1.7.1 Aperçu

Mis en avant

La conclusion de la première partie de cet essai a un objectif double. Elle résume les articles de la théorie tout en permettant au lecteur de comprendre rapidement quel est son objet et son approche générale. La théorie de la dominance a une histoire. Si on m’avait dit il y’a 10 ans que je m’intéresserai à l’éthologie et à la théorie de l’évolution, je n’y aurai tout simplement pas cru. Malgré la sainte laïcité qui a cours dans l’éducation nationale soviétique, la théorie de l’évolution est très peu enseignée. En tous cas, au lycée. J’ai fait une terminale D et je n’ai aucun souvenir d’un cours sur Darwin. Par contre, je me souviens parfaitement de mes cours sur le matériel génétique et l’ADN. Aux Etats-Unis, on a le créationnisme. En France, la poussière hypocrite va comme un gant au tapis pourvu qu’on la glisse dessous. Cette théorie est mon histoire, mon interrogation quant à la signification de ma maladie. Le trouble bipolaire est une merveille d’imprécision ; le label n’a aucun sens : je suis bipolaire. Point. Circuler, le trouble circulaire ne vous en apprendra pas plus. Un enfant pourrait croire qu’un voyageur compulsif se rend alternativement et continuellement au pôle nord et au pôle sud.

Le référentiel adopté est donc la « maladie ». Il est dépassé dans une interrogation : qu’est-ce que la dominance chez les humains ? Trois épisodes maniaques ont marqué mon existence. Les deux premiers (Episode I, Episode II) se sont terminés à l’hôpital. Le troisième m’a permis de construire une théorie sur la base d’un parallèle établi entre la manie et un phénomène majeur structurant les rapports sociaux chez les animaux supérieurs : la dominance. L’épisode III fut vécu sous médication. Il est passé comme une lettre à la poste. Je remercie donc mon psychiatre et recommande vivement à tous mes lecteurs bipolaire ou ayant des doutes de prendre contact avec un médecin compétent et de suivre le traitement prescrit. Le Bipolar Day 2016 a mis l’accent sur le rétablissement. La guérison n’est pas possible mais une vie relativement normale et heureuse est à la portée du patient prudent et avisé. De nos jours, on peut vivre avec son trouble bipolaire.

Les deux premiers épisodes n’ont pas provoqué le début de la réflexion. En ce sens, les bipolaires ne sont pas nombreux à réfléchir sur cette maladie. Cette dernière est gérée par la science, qu’avons-nous, malade, de plus à dire ? Pourtant les scientifiques avancent à tâtons. Les médications majeures comme le Lithium ont été découvertes fortuitement, l’origine neurologique du trouble est inconnue et les gènes mis en jeu sont tellement nombreux que la totalité du génome paraît suspecte. En général, une maladie révèle le dysfonctionnement d’un organe ou d’une fonction du cerveau. Le neurologue arrive à dériver la fonction de certaines parties du cerveau à partir de ses lésions. De même, que révèle le trouble bipolaire ? Mystère. Nous sommes, parait-il, dysrégulé. Donc, il y’a un système régulateur. Que régule ce système ? Mystère. Au vu des changements comportementaux important qu’occasionnent un épisode maniaque, il semble que ce système régulateur a une importance considérable. Tout au long de ce blog, je ferai l »hypothèse que ce système régulateur est le système de dominance qui régule chacun d’entre nous dans la structure de dominance.

Ce système régule avant tout notre univers comportemental qui se définit comme l’éthogramme étendu d’un individu. Cette extension prend en compte non seulement le comportement de l’individu mais aussi ceux de ses congénères. Un univers comportemental est stable lorsque l’individu n’est pas atteint de trouble de l’humeur, ou trouble de la dominance. Il devient instable lorsque le patient bipolaire ne sait plus sur quelle humeur danser. Son comportement et celui des autres fluctuent. L’univers comportemental habituel est modifié. La littérature abonde d’étude montrant les changements de comportement du maniaque. Il est par ailleurs fort rare de trouver des études portant sur le changement d’attitude des autres. Changement qui s’effectue dans un sens favorable au maniaque. Ainsi, tout ce qui sort de sa bouche devient des propos de la plus haute spiritualité, des postes de manager sont proposés et le sexe jusque-là opposé dans tous les sens du terme devient nettement plus accorte. Les hallucinations n’ont rien à voir là-dedans. Ou alors la réalité dans lequel j’évolue depuis des années est très bien imitée. Cette réalité ne fait plus de halte dans le palace sans étoile depuis maintenant une quinzaine d’année.

Avant 2006, je ne faisais pas attention aux fluctuations de mon humeur. Les variations de l’univers comportemental sont difficiles à saisir. Le bipolaire ne les remarque pas car nous sommes conditionnés à trouver une cause consciente à tous les comportements. Si une femme sourit ou si les gens agissent un peu plus dans votre intérêt, une cause rationnelle consciente sera immédiatement liée à l’attitude soudainement devenue bienveillante : je suis bien habillé, je sors des vannes irrésistibles ou je mens mieux qu’à l’accoutumé. Les conquêtes sont plus faciles en phase haute. Une fluctuation positive ramène dans le jeu social. Soudainement, on souhaite votre présence à des soirées, on est invité. Rien n’a pourtant changé, à part évidemment l’humeur. Des scientifiques considèrent que les mimiques faciales sont le levier qui permet au bonheur de se propager. L’expression du visage constitue donc un bon candidat au signal honnête de dominance. J’ai mis cette idée en pratique avec quelque résultat.

La dominance est le concept qui rend compte des modifications de l’univers comportemental. Lorsqu’une hiérarchie de dominance animale est observée, il n’est pas évident de considérer que la phylogénie la régule. Elle régule pourtant les comportements agressifs, les combats, les punitions et les récompenses. La physiologie intervient massivement dans nos comportements. Elle nous affecte même en dehors des confrontations de type dyadique. La domination est un process visible alors que la dominance, résultat de la domination, est plus subtile à cerner. Les neuro transmetteurs varient au diapason de l’humeur régulée par le système de dominance.. Si la physiologie intervient, l’évolution se cache forcément derrière le fonctionnement de la hiérarchie de dominance. La dominance est notre héritage. Sa disparition des radars conscients ne signifient pas qu’elle n’existe plus. Les relations mâles femelles chez les animaux sociaux sont régies par les lois de la hiérarchie de dominance. Les règles de la dominance s’appliquent au genre humain. Reste à savoir comment elles nous régissent. Une chose est sure : elles nous manipulent de manière subtile et inconsciente.

Darwin et la phylogénie ont essaimé et créé de nouveaux domaines scientifiques. L’éthologie humaine, la psychologie évolutionniste et la sociobiologie émanent toutes du cadre darwinien. La perspective éthologique a retenu toute mon attention pour l’étude de la dominance. J’ai, dans un premier temps, présenté des articles scientifiques évoquant un lien entre les troubles bipolaires et le phénomène de dominance. J’ai montré ensuite que certains symptômes du maniaque s’apparentent à une augmentation de sa valeur sélective (Hypersexualité, survie, Animal social). Intuitivement, j’ai considéré qu’une valeur sélective élevée correspond à une position de dominant. Le roi d’une hiérarchie de dominance rafle la mise reproductrice ainsi que les ressources. Ses chances de survie et de se reproduire sont maximales.

Bien sûr, il est contre-intuitif de considérer le maniaque comme un dominant. Il est au mieux inadapté, au pire enfermé. Pourtant le rejet n’est pas immédiat. Quand le bipolaire a une crise, il n’est pas reconnu immédiatement comme fou. Il peut même parfaitement effectuer des tâches complexes. Au début de ses épisodes maniaques, Jean Albou (un fou dans l’art), n’étaient ni rejeté ni enfermé. Bien au contraire. Sa prodigalité excessive mettait en péril ses finances. Il continuait à évoluer dans la société jusqu’à la chute financière finale. La folie bipolaire maniaque n’est pas une inadaptation permanente au monde. Le contact social n’est pas immédiatement rompu. Il s’interrompt lorsque l’humeur est trop haute. L’excès d’excitation provoque alors le délire.

Un paramètre sous-jacent s’exprime brusquement dans l’excès de l’hyperthymique. Il affecte toutes les fonctions du corps et de l’esprit. Nécessairement, le phénomène de dominance renvoie à ce paramètre. Il n’est pas défini explicitement dans l’état de l’art de la dominance. Il est avant tout un phénomène neurologique de régulation du soi, Un bouton de volume qui amplifie ou catalyse les fonctions du l’individu. Bien sûr, le sens inverse existe. Le bouton de volume commande alors la réduction, l’amoindrissement des fonctions du soi dans le cas de la dépression. En rapprochant la dominance de la valeur sélective, l’autonomie des deux concepts permet de comprendre comment la première décroche de la seconde. L’individu en proie à un haut de dominance est incapable de maîtriser l’excitation que son génome produit mais ne régule pas suffisamment.

Le bouton de volume affecte des fonctions endogènes critiques dont le dérèglement mène à la folie. La Tachypsychie, l’Estime de soi et la toute-puissance sont les trois moteurs de l’inadaptation. La folie ne réside pas dans les hallucinations mais dans l’adhésion du maniaque à son délire. L’estime de soi transforme tout en certitude qui construit les premiers murs virtuels de l’enfermement. Une perspective novatrice se dessine sur le bonheur et le signal honnête qui lui est associé. Une structure de dominance se base sur le bonheur qui devient alors le critère de sélection naturelle majeur chez l’être humain La structure de dominance a été mise au jour par les scientifiques. La cohorte de Framingham a démontré l’extraordinaire capacité du bonheur à se propager.

Lorsque la manie s’installe, le sujet prend une place plus élevée dans la structure de dominance. L’univers comportemental du sujet est repeint en rose. Ce changement de couleur est impressionnant. Il peut donner l’impression au sujet maniaque qu’il est un sauveur, un messie ou un dieu. Le bonheur qui rayonne dans la structure de dominance à partir du bipolaire devient visible sur le visage des dominés. Le phénomène est naturel mais il peut achever de perturber les consciences les plus rationnelles. Les individus dont l’humeur ne fluctue pas ou peu sont incapables de voir les phénomènes associés aux hauts de dominance. Une partie des observations du maniaque est correcte mais mal interprétée. Sa messianité n’est pas reconnue mais elle procède d’une observation juste, naturaliste. Le délire d’ensemble disqualifie le témoignage du patient d’autant plus qu’il n’est plus à même de défendre son point de vue. Les douze coups de minuit mettent un terme au rêve et font disparaître les causes des observations. La parole du maniaque n’est pas assez explorée.

La théorie de la dominance prévoit que des individus puissent maîtriser une excitation intense. Jésus fait partie de ceux-là. Une série d’article permet de comprendre comment la théorie de la dominance peut jeter une nouvelle lumière sur la lecture des Evangiles. L’évangile selon Louis rend compte d’une découverte passionnante : un code secret permet de réinterpréter les quatre Evangiles !

Royaume
Echo du Royaume
Chronique du Royaume
Evangile selon Louis

The beatles / Let it be
And when the broken hearted people
Living in the world agree
There will be an answer, let it be
For though they may be parted
There is still a chance that they will see
There will be an answer, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Yeah there will be an answer, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be