie qu’elle pratique est une vraie science, où il n’est pas permis de raconter n’importe quoi. Son université, Berkeley, est très réputée dans le monde. Un de ses domaines de recherche de prédilection en tant que psychologue clinicienne est le trouble bipolaire et plus spécifiquement la manie. Elle est la seule scientifique à ce jour ayant produit un travail de synthèse remarquable sur le lien existant entre le système comportemental de dominance et certaines pathologies mentales comme la manie. Je renvoie le lecteur anglophone à sa publication majeure sur ce sujet. Cet article très pointu a nécessité un an de travail et constitue l’état de l’art le plus complet à ce jour : The Dominance Behavioral System and Psychopathology : Evidence From Self-Report, Observational, and Biological Studies

L’interview sur Skype date de plus d’un an déjà. Vous pouvez consulter son compte rendu dans l’article Berkeley. Pour la petite histoire, après avoir pris connaissance de l’article mentionné dans fondation, j’ai pris contact avec Sheri par mail. Je lui ai communiqué mon pedigree académique qui n’a absolument rien à voir de près ou de loin avec la psychologie. Je lui ai dit que j’étais bipolaire et que le fil rouge de mon blog était la relation entre la manie et la dominance. Elle a accepté très simplement et nous avons convenu d’une date et d’une heure d’interview. Je me suis mis à produire une tonne de slide comme tout bon consultant qui se respecte. Cependant un tri devint obligatoire lorsqu’elle m’annonça que l’entretien ne durerait que trente minutes. La petite déception fut vite remplacée par l’adoption motivante d’une démarche de type blitzkrieg bop.

Finalement, que pouvais-je communiquer à un scientifique de haut niveau sur un sujet aussi pointu avec un tel timing ? Le travail de tri se compléta par un travail de synthèse. Ça ? Trop spéculatif, Ça ? Non, elle va croire que je suis dingue ! Les trucs sur Jésus ? Euh… Je crois qu’on va éviter. Les slides sur le cycle de dominance sont ceux que je préfère. Ils ont trois sources d’inspirations : la hiérarchie de dominance animale, l’informatique (boucle itérative) et la théorie du chaos (système complexe qui atteint un équilibre). L’animal combat dans le processus conscient de domination. Le système de récompense calcule la dominance qui vous positionne dans la hiérarchie. La dominance apporte des attributs spécifiques tels que l’énergie, la force, la résistance. Ces attributs sont mis en jeu dans les prochains combats, les prochaines dominations. Le cycle s’arrête, trouve son équilibre, lorsqu’il rencontre plus fort que lui. L’individu devient alors mature et cesse le combat. Il peut alors recevoir l’amour du haut de la hiérarchie et le propager vers le bas maintenant ainsi la cohérence du groupe malmenée par les process de domination. La colonne vertébrale de ce process est transposable à l’être humain. La dominance est un équilibre entre l’individu, l’environnement et les autres membres de la hiérarchie.

Je m’attendais à être enseveli sous un tombereau de tomates durant un entretien que j’avais subrepticement transformé en présentation. En fait, l’exact contraire se produisit. Elle s’attendait à une interview de blogger. Ce type de demande lui est fait fréquemment. Elle a été surprise par la nature conceptuelle de l’entretien. : « This is fascinating. You’ve thought so hard about this ». Ben oui, je pense à tout ça depuis cinq maintenant. Je n’ai pas beaucoup de mérite. Elle a été bluffée par la partie théorique du blog que j’ai résumée dans le petit tableau liant les symptômes psychiatrique et la valeur sélective. Attention, elle a aimé les idées dans un échange de vue. En science, le chemin de l’idée à la vérité est long. Sheri Johnson donne son avis scientifique uniquement dans ses publications. Je ne lui ai pas dit la vérité, je lui ai donné à réfléchir. Nuance. Je n’ai toutefois pas boudé les fleurs envoyé à mon estime de soi.

Source: Louis, Berkeley
Sheri: All in all, very very interesting. I find it very compelling the things that are thought, going in so many parallel directions. You’ve given me a lot to think about.
Sheri : Globalement, très, très intéressant. Je trouve que les pensées sont très convaincantes, et suivent un nombre étonnant de directions parallèles. Vous m’avez donné beaucoup à réfléchir.

Mon premier réflexe lorsqu’on m’envoie des fleurs est de les considérer avec méfiance. Je préfère la sincérité à la flatterie. J’ai suffisamment travaillé avec les américains pour bien connaître nos différences culturelles. En France, on dit ce qu’on pense. Aux Etats Unis, on est perpétuellement « nice ». Donc, les propos d’un américain doivent toujours être croisés avec d’autres faits pour pouvoir être crus. Heureusement, d’autres faits sont venus corroborer ses propos. Elle est psychologue donc professionnellement manipulatrice. Je suis consultant et bipolaire. Match intéressant, non ?

Je suis très manipulable ou influençable sur le moment. Après, dans le calme solitaire, les gens ignorent que mon cerveau va mouliner toutes les données qu’il aura acquises. Ces dernières seront d’autant plus nombreuses que je m’imprègne de l’autre durant les interactions. Il n’y a ni méfiance ni critique sur le moment. L’acquisition est temps réelle, l’analyse est en mode batch ou différé. Ma mémoire me permet de bien séparer les deux process. Je suis déroutant pour les gens. Mon apparente sympathie est un dispositif. Elle permet aux gens d’être à l’aise et de révéler ce qu’ils sont. Je deviens distant voire hostile lorsque le croisement des faits et du discours trahissent une volonté de se foutre de ma gueule ; si vous me servez à quelque chose je me ferais le plaisir d’être très méfiant, c’est la spécialité de la maison. Ma méfiance est preuve d’une certaine urbanité.

La volonté de tromper peut être infra consciente. Qu’importe, la bêtise est aussi condamnable que la malfaisance. La condamnation n’est jamais immédiate. L’enquête est longue et minutieuse. Elle ne s’arrête jamais, elle attend patiemment que vous me blessiez. Je suis asocial sociable car j’ai fini par emprunter un raccourci qui m’évite l’enquête, le jugement et la condamnation. Cette justice chronique est basée sur une mémoire émotionnelle hors du commun. Elle n’est pas contrôlable. Chaque rencontre produit de l’émotion, chaque émotion produit de la pensée. Chaque pensée analyse l’émotion en référence à un idéal type très exigeant. Si la différence pensée / idéal type est trop importante alors elle est stockée en mémoire avec un statut indéterminé. Le statut est progressivement mis à jour par d’autres rencontres, émotions et pensées ultérieures. Je ne sais pas si je suis intelligent mais une chose est sure : je dois penser beaucoup plus que la moyenne des gens. Le cerveau produit de la pensée comme le foie produit la bile. Mon foie est très gras lorsqu’on commence à me gaver. Telle est ma loi intérieure. Après tout, la vie n’est qu’un jeu et il faut jouir de chaque case qu’on ne nous a pas enlevée.

Après l’entretien, elle m’envoya une sélection de ses publications qui allaient m’intéresser au plus haut point. Trois mois plus tard, à ma demande, nous nous rencontrâmes lorsque je fus de passage à San Francisco. J’étais très curieux de la connaitre. Les idées font partie de la personnalité. L’œuvre en dit long sur la personne, quel que soit l’œuvre. Nietzsche avait raison à cette aune-là. Je suis parti d’observations et j’ai cherché les paradigmes pouvant en rendre compte. Elle a suivi un cheminement scientifique classique. Sa démarche est hypothético déductive et le système comportemental de dominance est une hypothèse qu’elle s’applique à explorer par des expériences. Ses expériences sont concluantes. Il n’y a pas d’application thérapeutique immédiate, nous sommes dans le domaine de la pure recherche fondamentale pionnière. Nous avons dîné en compagnie de son compagnon. Elle m’a laissé beaucoup parlé. Elle est d’une incroyable gentillesse et d’une indulgence sans borne. Malgré son remarquable parcours académique et sa brillante carrière en tant que chercheuse, elle ne montre absolument aucun signe d’arrogance. Elle nous écoute ; son métier et son tempérament l’y poussent. L’inspiration vient aussi des patients ; Erin Michalak est une psychiatre canadienne qui croit beaucoup à la recherche collaborative avec les malades. Je ferais article sur le sujet prochainement. Pour conclure, voici un de ses tweets. Il permet de se faire idée sur le calibre du Dr Sheri Johnson. Bref, Sheri est super cool. Ce lien pointe vers une de ses conférences dont le sujet ressort presque uniquement du domaine de la neurologie. Nous sommes toujours en contact, si je me laissais aller, je luis enverrais des milliers de question. Je modère, elle n’a pas que cela à faire. Elle a des responsabilités de management. Elle doit non seulement réfléchir mais aussi lever des fonds pour financer ses recherches. C’est l’économie des grants (subventions privées ou publiques) qui sont basés sur les publications et leurs nombres.


« Quelque uns des meilleurs scientifiques mondiaux travaillant sur le trouble bipolaire, incluant Jan Scott & Sheri Johnson, sont en train de parler à une conférence en Australie »

Pour les lecteurs non anglophones qui ne pourraient pas lire le document de référence évoqué précédemment, je mets à votre disposition la traduction d’un paragraphe introductif d’une de ses publications. L’extrait est court mais permet de se faire une idée sur son cheminement intellectuel.

Source: Nonverbal dominance behavior among individuals at risk for mania (BARTHOLOMEW Morgan, JOHNSON Sheri).

  1. Dominance et Manie.

Une relation entre dominance et comportements correspondant à la manie a été observée dans plusieurs paradigmes de recherche chez les animaux. Par exemple, chez les souris Sabra sélectionnées pour leurs comportements de dominance, l’administration de stabilisateurs de l’humeur,  communément utilisés pour traiter la manie, a un effet avéré : elle entraîne une réduction des comportements de dominance. En parallèle, chez les souris sélectionnées pour leur comportement de soumission, les antidépresseurs ont normalisé des comportements excessivement tournés vers la soumission (Feder et al., 2010). Des rats ayant des comportements intenses de dominance montrent un éventail de symptômes de type maniaque : engagement accru dans la recherche de récompenses (nourriture), agression et hyperactivité (Malatynska and Knapp, 2005).

Chez les humains, le tempérament maniaque pourrait impliquer des comportements exacerbés de dominance (Akiskal and Akiskal, 1992). La manie est caractérisée par un accroissement prononcé des comportements orientés vers un but, par une perception grandiose de soi et enfin par une augmentation significative des activités sociales et sexuelles (American Psychiatric Association, 2000). Ces comportements se recoupent significativement avec ceux associés au pouvoir (Gardner, 1982 ; Wilson and Price, 2006).

La testostérone est constamment corrélée avec la motivation pour la dominance, avec le pouvoir et avec les comportements liés à la dominance. Cette corrélation est mise en évidence dans un large éventail de paradigmes (Archer 2006 ; Archer et Webb, 2006 ; Sellers et al., 2007 ; Schultheiss et al., 1999 ; Mazur and Booth, 1998). Un certain nombre d‘essai randomisé contrôlé (Pope et al., 2000 ; Yates et al., 1999 ; Su et al., 1993) et des petites études basées sur l’observation (Pope et Katz, 1988 ; Malone et al., 1995) confortent le lien entre l’administration de testostérone et la manie chez les hommes. Par exemple, dans un échantillon de 41 culturistes (39 hommes, 2 femmes) prenant des stéroïdes anabolisant pour accroître leur masse musculaire, 12,2% sont devenus maniaques et 19.35% ont développé des symptômes maniaques subsyndromiques. Les résultats d’un essai randomisé contrôlé conforte l’idée d’un lien entre un apport supra-physiologique de testostérone et l’augmentation des symptômes maniaques chez les hommes (Pope et al., 2007). En somme, cette démonstration indique clairement une relation entre la testostérone et la manie. L’hormone est d’autant plus intéressante qu’elle apparait comme un rouage essentiel du système comportemental de dominance.

Des tests plus empiriques ont montré que les populations les plus vulnérables à la manie ont tendance à percevoir de manière grandiose leur dominance et leur prestige. Elles font preuve également d’un niveau élevé de fierté tendant à l’arrogance (hubristic pride, fierté n’ayant pas de cause objective, note du traducteur) par rapport à une population contrôle (Johnson et Carver 2012). En outre, ces populations font l’objet d’hypothèses selon lesquelles elles placeraient plus de valeur dans la recherche de positions supérieures dans la hiérarchie sociale que la plupart des individus (Gilbert et al, 2007). La motivation pour la dominance est reconnue comme corrélée à des ambitions de célébrité et de succès financier (Johnson et Carver 2012), et, à son tour, l’ambition exacerbée pour la célébrité et le succès financier se retrouve chez les sujets à risque (Carver and Johnson, 2009 ; Fulford et al., 2008 ;Gruber et Johnson, 2009 ;Johnson et Carver, 2006 ; Johnson et Jones, 2009) ou diagnostiqué comme bipolaire (Johnson et al., 2012). L’acuité de ces ambitions prédisent une aggravation des symptômes maniaques parmi les individus bipolaires (Johnson et al., 2012) ainsi que le début du trouble lui-même (Alloy et al., 2012). Des études montrent que ce profile devient plus intense durant les phases hautes. L’humeur maniaque chez les individus bipolaires est associée à un sentiment accru de supériorité (Gilbert et al., 2007).

En somme, la théorie suggère que les bipolaires évaluent positivement le pouvoir et s’engage dans un certain nombre de comportements associés à la recherche et à l’obtention du pouvoir. Le lien biologique entre le niveau de testostérone et la manie est connu comme très fort chez les sujets masculins. Cependant, on connait mal comment le comportement de dominance se manifeste chez les individus très vulnérables à la manie. Dans une étude, une corrélation entre une mesure de vulnérabilité face à la manie et une auto évaluation portant sur l’engagement dans des comportements de dominance a été mise en évidence (Johnson et Carver, 2012). Dans une étude de laboratoire évaluant des interactions orientées vers un but, les participants très vulnérables à la manie ont décrit des comportements plus « dominants » que ceux ayant un faible risque d’être touché par un épisode maniaque (Taylor et Mansell, 2008). Nous ne sommes pas en mesure d’identifier d’autres publications portant sur la relation entre la vulnérabilité à la manie et le comportement de dominance.

Evanescence / Hello
Hello, I am your mind giving you someone to talk to
Don’t try to fix me, I’m not broken
Suddenly I know I’m not sleeping
Hello, I’m still here
All that’s left of yesterday