1.7.3 Bilan

Cet article clôture la partie théorique de l’essai. Un lien majeur unit la bipolarité au phénomène de dominance. Ce lien affleure lors des épisodes maniaques des patients bipolaires. Le maniaque n’est pas la meilleure personne pour s’observer dominant. L’excès d’excitation le conduit à l’hôpital qui n’est pas l’endroit rêvé pour prendre conscience de sa dominance et pour en observer ses excès. L’évidence surgit lorsqu’on prend sa pioche et que l’on commence à creuser. Le système inhibiteur est une carte maîtresse tenue en laisse par le système de dominance. D’évidence, il devient aussi visible que le nez au milieu de la figure en manie. Vous ne vous sentez peut-être pas dominant en manie. Votre système inhibiteur, lui, le sait parfaitement ; il ouvre complètement les vannes. Les comportements et les pensées (tachypsychie) ne sont plus régulés et votre être ne connaît plus de limites internes Malheureusement, les limites externes de l’environnement, elles, existent toujours. Les quatre murs du palace sans étoile accueillent le voyageur aveugle aux signaux du code de la route. Qui sommes-nous ? La somme de notre moi et de ses inhibitions ou notre moi sans les limites ? La réponse à cette question conditionne peut-être votre attitude face à la maladie.

La manie et la dominance ne sont pas identiques. La chaleur et la température ne sont pas des concepts identiques. Il faut rajouter le froid de la dépression pour retrouver l’identité conceptuelle. La meilleure approximation de la dominance est l’humeur qui est le terme psychiatrique approprié. La dominance est ce bouton de volume qui amplifie ou amoindrit le soi, qui détermine un rang dans la structure de dominance et qui régule cette mystérieuse et redoutable excitation. En manie, Le volume est tellement fort qu’il dépasse les capacités innées et acquises du sujet. Les inhibitions sont comme des digues de fétus de paille qui cèdent face au raz-de-marée pulsionnel. Certains sujets ont une capacité supérieure d’adaptation aux fluctuations de cette dominance. Pour un même niveau de dominance, la valeur sélective peut être très différente d’un sujet à l’autre. L’un pourra être effectivement hypomane c’est-à-dire dominant alors que l’autre sera franchement maniaque c’est-à-dire surdominant. L’excitation trouve sur son chemin un corps. Ce corps convertit l’excitation en avantage sélectif.

La tentation est grande de lier sémantiquement la dominance et le trouble bipolaire. La sous dominance et la subdominance correspondent aux états respectivement franchement mélancoliques et légèrement dépressifs. La valeur sélective associée à ces états va dépendre de l’individu. La sélection naturelle travaille aussi pour les déprimés s’ils ont un quelconque intérêt pour le système de sélection naturelle. Sinon ce dernier veillera à se débarrasser des insuffisants de l’excitation. C’est cynique et pernicieux. Une espèce altruiste courra toujours à votre secours en cas de problème. Sauf si un mécanisme se met en branle pour isoler l’individu faible du reste de la population. Les dépressifs sont rejetés. Des études montrent que si une population normale est mélangée avec des déprimés, ces derniers se voient carrément insultés et rejetés. Les jours du sous dominant, isolé dans le monde hostile du pléistocène, sont comptés. Isolé, amorphe et chargé de médicament, le déprimé risque de tuer ses dernières chances à l’heure actuelle. Soit il porte l’entière responsabilité de sa nullité biologique, soit le système de sélection naturel se perfectionne lui-même en éliminant ses bugs de calcul. Les gens ne sont pas altruistes envers tout le monde, ils sont altruistes envers ceux qui leur apportent un certain agrément, une certaine utilité. Pour les autres, les psychiatres s’assureront du caractère répétitif de la souffrance préférable au grand saut dans l’inconnu qui pourrait être libérateur, l’ironie supplantant ici le cynisme. A moins que le cynisme ne devienne ironique. Le cynisme est capable de tout alors que le cœur sur la main n’a qu’un CAP de boucherie.

La normodominance est la dominance moyenne, celle qui regroupe sans doute la majorité de la population. On la nomme euthymie ou baseline pour les bipolaires smarts. La distribution des rangs de dominance suit peut-être une loi normale. Plus vous vous éloignez de l’euthymie, plus les cas sont rares. Nous sommes 1% de la population, parmi ses 1%, peut-être 1% en crise de manie. Ce n’est pas si absurde. L’hypomanie ou dominance peut encore être considérée comme normale car bien acceptée par la société. L’hypomanie et l’hyperthymie sont synonymes dans ce référentiel. Enfin, La surdominance caractérise un état dans lequel la dominance est excessive en comparaison de la constitution du sujet. Elle englobe toute forme de manie : délirante, furieuse, agitée. Les cas d’hyperdominance tout à fait extraordinaires seront abordés plus tard. Ils se caractérisent par une surdominance maîtrisée par la constitution du sujet. Ces cas passent rarement inaperçus dans l’histoire.

Les liens entre la dominance et la bipolarité sont ainsi sémantiquement scellés. Les mots sont importants, le cerveau a besoin de pont, de passerelle et de passage à niveau un jour de grève. Votre psychologie de patient va s’en trouver j’espère modifier. Toutefois, il serait stupide de se réjouir de sa surdominance. Par définition, elle n’est pas maîtrisable sauf dans certains cas exceptionnels. Le blog ne pousse pas au crime, ne jouez pas au loto avec vos vies. Il n’est pas interdit de réfléchir. Observez vos hauts, regardez vos bas. Lisez la théorie de l’évolution, et tirez les conclusions qui vous plairont. Mes pensées et mes traitements me préservent du palace sans étoile. Je n’y suis jamais retourné depuis le diagnostic. La meilleure arme contre la maladie est la réflexion et la logique. La logique est l’arme suprême contre la folie. Le combat se termine lorsque la logique découvre une autre logique.

Comment oser parler de dominance ? Ce concept biologique fait peur. Nous ne voulons pas voir que nous sommes gouvernés par lui. L’homo sapiens est fier de sa liberté. Le bonheur est maître, il est un droit paraît-il. Il est entièrement gouverné par le système de dominance. Le bonheur est une humeur élevée. La cruauté dont parle Nietzsche nait de cette pétition de principe apparente entre la douceur du bonheur et la brutalité de la dominance. Cette chose que nous considérons comme le souverain bien cache en vérité une volonté de puissance, une volonté de dominer et de se surmonter. Folie, dominance, bonheur, autant de balises sur le même chemin.

Les inconnus / C’est toi que je t’aime
Je sais pas comment te dire
Ce que je peux pas écrire
Faudrait qu’j’invente des mots
Qu’existent pas dans le dico

1.7.1 Aperçu

Mis en avant

La conclusion de la première partie de cet essai a un objectif double. Elle résume les articles de la théorie tout en permettant au lecteur de comprendre rapidement quel est son objet et son approche générale. La théorie de la dominance a une histoire. Si on m’avait dit il y’a 10 ans que je m’intéresserai à l’éthologie et à la théorie de l’évolution, je n’y aurai tout simplement pas cru. Malgré la sainte laïcité qui a cours dans l’éducation nationale soviétique, la théorie de l’évolution est très peu enseignée. En tous cas, au lycée. J’ai fait une terminale D et je n’ai aucun souvenir d’un cours sur Darwin. Par contre, je me souviens parfaitement de mes cours sur le matériel génétique et l’ADN. Aux Etats-Unis, on a le créationnisme. En France, la poussière hypocrite va comme un gant au tapis pourvu qu’on la glisse dessous. Cette théorie est mon histoire, mon interrogation quant à la signification de ma maladie. Le trouble bipolaire est une merveille d’imprécision ; le label n’a aucun sens : je suis bipolaire. Point. Circuler, le trouble circulaire ne vous en apprendra pas plus. Un enfant pourrait croire qu’un voyageur compulsif se rend alternativement et continuellement au pôle nord et au pôle sud.

Le référentiel adopté est donc la « maladie ». Il est dépassé dans une interrogation : qu’est-ce que la dominance chez les humains ? Trois épisodes maniaques ont marqué mon existence. Les deux premiers (Episode I, Episode II) se sont terminés à l’hôpital. Le troisième m’a permis de construire une théorie sur la base d’un parallèle établi entre la manie et un phénomène majeur structurant les rapports sociaux chez les animaux supérieurs : la dominance. L’épisode III fut vécu sous médication. Il est passé comme une lettre à la poste. Je remercie donc mon psychiatre et recommande vivement à tous mes lecteurs bipolaire ou ayant des doutes de prendre contact avec un médecin compétent et de suivre le traitement prescrit. Le Bipolar Day 2016 a mis l’accent sur le rétablissement. La guérison n’est pas possible mais une vie relativement normale et heureuse est à la portée du patient prudent et avisé. De nos jours, on peut vivre avec son trouble bipolaire.

Les deux premiers épisodes n’ont pas provoqué le début de la réflexion. En ce sens, les bipolaires ne sont pas nombreux à réfléchir sur cette maladie. Cette dernière est gérée par la science, qu’avons-nous, malade, de plus à dire ? Pourtant les scientifiques avancent à tâtons. Les médications majeures comme le Lithium ont été découvertes fortuitement, l’origine neurologique du trouble est inconnue et les gènes mis en jeu sont tellement nombreux que la totalité du génome paraît suspecte. En général, une maladie révèle le dysfonctionnement d’un organe ou d’une fonction du cerveau. Le neurologue arrive à dériver la fonction de certaines parties du cerveau à partir de ses lésions. De même, que révèle le trouble bipolaire ? Mystère. Nous sommes, parait-il, dysrégulé. Donc, il y’a un système régulateur. Que régule ce système ? Mystère. Au vu des changements comportementaux important qu’occasionnent un épisode maniaque, il semble que ce système régulateur a une importance considérable. Tout au long de ce blog, je ferai l »hypothèse que ce système régulateur est le système de dominance qui régule chacun d’entre nous dans la structure de dominance.

Ce système régule avant tout notre univers comportemental qui se définit comme l’éthogramme étendu d’un individu. Cette extension prend en compte non seulement le comportement de l’individu mais aussi ceux de ses congénères. Un univers comportemental est stable lorsque l’individu n’est pas atteint de trouble de l’humeur, ou trouble de la dominance. Il devient instable lorsque le patient bipolaire ne sait plus sur quelle humeur danser. Son comportement et celui des autres fluctuent. L’univers comportemental habituel est modifié. La littérature abonde d’étude montrant les changements de comportement du maniaque. Il est par ailleurs fort rare de trouver des études portant sur le changement d’attitude des autres. Changement qui s’effectue dans un sens favorable au maniaque. Ainsi, tout ce qui sort de sa bouche devient des propos de la plus haute spiritualité, des postes de manager sont proposés et le sexe jusque-là opposé dans tous les sens du terme devient nettement plus accorte. Les hallucinations n’ont rien à voir là-dedans. Ou alors la réalité dans lequel j’évolue depuis des années est très bien imitée. Cette réalité ne fait plus de halte dans le palace sans étoile depuis maintenant une quinzaine d’année.

Avant 2006, je ne faisais pas attention aux fluctuations de mon humeur. Les variations de l’univers comportemental sont difficiles à saisir. Le bipolaire ne les remarque pas car nous sommes conditionnés à trouver une cause consciente à tous les comportements. Si une femme sourit ou si les gens agissent un peu plus dans votre intérêt, une cause rationnelle consciente sera immédiatement liée à l’attitude soudainement devenue bienveillante : je suis bien habillé, je sors des vannes irrésistibles ou je mens mieux qu’à l’accoutumé. Les conquêtes sont plus faciles en phase haute. Une fluctuation positive ramène dans le jeu social. Soudainement, on souhaite votre présence à des soirées, on est invité. Rien n’a pourtant changé, à part évidemment l’humeur. Des scientifiques considèrent que les mimiques faciales sont le levier qui permet au bonheur de se propager. L’expression du visage constitue donc un bon candidat au signal honnête de dominance. J’ai mis cette idée en pratique avec quelque résultat.

La dominance est le concept qui rend compte des modifications de l’univers comportemental. Lorsqu’une hiérarchie de dominance animale est observée, il n’est pas évident de considérer que la phylogénie la régule. Elle régule pourtant les comportements agressifs, les combats, les punitions et les récompenses. La physiologie intervient massivement dans nos comportements. Elle nous affecte même en dehors des confrontations de type dyadique. La domination est un process visible alors que la dominance, résultat de la domination, est plus subtile à cerner. Les neuro transmetteurs varient au diapason de l’humeur régulée par le système de dominance.. Si la physiologie intervient, l’évolution se cache forcément derrière le fonctionnement de la hiérarchie de dominance. La dominance est notre héritage. Sa disparition des radars conscients ne signifient pas qu’elle n’existe plus. Les relations mâles femelles chez les animaux sociaux sont régies par les lois de la hiérarchie de dominance. Les règles de la dominance s’appliquent au genre humain. Reste à savoir comment elles nous régissent. Une chose est sure : elles nous manipulent de manière subtile et inconsciente.

Darwin et la phylogénie ont essaimé et créé de nouveaux domaines scientifiques. L’éthologie humaine, la psychologie évolutionniste et la sociobiologie émanent toutes du cadre darwinien. La perspective éthologique a retenu toute mon attention pour l’étude de la dominance. J’ai, dans un premier temps, présenté des articles scientifiques évoquant un lien entre les troubles bipolaires et le phénomène de dominance. J’ai montré ensuite que certains symptômes du maniaque s’apparentent à une augmentation de sa valeur sélective (Hypersexualité, survie, Animal social). Intuitivement, j’ai considéré qu’une valeur sélective élevée correspond à une position de dominant. Le roi d’une hiérarchie de dominance rafle la mise reproductrice ainsi que les ressources. Ses chances de survie et de se reproduire sont maximales.

Bien sûr, il est contre-intuitif de considérer le maniaque comme un dominant. Il est au mieux inadapté, au pire enfermé. Pourtant le rejet n’est pas immédiat. Quand le bipolaire a une crise, il n’est pas reconnu immédiatement comme fou. Il peut même parfaitement effectuer des tâches complexes. Au début de ses épisodes maniaques, Jean Albou (un fou dans l’art), n’étaient ni rejeté ni enfermé. Bien au contraire. Sa prodigalité excessive mettait en péril ses finances. Il continuait à évoluer dans la société jusqu’à la chute financière finale. La folie bipolaire maniaque n’est pas une inadaptation permanente au monde. Le contact social n’est pas immédiatement rompu. Il s’interrompt lorsque l’humeur est trop haute. L’excès d’excitation provoque alors le délire.

Un paramètre sous-jacent s’exprime brusquement dans l’excès de l’hyperthymique. Il affecte toutes les fonctions du corps et de l’esprit. Nécessairement, le phénomène de dominance renvoie à ce paramètre. Il n’est pas défini explicitement dans l’état de l’art de la dominance. Il est avant tout un phénomène neurologique de régulation du soi, Un bouton de volume qui amplifie ou catalyse les fonctions du l’individu. Bien sûr, le sens inverse existe. Le bouton de volume commande alors la réduction, l’amoindrissement des fonctions du soi dans le cas de la dépression. En rapprochant la dominance de la valeur sélective, l’autonomie des deux concepts permet de comprendre comment la première décroche de la seconde. L’individu en proie à un haut de dominance est incapable de maîtriser l’excitation que son génome produit mais ne régule pas suffisamment.

Le bouton de volume affecte des fonctions endogènes critiques dont le dérèglement mène à la folie. La Tachypsychie, l’Estime de soi et la toute-puissance sont les trois moteurs de l’inadaptation. La folie ne réside pas dans les hallucinations mais dans l’adhésion du maniaque à son délire. L’estime de soi transforme tout en certitude qui construit les premiers murs virtuels de l’enfermement. Une perspective novatrice se dessine sur le bonheur et le signal honnête qui lui est associé. Une structure de dominance se base sur le bonheur qui devient alors le critère de sélection naturelle majeur chez l’être humain La structure de dominance a été mise au jour par les scientifiques. La cohorte de Framingham a démontré l’extraordinaire capacité du bonheur à se propager.

Lorsque la manie s’installe, le sujet prend une place plus élevée dans la structure de dominance. L’univers comportemental du sujet est repeint en rose. Ce changement de couleur est impressionnant. Il peut donner l’impression au sujet maniaque qu’il est un sauveur, un messie ou un dieu. Le bonheur qui rayonne dans la structure de dominance à partir du bipolaire devient visible sur le visage des dominés. Le phénomène est naturel mais il peut achever de perturber les consciences les plus rationnelles. Les individus dont l’humeur ne fluctue pas ou peu sont incapables de voir les phénomènes associés aux hauts de dominance. Une partie des observations du maniaque est correcte mais mal interprétée. Sa messianité n’est pas reconnue mais elle procède d’une observation juste, naturaliste. Le délire d’ensemble disqualifie le témoignage du patient d’autant plus qu’il n’est plus à même de défendre son point de vue. Les douze coups de minuit mettent un terme au rêve et font disparaître les causes des observations. La parole du maniaque n’est pas assez explorée.

La théorie de la dominance prévoit que des individus puissent maîtriser une excitation intense. Jésus fait partie de ceux-là. Une série d’article permet de comprendre comment la théorie de la dominance peut jeter une nouvelle lumière sur la lecture des Evangiles. L’évangile selon Louis rend compte d’une découverte passionnante : un code secret permet de réinterpréter les quatre Evangiles !

Royaume
Echo du Royaume
Chronique du Royaume
Evangile selon Louis

The beatles / Let it be
And when the broken hearted people
Living in the world agree
There will be an answer, let it be
For though they may be parted
There is still a chance that they will see
There will be an answer, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Yeah there will be an answer, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be