Viol par surprise

Source : le figaro.fr

Michel se faisait passer pour un bel homme de 37 ans. Un stratagème qui lui a permis d’attirer des conquêtes jusque dans son lit. Il a été mis en examen pour «viol par surprise» en mars dernier.

Anthony Laroche en a séduit plus d’une sur Internet. Beau, intelligent, viril, cet homme de 37 ans au physique de mannequin avait tout pour attirer les femmes: après deux-trois SMS et quelques coups de fil, l’Apollon 2.0 proposait à ses conquêtes, dès la première rencontre, un rapport sexuel dans l’obscurité, le tout les yeux bandés. Plusieurs femmes se sont laissées tenter avant de découvrir… que le bel amant n’était autre que Michel*, un artisan niçois de 68 ans! Après une plainte déposée à son encontre en juillet 2014, l’auto-entrepreneur a été placé en garde à vue le 17 mars et mis en examen dans la foulée par le juge d’instruction pour «viol par surprise», rapportent le Parisien

Ce célibataire sans enfant avait un mode opératoire bien rodé: il avait créé une page Facebook, un compte Twitter et s’était inscrit sur les sites de rencontres sous une fausse identité: celle d’un certain Anthony Laroche. Pour compléter le profil, il utilisait des images d’un mannequin trouvées sur Google. Un jeune homme qui avait notamment posé dans une publicité pour des cigarettes américaines. À chaque fois, l’imposteur s’inventait une vie différente: tantôt il se présentait comme architecte d’intérieur à Nice, tantôt, comme ingénieur ou designer à Monaco.

«C’est là que j’ai compris que j’avais affaire à un homme dangereux»

La police a commencé à s’intéresser de près à cet homme après que Leïla*, une jeune femme d’une trentaine d’années, a déposé plainte l’année dernière. Elle a raconté aux policiers comment elle était tombée dans le piège de son faux prince charmant. Leurs premiers échanges ont eu lieu via un site de rencontres. Le courant passe bien entre les deux célibataires qui commencent à échanger sur Facebook et par SMS. «Puis on s’est mis à s’appeler tous les jours, on passait des heures au téléphone», raconte au Figaro.fr la jeune femme. «Ça a duré deux mois comme ça. On ne s’était pas encore vu mais on considérait qu’on était en couple.» Vient l’envie de se rencontrer: «Moi je souhaitais aller boire un café ou aller au restaurant. Mais lui voulait quelque chose de spécial parce que, disait-il, notre rencontre était exceptionnelle: il m’a donc proposé son scénario.»

Rendez-vous est donné le 21 juin au domicile du pseudo jeune homme. Sur instructions de son mystérieux amant, la jeune femme rentre dans l’appartement alors plongé dans le noir, se dirige vers la salle de bain où elle se déshabille et enfile un bandeau sur ses yeux, avant de pénétrer dans la chambre. «Là, il m’a attachée au lit, ce qui n’était pas prévu. Il a senti que je me braquais mais n’a cessé de me rassurer», raconte la jeune femme, qui était impatiente de voir son amant. Après leurs ébats, l’homme finit par l’autoriser à enlever le bandeau mais prend soin d’éteindre la lumière. Dans la pénombre, elle réalise que l’homme allongé à côté d’elle n’a rien d’un athlète. «Il était petit, âgé et ne correspondait en rien à la photo. C’est là que j’ai compris que j’avais affaire à un homme dangereux.» Anéantie, elle prend ses affaires et se rend au commissariat de Nice dès le lendemain. Non sans difficulté. «La police ne voulait pas prendre ma plainte, sous prétexte que j’étais majeure et consentante», se souvient Leïla, qui a dû prendre un avocat pour que sa plainte soit finalement enregistrée.

En contact avec 342 femmes

La jeune célibataire est loin d’être la seule à s’être fait avoir. Deux plaintes, classées sans suite, avaient déjà été déposées en 2009 et 2013. Et le 16 mars 2015, une quatrième femme a fait de même. Sylvie*, la quarantaine, qui était inscrite sur le site de rencontre Zoosk, a eu droit au même scénario. «J’ai eu un sentiment de dégoût total», raconte-t-elle dans Le Parisien.

Lors de leurs investigations, les policiers ont mené une perquisition au domicile de l’usurpateur et découvert des carnets, des disques durs et des ordinateurs remplis de numéros de téléphone et de photos de femmes, écrit Le Parisien. D’après les enquêteurs, il était en contact avec 342 femmes et possédait des clichés intimes de 200 femmes différentes. En août 2014, l’A.V.E.U du net, un site qui répertorie les profils d’usurpateur sur le net, avait repéré le faux profil «Anthony Laroche» et averti la toile en publiant plusieurs captures d’écran du faux compte Facebook de Michel. «Attention, avertissaient les auteurs de ce blog. Ces photos ont été trouvées sur des faux profils créés par des imposteurs qui les ont volées».